vendredi 31 octobre 2014

Sur un brouillon inédit de Gustave Flaubert : essai de génétique sextuelle

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Voulez-vous suivre l'écrivain à la trace  tout au long des labyrinthiques méandres de sa création ? Alors, initiez-vous à la génétique textuelle, la discipline à la mode des études littéraires. Vous assisterez, à la virgule près, à la genèse du chef-d'oeuvre, de la première ébauche jetée à la hâte sur un bout de papier hygiénique non dentelé à l'édition originale sur japon vergeturé en tirage limité réservée aux happy few. Vous aurez le sentiment réconfortant, gratifiant, d'être convié dans l'arrière-cuisine de l'écrivain, de le surprendre en train de se touiller le paragraphe, de découvrir ses secrets de fabrication, de percer ses petits secrets, d'être admis dans l'intimité de son subconscient, voire de son inconscient !

Pierre-Marc de Nasique, le grand spécialiste des études flaubertiennes, nous a réservé la primeur de son commentaire de l'esquisse d'une suite à Madame Bovary, récemment retrouvée au fond d'un placard de la turne à Gustave à Croisset. Le voici :

"   Dans  Madame Bovary, le retour  (esquisse d’une suite à  Madame Bovary restée à l’état de brouillon, offert par Gustave à Louise Colet en remerciement de menus services), Flaubert choisit comme narratrice la fille d’Emma qui — tout lecteur passionné du mètre (1) de Croisset s’en souvient — avait été laissée en plan par le romancier à la dernière page sur le chemin d’une filature où elle est censée gagner sa vie à la sueur de son mignon petit front, ah ! 


L’incipit, définitivement arrêté, semble-t-il, de ce nouveau récit aurait été le suivant :


« La bite à papa que l'on croyait perdue, c’était maman qui l’avait dans le tutu ». 


On admirera l'harmonieuse scansion 11/10 (2), ainsi que l'heureuse assonance perdue / tutu 


On lit cependant (barrées) deux variantes successives : 


a/ " La bite à papa que l'on croyait perdue, c’était maman qui l’avait dans le dudu


b/ " La bite à papa que l'on croyait perdue, c’était maman qui l’avait dans le dodu " . 


On comprend aisément pourquoi la variante (a/), peu compréhensible, n’a pas été retenue. Une comparaison attentive de la variante (b) ( « dans le dodu ») avec la version définitive est en revanche pleine d’enseignements pour une compréhension fine de l’évolution de l’esthétique flaubertienne entre 1945 et 1857. On (3) se souvient notamment qu’Emma Bovary a dû refouler une vocation pour la danse en raison de l’opposition du père Rouault (« Moi vivant, t’iras pas faire ta gourgandine à Rouen ni ailleurs » — phrase barrée dans le manuscrit). On peut y déceler aussi une trace du penchant avéré de Gustave pour les doctrines gnostiques à partir de 1933 , date de l’avènement du Sâr Astolphe Higler en Germanie Supérieure (4).


Note 1 : On sait la très petite taille de l’auteur de  Lancer de nains sentimental 

Note 2  : Prononcer : "dans l'tutu "


Note 3 : En tout cas ceux qui ont lu ma mise au point sur ce point dans le supplément à la quatrième livraison  des Etudes dix-neuvièmistes (août-septembre 1994, p. 257 )


Note 4 : Du diable si je me souviens de ce qui a bien pu m'inspirer cette vision quelque peu hallucinée. Les ceusses qui souhaiteraient toutefois des éclaircissements supplémentaires sur ce point obscur, pour ne pas dire aveugle, peuvent me contacter. Je me ferai un plaisir de tâcher de leur fournir une réponse claire, talisker en pogne (aucun rendez-vous ne sera plus possible après 8 heures du matin).
(Extrait de « Un inédit encore inédit de l' esquisse ébauchée dune suite à  Madame Bovary , par Pierre-Marc de Nasique ( Etudes dix-neuvièmistes, décembre 2013)



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