vendredi 24 octobre 2014

Epitaphe

1164 -


Au musée de Lectoure, on peut lire sur une pierre tombale l'épitaphe suivante :

                                      "  Non fui. Fui. Non sum. Et non curo. "

Cette devise, d'inspiration manifestement épicurienne, peut se traduire banalement de la façon suivante :

" Je ne fus pas. Je fus. Je ne suis plus. Et je ne m'en soucie pas.  "

Ce qui pose, mine de rien, tous les problèmes de la traduction du latin en français. Dix-sept mots pour les huit que compte l'original, qui l'emporte haut la main pour ce qui est de la sobriété et de la densité. Plus regrettable encore est l'introduction du pronom " Je ". Cette intrusion  en fanfare de l'ego n'est pas loin de faire contresens. Car qui nous dit que celui qui se choisit cette épitaphe et ses contemporains accordaient au sujet pensant et causant l'importance qu'il a pour nous  ? Ce "je" indiscret et redondant donne une idée fausse de la compréhension que les anciens avaient de l'existence humaine. La traduction de "Non sum" fait aussi problème : "Je ne suis plus" n'est pas un équivalent exact de "Je ne suis pas", qui évacue radicalement la dimension du temps.

De cette sentence épicurienne, je proposerais, pour ma part, sans me soucier de l'usage, l'équivalent suivant :

" Ne fus pas. Fus. Ne suis pas. Et n'en ai cure ." 

Je demanderais bien à mes héritiers de faire graver ces quelques mots sur ma tombe, quand je n'y serai plus. Toutefois, même cette formule concise reste polluée par un fantôme d'ego . Notre épicurien se donnait tout de même le ridicule de discourir à titre personnel par-delà le trépas.

Sauf à renoncer à toute épitaphe et à adopter la sobriété musulmane (mais je ne suis pas croyant), quelle formule pourrait bien résumer ma pensée sur la mort ?

Voici que, pour me tirer d'affaire m'est venue à l'esprit une expression rebattue, dont la vulgarité même me plaît . C'est très précisément ce que je pense de la mort :

                                                     " Y a pas de souci "


Parmi  tous ces défunts surmontés d'une pesante croix, tels des vampires transpercés d'un pieu, je serai, par la grâce de cette désinvolte assurance, le seul léger !


Note - 

J'avais songé  aussi à une épitaphe des plus laconiques (ta mère) , inspirée d'un graffito pompéien. Cela aurait donné :

                                                                Futui

Pas mal, mais un peu prétentieux.


Eugène communique -

Je ne sais quelle lubie me fit un jour m'inventer une série d'avatars que je baptisai de noms baroques : John Brown, Jambrun, Onésiphore de Prébois, la grande Colette sur son pliant, Artémise, Gehrard von Krollok, Guy le Mômô, Toinou  chérie, SgrA°, Marcel, Babal et j'en passe. Voici quelques temps, ayant décidé de me passer de ces inconsistants, je leur adressai une lettre de remerciements, qui me valut de leur part une réponse agrémentée d'injures (voir le billet La révolte des intermittents). Cette fois, j'ai donc préparé ma revanche avec plus de soin. M'inspirant d'une scène célèbre de Certains l'aiment chaud, du regretté Billy Wilder, je les ai conviés tous à un repas d'anniversaire, celui de mon chat  Zébulon, Lorsqu'on apporta le gâteau, j'en surgis, telle Belle Zé-Bute, faisant valser les bougies qui en ornaient le couvercle, et arrosai à tout va, à l'aide d'une kalachnikov, cette bande de prétentieux, dont je puis enfin  annoncer à mes aussi rares que chers lecteurs la disparition définitive. Ouf !


Buste d'Epicure





Aucun commentaire: