mercredi 24 décembre 2014

Contes de Noël

1189 -

1/

Les éléments de la scène étaient en place, tels que d'innombrables images pieuses la populariseraient -- peut-être -- dans les siècles à venir : au centre, la Vierge Marie, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux, sagement encadrés par le boeuf et l'âne. On n'attendait plus que les Rois Mages. Ils parurent, accompagnés d'un seul serviteur. Ils s'agenouillèrent, figés dans l'adoration, présentant leurs cadeaux.

C'est alors que leur serviteur se leva, l'oeil étincelant, la barbe hérissée. Il ouvrit les pans de son manteau, découvrant une ceinture d'explosifs dernier cri. D'une vois de stentor,  il lança un "Allahou Akbar" à vous glacer les moëlles, puis appuya sur le déclencheur.

Et tandis que Marie et l'enfant Jésus rejoignaient le ciel par la voie la plus  directe, en crevant le plafond de l'étable, et que les morceaux du boeuf et de l'âne semblaient disposés comme pour un brunch matinal mis en scène par Francis Bacon (sans les oeufs), le dernier Roi Mage survivant --- doté il est vrai d'une intuition historique hors du commun -- saisit en instant la nature de l'événement inouï auquel il venait d'assister : le premier plagiat théologique par anticipation !

2/

Né de père inconnu, Jésus ne dut la vie qu'à un malencontreux concours de circonstances : quand il fut temps pour Marie de se faire avorter, les faiseuses d'anges étaient en grève illimitée.

3/

On commémore la naissance de Jésus le 25 décembre, et sa mort début avril ; entre les deux, moins de quatre mois. Cela nous rappelle que la mortalité infantile n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui; c'est dommage d'ailleurs car il faut encourager la mort des nourrissons, si l'on en  croit du moins la forte parole de Schopenhauer : la vie est une entreprise qui ne couvre pas ses frais.




Aucun commentaire: