mardi 11 novembre 2014

Intranquillités

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Depuis peu ( deux ou trois ans seulement, peut-être ) sont apparus dans notre langue deux néologismes : intranquille (adj.) et le substantif associé, intranquillité . On ne sait trop qui, le premier, les a mis en circulation, et on ne le saura sans doute jamais. Il est encore trop tôt pour savoir si ces mots aujourd'hui à la mode passeront le cap de la décennie et seront admis dans les dictionnaires ; pour le moment, le Trésor de la Langue Française informatisé (TLFI) consultable en ligne, les ignore superbement.

Intranquille et intranquillité se rencontrent surtout sous la plume de journalistes et de folliculaires qui se veulent branchés et se donnent ainsi à peu de frais un petit air intello. C'est ainsi qu'un récent article du Monde consacré au chanteur et guitariste Paco Ibañez le présentait comme un homme intranquille.

Manifestement, si l'on dit de vous que vous êtes intranquille, c'est plutôt flatteur. L'intranquille , en effet, semble avoir été doté par la nature de qualités morales et de dispositions altruistes qui lui font honneur : les injustices et les horreurs de ce monde ne le laissent pas de glace mais l'inquiètent aisément, le portent à l'indignation, à la révolte. Il ne s'endort pas du sommeil de l'injuste sitôt refermé son journal , sitôt éteint son poste de télévision.  Non. Au contraire. Les nouvelles (rarement bonnes) dont il fait quotidiennement provision lui gâchent régulièrement  ses siestes et ses nuits.

Dire de vous que vous êtes intranquille ne signifie pas pour autant que vous n'êtes pas tranquille. Quand j'étais gamin, il arrivait à mes parents de dire d'un voisin (d'une voisine) : " Untel (une telle), il (elle) est pas tranquille." . Ce jugement ne m'a jamais paru flatteur, d'autant plus qu'il s'accompagnait généralement d'un geste du doigt vers le front qui laissait peu de doute sur sa signification péjorative.

N'allez donc pas dire à un intranquille qu'il n'est pas tranquille, vous risqueriez d'être mal reçu.

L'intranquille, en effet, n'est pas un pas tranquille. Même si cela peut arriver, cela reste exceptionnel.

En principe.

Car, me direz-vous, quelqu'un qui n'est pas un pas tranquille, c'est un tranquille.

L'intranquille serait donc un tranquille ?

Déduction logique mais qui semble cependant bizarre : elle semble contredire la définition que j'ai proposé plus haut de l'intranquille ; cette définition suggère fortement que  l'intranquille n'est pas tranquille.

Une conclusion provisoire semble s'imposer : méfions-nous des néologismes non encore admis par les dictionnaires faisant autorité.



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