vendredi 30 janvier 2015

L'euphémisme selon Elise Lucet

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Elise Lucet est une journaliste de télévision d'une qualité exceptionnelle, on n'en disconviendra pas. La compétence alliée au charme  et à des qualités personnelles incontestables. Pourtant, tout-à-l'heure, au journal de la  2,  elle m'a bien  fait rire. Il était question d'aide aux personnes âgées, et plus précisément, selon l'expression d'Elise, d'aide "aux personnes âgées isolées, pas toujours fortunées".

J'ai adoré cette précision : "pas toujours fortunées". Elle est révélatrice d'une vision innocemment bourgeoise, gentiment lénifiante, de la réalité sociale. Eh bien oui, dans la France d'aujourd'hui, il faut bien le reconnaître, il existe encore des personnes âgées "pas toujours fortunées".

La formule d'Elise voile au passage  la réalité dans sa brutalité. Non seulement les personnes âgées, dans leur immense majorité, ne sont pas fortunées, mais les personnes âgées isolées qui ont besoin d'aide sont presque toujours pauvres. Les personnes âgées  isolées fortunées ne forment qu'une infime minorité ; au demeurant n'ont-elles aucunement besoin de l'aide de la collectivité. Une Liliane Bettencourt, peut-être ?

Faut-il rappeler que 95% des richesses de la planète sont accaparées par 1% de ses habitants, et que la masse des 99%  restants se partage les 5% restants ? Alors, pour les vieux, vous pensez ce qu'il reste. La photo ci-dessous ressemble à un euphémisme à la Elise Lucet.


Pierre Bourdieu et alii , La Misère du monde   (Seuil, 1993)


( Posté par : J.-C. Azerty, avatar eugènique agréé )





mardi 27 janvier 2015

" L'enthousiasme n'est pas un état d'âme d'écrivain " : vraiment ?

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" L'enthousiasme n'est pas un état d'âme d'écrivain " : cette forte parole se lit dans Note et digression , texte ajouté en 1919 par Paul Valéry à son Introduction à la méthode de Léonard de Vinci (1894) . A lire certaines pages du texte de 1894, on peut se demander si la maxime formulée en 1919 n'a pas la valeur d'une autocritique.

Voici, par exemple, comment, en 1894, Valéry  décrit la "méthode" de Vinci :

"  Il garde, cet  esprit symbolique, la plus vaste collection de formes, un trésor toujours clair des attitudes de la nature, une puissance toujours imminente et qui grandit selon l'extension de son domaine. Une foule d'êtres, une foule de souvenirs possibles, la force de reconnaître dans l'étendue du monde un nombre extraordinaire de choses distinctes et de les arranger de mille manières, le constituent. Il est le maître des visages, des anatomies, des machines. Il sait de quoi se fait un sourire ; il peut le mettre sur la face d'une maison, aux plis d'un jardin ; il échevèle et frise les filaments des eaux, les langues des feux. En bouquets formidables, si sa main figure les péripéties des attaques qu'il combine, se décrivent les trajectoires de milliers de boulets écrasant les ravelins de cités et de places, à peine construites par lui dans tous leurs détails, et fortifiées. Comme si les variations des choses lui paraissaient  dans le calme trop lentes, il adore les batailles, les tempêtes, le déluge. Il s'est élevé à les voir dans leur ensemble mécanique, et à les sentir dans l'indépendance apparente ou la vie  de leurs fragments, dans une poignée de sable envolée éperdue, dans l'idée égarée de chaque combattant où se tord une passion et une douleur intime. Il est dans le petit corps "timide et brusque" des enfants, il connaît les restrictions du geste des vieillards et des femmes, la simplicité du cadavre. Il a le secret de composer des êtres fantastiques dont l'existence devient probable, où le raisonnement qui accorde leurs parties est si rigoureux qu'il suggère la vie et le naturel de l'ensemble. Il fait un christ, un ange, un monstre en prenant ce qui est connu, ce qui est partout, dans un ordre nouveau, en profitant de l'illusion et de l'abstraction de la peinture, laquelle ne produit qu'une seule qualité des choses, et les évoque toutes.
   Des précipitations ou des lenteurs simulées par les chutes des terres et des pierres, des courbures massives aux draperies multipliées ; des fumées poussant sur les toits aux arborescences lointaines, aux hêtres gazeux des horizons ; des poissons aux oiseaux ; des étincelles solaires de la mer aux mille minces miroirs des feuilles de bouleaux ; des écailles aux éclats marchant sur les golfes ; des oreilles et des boucles aux tourbillons figés des coquilles, il va. Il passe de la coquille à l'enroulement de la tumeur des ondes, de la peau des minces étangs à des veines qui la tiédiraient, à des mouvements élémentaires de reptation, aux couleuvres fluides.  Il vivifie. L'eau,  autour du nageur, il la colle en écharpes, en langes moulant les efforts des muscles. L'air, il le fixe dans le sillage des alouettes en effilochures d'ombres, en fuites mousseuses de bulles que ces routes aériennes et leur fine respiration doivent défaire et laisser à travers les feuillets bleuâtres de l'espace, l'épaisseur du cristal vague de l'espace.
   Il reconstruit tous les édifices ; tous les modes de s'ajouter des matériaux les plus différents le tentent. Il jouit des choses distribuées dans les dimensions de l'espace : des voussures, des charpentes, des dômes tendus ; des galeries et des loges alignées ; des masses que retient en l'air leur poids dans des arcs ; des ricochets des ponts ; des profondeurs de la verdure des arbres s'éloignant dans une atmosphère où elle boit ; de la structure des vols migrateurs dont les triangles aigus vers le sud montrent une combinaison rationnelle d'êtres vivants.  "

L'enthousiasme, pas un état d'âme d'écrivain ? Mais dans ces lignes magnifiques, l'enthousiasme est partout. C'est  lui qui vivifie à chaque moment cette évocation de l'univers de Léonard de Vinci, de sa puissance créatrice. C'est lui qui nous fait magistralement comprendre les principes d'un art où l'unité du monde se révèle à travers son inépuisable diversité, où poésie, inventivité, riment avec rationalité. Art "réaliste" ? Art conceptuel, bien plutôt, où affleure partout l'abstraction géométrique.

Ainsi ces pages de l'Introduction à la méthode de Léonard de Vinci  nous communiquent et nous font éprouver l'enthousiasme de leur auteur. Comment, dès lors, les concilier avec cette formule célèbre en forme de repentir : "l'enthousiasme n'est pas un état d'âme d'écrivain " ?

Certes, le Valéry de 1919 n'est plus le jeune poète de vingt-trois ans. Il a évolué vers une plus grande exigence de rigueur dans la création littéraire. Dans le texte de 1919, il s'en explique en ces termes :

"  Quelle grande que soit la puissance du feu, elle ne devient utile et motrice que par les machines où l'art l'engage ; il faut que des gênes bien placées fassent obstacle à sa dissipation totale, et qu'un retard adroitement opposé au retour invincible de l'équilibre permette de soustraire quelque chose à la chute infructueuse de l'ardeur. 
   S'agit-il du discours, l'auteur qui le médite se sent être tout ensemble source, ingénieur, et contraintes : l'un de lui est impulsion ; l'autre prévoit, compose, modère, supprime ; un troisième --logique et mémoire -- maintient les données, conserve les liaisons, assure quelque durée à l'assemblage voulu ... Ecrire devant être, le plus solidement et le plus exactement qu'on le puisse, de construire cette machine de langage où la détente de l'esprit excité se dépense à vaincre des résistances réelles, il exige de l'écrivain qu'il se divise contre lui-même. C'est en quoi seulement et strictement l'homme tout entier est auteur .  "

" Puissance du feu" , ... " chute infructueuse de l'ardeur", ... "l'un de lui est impulsion", ... "la détente de l'esprit excité " : ces expressions suggèrent que Valéry n'a garde de méconnaître la nécessité de la source vive de l'inspiration, inséparable de l'enthousiasme. Mais l'art ne commence vraiment pour lui que lorsque l'artiste se rend maître de ses moyens, canalise la source vive et sauvage de l'enthousiasme inspiré pour  mieux en exploiter la richesse, construisant une machine de langage, expression qui n'est d'ailleurs pas sans évoquer les machines imaginées par Léonard de Vinci.

Alors, l'enthousiasme, pas un état d'âme d'écrivain ? La formule s'admet mieux si l'on considère qu'en tout écrivain coexistent l'homme qui pense, imagine, rêve, s'émeut, et celui qui prend la plume et écrit : l' écrivant ... L'enthousiasme est bel et bien un état d'âme d'écrivain, aux premiers stades de la création, mais il n'est plus -- et sans doute de moins en moins à mesure que le travail de mise en forme avance, un état d'âme d'écrivant ... Pour mieux s'en convaincre, sans doute aurait-on profit à consulter les brouillons et manuscrits des pages que j'ai citées plus haut, s'il en existe.


 Léonard de Vinci, Sainte Anne, la Vierge et l'enfant jouant avec un agneau

mardi 20 janvier 2015

Géométrie mystérieuse



1198 -


Une mystérieuse et complexe géométrie organise les éléments de ce coin d'Aubrac, saisi depuis la route de Sainte-Urcize, une après-midi d'août vers 16 heures.  J'y perçois une miraculeuse justesse, mais serais bien en peine d'en préciser la formule, et encore moins le(s) sens.

Le meilleur moyen d'y parvenir, ce serait sans doute de progresser dans la compréhension des savoir-faire d'une civilisation essentiellement pastorale, dans un contexte géographique plutôt rude (on doit être aux environs de 1200 m d'altitude, sur un plateau ouvert à tous vents).


Pour agrandir la photo, cliquer une fois dessus.

( Posté par : le petit foutugraphe , avatar eugènique agréé )

vendredi 16 janvier 2015

Représenter Mahomet ?

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Comme tant d'autres, j'ai acheté le numéro 1178 de Charlie Hebdo , dont je ne suis pas un lecteur régulier ni vraiment intéressé. Je l'ai fait pour manifester mon émotion à la suite de cette série d'assassinats barbares, par solidarité avec les victimes et leurs familles, et pour d'autres excellentes raisons encore.

Cependant, je n'ai pas trouvé heureuse la décision de la rédaction d'orner la première page d'une nouvelle caricature représentant Mahomet. C'est du moins ce qu'on dit qu'elle représente. C'est aussi ce qu'y ont vu un très grand nombre de Musulmans du monde entier. Les réactions, plus ou moins violentes, d'indignation et de colère ne se sont pas fait attendre. Il fallait s'y attendre. Ce n'était pas très malin, me semble-t-il, de donner l'impression de jeter à nouveau de l'huile sur le feu, même si, à mon avis, ce n'était pas le cas. On rappellera que, pour le moment, le bilan des manifestations dans les pays musulmans est de quatre morts (au Niger) et un blessé grave (au Pakistan), sans compter diverses déprédations (églises brûlées etc.).

Il faut dire que, depuis la première publication de caricatures de Mahomet, Charlie Hebdo s'est taillé une réputation de publication islamophobe que ses articles et surtout ses dessins ont largement contribué à asseoir. Cette islamophobie n'est d'ailleurs qu'une manifestation, parmi d'autres, d'une attitude hostile aux religions, en particulier au catholicisme, dont le chef spirituel s'en est pris plus d'une fois pour son grade. Je garde le souvenir de cette Une du numéro 282 qui titrait : " Notre envoyé spécial  à Rome nous câble : Dieu existe, j'ai enculé le pape " -- titre né d'une rencontre entre une rumeur prêtant à Pie XII des moeurs homosexuelles et la publication du livre d'André Frossard : Dieu existe, je l'ai rencontré. Dans le registre de la provocation bête et méchante, cette Une là allait bien au-delà de celle du 14 janvier dernier. Pour n'avoir su mettre un bémol à leur ligne antireligieuse quand cela aurait été raisonnable de le faire, les gens de Charlie Hebdo auront payé le prix fort. Ils n'auront pas mesuré non plus l'importance de l'islamisation des banlieues comme facteur d'identité. La religion est l'opium du peuple, c'est certain, mais il existe des méthodes plus pédagogiques de faire comprendre ses dangers aux accros d'une drogue que celle de la provocation méprisante, qui avait la préférence de Charlie Hebdo. L'ineptie et l'aveuglement de ses responsables nous valent aujourd'hui une vague de manifestations antifrançaises dans le monde musulman. A quand une manif monstre de Musulmans français dans les rues de Paris aux cris de "Je suis Mahomet" ? Comme disait ma grand'mère, ça nous pend au nez comme une chandelle de deux sous.

Le fait que le délit de blasphème n'existe plus depuis longtemps en France et qu'au nom de la liberté d'expression, on a le droit de se moquer de n'importe quelle religion me paraît un alibi un peu trop facile pour des provocations sur le degré de moralité desquelles on a aussi le droit de s'interroger. Ce qui m'amène à m'interroger sur ce qui est moral et sur ce qui ne l'est pas.

J'adhère pour ma part à une conception de la morale qui consiste à considérer comme non immoral tout ce qui ne fait aucun tort à autrui, ne lèse pas ses intérêts, ne le fait pas souffrir. C'est la seule règle morale que je reconnaisse. Elle est simple à formuler ; en revanche, elle est beaucoup moins facile à respecter qu'on pourrait le penser à première vue.

Dans le cas de la caricature ornant la Une du récent Charlie Hebdo, on peut évidemment affirmer qu'un tel dessin ne fait de mal à personne, ne lèse personne, ne fait souffrir personne. Voire. Il y a les souffrances physiques, mais il y a aussi les souffrances psychiques, et là, les choses deviennent beaucoup plus compliquées. Il est difficile de nier que se moquer du personnage le plus sacré ( après Dieu ) d'une religion qui compte plus d'un milliard de fidèles de par le monde ait fait souffrir psychiquement beaucoup de gens. Ne pas croire à une religion est une chose, ne pas sembler savoir ce qu'est le respect humain en est une autre. L'affaire est d'autant plus gênante que l'immense majorité des Musulmans sont des pauvres, des gens simples, pour qui leur religion est souvent à peu près le seul moyen qu'ils aient d'affirmer leur dignité. Cette désinvolture, à leur égard, de petits bourgeois européens nantis, confortablement installés dans leurs certitudes, a quelque chose de passablement révoltant et ignoble (au sens étymologique du  terme). Non, décidément, une certaine conception rigide, agressive, provocatrice, arrogante, de la  liberté d'expression et de la laïcité à la française n'et plus soutenable aujourd'hui. On n'est plus au temps de Monsieur Combes.

J'adhère entièrement à ces propos de Will Self :

"  La liberté va de pair avec la responsabilité. Je n'aurais jamais publié une caricature du Prophète. On dit que le bon journalisme réveille les nantis installés dans leur confort, et réconforte les affligés. C'est pareil pour les caricaturistes. Comment les dessinateurs de Charlie Hebdo ont-ils pu croire qu'ils allaient réveiller les fondamentalistes avec leurs dessins et les faire revenir à la raison ? Ces attentats ont un lien avec la mondialisation. a l'heure d'Internet, de la liberté de circulation des informations, si on s'exprime publiquement, on prend la responsabilité d'être entendu n'importe où sur la planète, avec les conséquences que cela implique. La liberté d'expression n'est donc plus un simple enjeu national. Il faut prendre en compte ses répercussions dans le monde entier. "

Pourtant, quand j'ai eu sous les yeux cette nouvelle caricature en première page de Charlie Hebdo, je n'en ai été ni choqué ni indigné. La raison en est simple : je n'y ai pas reconnu Mahomet. J'ai simplement vu un personnage aux vagues allures de dignitaire religieux d'une autre époque, mais en aucun cas le Prophète. D'autre part, à la réflexion, ce dessin ne m'a pas paru insultant pour les Musulmans, au contraire. Qu'y voit-on représenté, en effet ? un personnage compatissant, capable de pardonner, qui, spontanément, fait cause commune avec les victimes, et pas avec les bourreaux... un saint, possiblement. Cette image ne m'a pas paru insultante ; je l'ai plutôt perçue comme un hommage. Un autre de ses aspects  m'a paru désarmant -- il a trait au style des dessins d'un Charb ou d'un Luz : elle ressemble à un dessin d'enfant. Ma petite fille, quand elle avait six ou sept ans, réalisait des dessins qui avaient un peu l'allure de celui-là. Les amoureux du dessin satirique retrouvent toujours un peu leur âme d'enfant ; c'est ce qui m'arrive quand je regarde les dessins de Plantu dans le Monde. Il y a une espèce d'innocence enfantine de la caricature qui, le plus souvent, atténue la violence des dessins même les plus féroces.

Mais admettons tout de même que ce dessin  "représente" Mahomet. Il pose le problème de la légitimité de la représentation du prophète, par les non-musulmans d'une part, par les musulmans d'autre part. Dans le cas de ces derniers, le Monde.fr du 15 janvier publiait un très bon article traitant de la représentation de Mahomet dans le monde musulman. On y apprend que, dans le Coran, la question des images n'est abordée qu'une fois. Le verset 90 de la Sourate V  dit :

" Le vin, les jeux de hasard, les idoles sont des abominations inventées par Satan" . Ces "idoles" (littéralement "pierres dressées") sont clairement les représentations sculptées des dieux païens.

Le Coran n'interdit donc pas la représentation de Mahomet, pas plus que la sunna, qui se borne à préconiser une attitude générale de défiance à l'égard des représentations de figures humaines et animales, auxquelles on reproche de prétendre rivaliser avec l'oeuvre de Dieu, en créant un monde parallèle à celui créé par Dieu. Cet argument vaut ce qu'il vaut. Il pose, en tout cas, le problème général des rapports entre l'image et la réalité. Notons que l'Islam contemporain ne condamne nullement la photographie, le cinéma ni la télévision, qui se borneraient à reproduire ce qui existe déjà ... Autre argument qui vaut ce qu'il vaut !

Sont donc seules prohibées les représentations d'êtres vivants par les moyens du dessin, de la peinture et de la sculpture. Ce qui n'empêche pas des représentations de ce type d'avoir existé dans l'histoire de l'Islam, à commencer par les représentations... de Mahomet ! Entre le XIIIe siècle et le XVIIIe siècle de notre ère, on en trouve dans l'Inde des Moghols, dans l'empire ottoman et en Perse ; elles illustrent des manuscrits et des ouvrages de piété. Dans l'Iran chiite contemporain, des images du prophète, plus ou moins tolérées par les autorités, se rencontrent en plus d'un foyer... L'excellent ouvrage publié chez Mazenod, L'Islam et l'art musulman,  propose plusieurs de ces représentations, la plupart datées du XIIIe au XVIIe siècle de notre ère, souvent d'une très grande qualité artistique.

L'Islam n'est pas la seule religion à s'être posé le problème de la légitimité de la représentation de Dieu et de figures particulièrement révérées. On sait que la querelle des images a violemment troublé le christianisme des premiers siècles. Dans les temples calvinistes, comme du reste dans les synagogues, les images restent proscrites.

Ces querelles reflètent évidemment l'idée que les uns et les autres se font des rapports de l'image avec le réel. Avec le monde visible aussi bien qu'avec le monde invisible. Vaste question.

S'agissant du monde visible, il est loisible de s'interroger sur le statut de la représentation. Qu'est-ce qu'une représentation ? On parle de caricatures de Mahomet, de représentations de Mahomet . Cette façon de parler peut sembler très impropre, ne serait-ce que parce qu'elle suggère qu'on passe directement de la représentation à la réalité à laquelle elle se réfère. Comme si représentation = réalité représentée.

Il n'en est rien, évidemment. Une image, quelle qu'elle soit  -- photographie, image cinéma ou vidéo, dessin, peinture, sculpture -- reste toujours très en-deçà de la vérité et de la complexité de ce qu'elle représente. Elle ne peut en proposer qu'une version simplifiée, stylisée, appauvrie. Il faut avoir une idée bien naïve de l'image pour s'imaginer qu'elle pourrait rivaliser avec une création de Dieu (si l'on y croit) ou une réalité quelconque du monde. Elle n'en propose jamais qu'une approximation, à la mesure des faibles moyens dont nous disposons pour appréhender le réel où nous sommes plongés.

Ainsi, le créateur d'une image, fût-il le plus génial des artistes, ne peut prétendre  donner un équivalent de la réalité représentée ni atteindre sa vérité. Il ne peut exprimer que l'idée qu'il s'en fait. Le dessinateur de Charlie Hebdo n'a pas représenté Mahomet, il n'a fait qu'exprimer l'idée -- plutôt favorable -- qu'il se faisait de lui. Il n'a dessiné qu'une opinion, son opinion. Il n'a proposé que la représentation d'une représentation, sa représentation.

Les représentations de Mahomet, comme celles du Christ, de Moïse ou d'Abraham, appartiennent à une classe d'images bien particulières : les images dont le référent est problématique. Rappelons qu'un signe, linguistique ou pictural, peut être analysé comme l'association de trois éléments : le signifiant (le matériau sonore ou visuel, phonèmes, formes graphiques, couleurs...) ; le signifié (le concept auquel renvoie le signifiant, par exemple le concept d'arbre) ; le référent ( la réalité non linguistique, non picturale, à laquelle l'ensemble signifiant / signifié renvoie, on serait tenté de dire par défaut ). Une photographie d'Albert Einstein , un portrait de Bonaparte, une caricature de Sarkozy ou de François Hollande par Plantu, ces images ont toutes un référent identifiable dans la réalité extérieure.  En revanche, le référent d'une image de Mahomet est introuvable. Non que l'existence historique de Mahomet soit contestable, mais parce que, pour qu'une représentation de Mahomet ait un référent, il faudrait que nous possédions au moins un portrait de Mahomet exécuté de son vivant, authentifié comme tel, et qui pourrait être à l'origine d'une tradition iconographique ; ce  n'est pas le cas. Le dessin de Luz publié en première page de Charlie Hebdo s'inscrit dans une série historique de représentations du prophète dont la plus ancienne n'a pas de référent, parce qu'elle ne s'appuie sur aucune tradition antérieure : du coup, toutes celles qui ont suivi en sont privées, elles aussi. Si l'on voulait absolument leur trouver un référent, on pourrait dire aussi qu'elles renvoient à un référent imaginaire qui, de plus, est contenu en elles, et non extérieur à elles, comme dans les cas évoqués plus haut. Mais dans ce cas, le référent se dissout dans le signifié.

On peut en conclure qu'il est impossible de représenter Mahomet, puisque personne ne peut dire avec certitude à quoi il ressemblait. C'est ainsi que les miniatures persanes représentant Mahomet le montrent semblable à un dignitaire religieux de l'époque où la miniature a été réalisée.  Une image, quelle qu'elle soit, ne dévoile, de toute façon, guère autre chose que l'imaginaire de son auteur, son idiosyncrasie, et le réseau de ses références culturelles. Parce qu'elle est -- toujours -- le produit d'une manipulation plus ou moins complexe, elle est nécessairement toujours coupée du réel dont elle prétend rendre compte. Le terme de représentation est, de ce point de vue, fort mal choisi, puisque re-présenter, c'est présenter à nouveau , comme si la représentation avait pour fonction de resservir le plat de la chose représentée, comme si elle avait pour fonction d'actualiser son référent. Il n'en est rien,  comme nous le rappelle moqueusement Magritte dans son tableau Ceci n'est pas une pipe. Une oeuvre d'art n'a, avec le réel auquel elle semble plus ou moins étroitement se référer, qu'un rapport analogique et métaphorique ; elle n'obéit qu'à ses lois propres ; le monde de l'oeuvre est irréductible au monde qui l'environne. Ceci est particulièrement vrai de l'art stylisé, dépouillé à l'extrême, soumis de surcroît à des déformations irréalistes, qu'est la caricature. Mahomet n'est aucunement dans le dessin de Luz choisi pour servir de Une à Charlie hebdo, pas plus d'ailleurs qu'il n'est présent dans l'imaginaire d'aucun des braillards qui prétendaient le défendre contre le "blasphème" du dessinateur français.


L'image de Mahomet la plus scandaleuse pour un  Musulman n'appartient pas au domaine de l'iconographie mais à celui de notre tradition théâtrale, C'est celle qu'en donne Voltaire dans son Mahomet, sans doute la plus forte de ses pièces avec sa Mort de César.  Mahomet y apparaît comme une être assoiffé de pouvoir, dont le machiavélisme n'a rien à envier à celui du Néron racinien ou d'un Staline. Un passage du Mariage de Figaro de Beaumarchais, suggère d'ailleurs que la représentation de Mahomet risquait, à  l'époque déjà, de valoir de sérieux ennuis à son auteur : c'est dans le célèbre monologue de Figaro de l'acte V :

" Je broche une comédie dans les moeurs du sérail ; auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l'instant un envoyé... de je ne sais où se plaint que j'offense dans mes vers la Sublime Porte, la Perse, une partie de la presqu'île de l'Inde, toute l'Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d'Alger et   de Maroc : et voilà ma comédie flambée pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l'omoplate, en nous disant : Chiens de chrétiens !  --  Ne pouvant avilir l'esprit, on se venge en le maltraitant. "

On voit que, sur la question , le débat entre Occident christianisé et pays musulmans n'est pas nouveau. Peut-être qu'un bon colloque international sur l'image pourrait contribuer à le pacifier...

Nous vivons en un temps où le cri d'alarme lancé naguère par Coluche (ou Desproges ?), " Au secours, les cons nous cernent ! ", n'a jamais été plus actuel. A nous tous de faire reculer la menace, et de faire progresser la cause de l'intelligence, éclairée par la connaissance et la raison. Sans jamais oublier que la forme suprême de l'intelligence, c'est l'intelligence du coeur.


Additum -

Pour en revenir à la position de Voltaire sur l'Islam, la distance est grande entre l'image de Mahomet qu'il propose dans sa tragédie éponyme et l'impression que laisse la lecture du dernier chapitre de Candide, où le  vieillard de Constantinople est présenté comme un bon musulman après que le derviche, "le meilleur philosophe de la Turquie", ait administré à Pangloss une leçon très... voltairienne. Au fond, les hésitations de Voltaire quant à la manière d'appréhender l'Islam ne sont pas très éloignées de celles de beaucoup de nos contemporains. C'est sans doute que l'Islam est extraordinairement pluriel, tout comme le Christianisme.


A. Papadopoulo ,  L'Islam et l'art musulman  ( Mazenod )

Lire l'interview de Will Self  dans Télérama n° 3395.


Additum 2 -

 Les lignes suivantes de l'Enquête sur l'entendement humain de David Hume peuvent contribuer à éclairer le débat :

" Nous pouvons donc observer, comme première expérience qui sert notre dessein présent, que, si l'on nous présente le portrait d'un ami absent, l'idée que nous en avons est évidemment avivée par la ressemblance , et que toute passion engendrée par cette idée, que ce soit joie ou chagrin, acquiert une nouvelle force et une nouvelle vigueur. A la production de cet effet concourent simultanément une relation et une impression présente. Si le portrait n'offre aucune ressemblance avec l'ami, s'il n'a pas au moins été destiné à le représenter, il ne conduit même pas notre pensée vers lui; si le portrait est absent aussi bien que la personne, l'esprit, bien qu'il puisse passer de la pensée de l'un à la pensée de l'autre, sent que son idée est plutôt affaiblie qu'avivée par cette transition. Nous prenons plaisir à voir le portrait d'un ami quand on le place devant nous; mais, quand on l'enlève, nous choisissons de considérer notre ami directement plutôt que par réflexion dans une image, qui est également distante et obscure.
  Les cérémonies de la religion catholique romaine peuvent être considérées comme des exemples de même nature; les dévots de cette superstition plaident habituellement, pour excuser les mômeries qu'on leur reproche, qu'ils ressentent le bon effet de ces mouvements extérieurs, de ces attitudes et de ces actions, qui avivent leur dévotion et stimulent leur ferveur; sinon, celles-ci s'affaibliraient si elles se dirigeaient entièrement vers des objets distants et immatériels. Nous extériorisons les objets de notre foi, disent-ils, en des symboles et des images sensibles et nous les rendons plus présents à nous-mêmes, par la présence immédiate de ces symboles, que nous ne le pouvons faire par une vue et une contemplation intellectuelle. Les objets sensibles ont, sur l'imagination, toujours plus d' influence qu'aucun autre objet; cette influence, ils la font aisément passer  aux idées auxquelles ils sont reliés par ressemblance. "
                                               (traduction par André Leroy revue par Michelle Beyssade / GF )



Le prophète Mahomet, manuscrit ottoman du XVIIe siècle

mercredi 14 janvier 2015

Quand et au nom de quoi peut-on dire qu'un choix est moral ?

1196 -


Problème n° 1 -

Un agent de police musulman, marié, père de cinq enfants (en bas âge) est en faction devant l'immeuble qui abrite le siège d'un hebdomadaire satirique ayant publié des caricatures du prophète Mahomet. Sans les avoir vus venir, il se  retrouve nez à nez avec deux islamistes surarmés qui lui soumettent le choix suivant :

- ou bien il les laisse entrer et faire ce pourquoi ils sont venus  et ils lui garantissent la vie sauve.
- ou bien il résiste et ils lui passent sur le corps.

Questions :

1/ Que doit faire, selon vous, l'agent de police ?

2/ Que feriez-vous si vous étiez à sa place ?


Problème n° 2 -

L'employé musulman, marié, père de cinq enfants (en bas âge), d'une épicerie kascher, à l'intérieur de laquelle se trouvent quinze clients (tous Juifs), voit débouler vers lui deux islamistes surarmés. Or il a dans sa poche la clé permettant de fermer la porte du magasin et de baisser le rideau de fer. Il a le temps de la tourner dans la serrure avant que les deux agresseurs soient sur lui. Ils lui soumettent le choix suivant :

-  ou bien il leur donne la clé, et ils lui garantissent la vie sauve.
- ou bien il refuse, et ils lui passent sur le corps.

L'employé sort la clé de sa poche. Très près de lui se trouve une bouche d'égout. Il a le choix entre y jeter la clé ou la livrer aux agresseurs.

Questions :

1/ Que doit faire, selon vous, l'employé ?

2/ Que feriez vous à sa place ?


                                                                   *


Concentrons-nous sur le problème n° 2 et exerçons-nous à faire varier les paramètres de la situation. Bien entendu, à la fin de l'exercice, les deux questions restent les mêmes.

Exemples de variations :

1/ la place de l'employé par rapport à la porte du magasin. Dans ce cas, remplaçons la clé par un zappeur électronique :

a) L'employé  se trouve juste devant la porte.

b) L'employé se trouve à une trentaine de mètres de la porte. Il a vu les agresseurs arriver mais ceux-ci l'ont vu aussi. Il a le temps d'actionner la fermeture à l'aide du zappeur et de tenter de s'enfuir, mais les agresseurs sont à distance suffisante pour tirer sur lui avec de bonnes chances de l'abattre.

c) L'employé se trouve à une centaine de mètres de la porte. Il a aperçu les agresseurs; en revanche, ceux-ci ne l'ont pas vu. Cependant, à cette distance de la porte, il n'est pas sûr que le zappeur puisse la verrouiller.


2/ L'âge du capitaine et sa situation de famille :

a) L'employé, marié, père de cinq enfants, a une trentaine d'années.

b) Il est célibataire.

c) L'employé, veuf, père de cinq enfants (tous adultes et nantis d'un emploi stable), a une soixantaine d'années.


3/ Partant de la situation décrite en 2c), on peut ajouter l'une des deux données suivantes :

a) L'employé sort de chez son médecin, qui, au vu de bilans favorables, lui a prédit qu'il vivrait centenaire.

b) L'employé sort de 'hôpital où on lui a diagnostiqué un cancer.


4/ Le niveau de pratique religieuse :

a) L'employé est un pratiquant régulier,  très pieux.

b) L'employé ne pratique pour ainsi dire jamais.


5/ Les relations de l'employé avec certaines personnes se trouvant dans le magasin :

a) L'employé est l'amant de la patronne, avec laquelle il vit une relation passionnée et heureuse.

b) L'employé est l'amant de la patronne, mais il est fatigué de cette liaison qui lui complique  la vie, et souhaite en finir.


Etc... etc...


Toutes ces variantes apportées à la situation initiale, et bien d'autres encore, sont susceptibles d'influer sur les réponses aux deux questions. Il est clair que, si l'employé est jeune, marié et père de cinq enfants en bas âge, un cas de conscience risque de se poser à lui. Cependant, si nous plaçons cet employé devant la porte de l'épicerie ( situation 1/a) ), aura-t-il vraiment le temps de se poser ce cas de conscience ? En d'autres termes, aura-t-il le temps de réfléchir et de peser le pour et le contre, ou bien sa réaction sera-t-elle spontanée, irréfléchie (ce qui ne veut pas dire qu'elle ne sera pas la bonne) ?

Reprenons le cas de figure 1/a) // 2a).

Imaginons que l'employé choisisse de livrer la clé du magasin aux agresseurs. 

Question.  Son choix est-il :

a) moral

b) immoral    ?

                                                                    *



Ce petit jeu permet de se poser certaines questions en rapport avec la morale , entre autres :

- Nos réactions "morales" sont-elles spontanées ou réfléchies ?

- Existe-t-il des règles morales invariables qui s'imposent sans discussion en toute circonstance, ou bien ces règles sont-elles susceptibles de varier en fonction des circonstances ?

- Dans quelle mesure et au nom de quoi est-on fondé à juger de l'extérieur de la moralité de la conduite d'autrui ?

Ruwen Ogien ,  L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine  (Le livre de poche)







mardi 13 janvier 2015

L'espérance est dans le lac

1195 -



                                Un seul urètre vous manque, et tout est dépeuplé.



(Posté par : La Martine, avatar eugènique agréé)

Horace Vernet, portrait de la Martine

dimanche 11 janvier 2015

Mort à la peste verte !




1194 -

Amédée Coulibaly et sa poule renonçant (provisoirement ?)  à passer à l'action, par les frères Pouachiche, ou de l'effet négatif de l'absinthe sur le terrorisme islamiste. Boire ou agir, il faut choisir.

vendredi 9 janvier 2015

Pas de droits de l'homme pour les ennemis des droits de l'homme ?

1193 -


La publication de Soumission, le dernier roman de Michel  Houellebecq, est d'autant plus opportune, dans le contexte actuel, que ce livre est une incitation à le prolonger en faisant, nous aussi, fonctionner notre imagination . Cela n'implique pas obligatoirement qu'on le lise : la presse en a publié suffisamment de comptes-rendus précis pour qu'on s'en fasse une idée exacte. Il est clair, en tout cas, que ce roman de politique-fiction combine quelques perspectives envisageables mais en exclut une multitude d'autres. Par exemple, plus d'un se demande actuellement quelles réponses efficaces on peut donner à la question : comment aider les Musulmans de France à éviter d'être confondus avec une toute petite minorité d'entre eux, fanatiquement hostiles à des valeurs (liberté de la presse notamment) qui fondent notre conception du vivre-ensemble et du politique ? Il est clair qu'on va très vite se heurter à des apories engendrées par ces valeurs elles-mêmes (respect des "droits de l'homme" etc.).  Tout le monde sait que nos services de police et de sécurité disposent potentiellement des  moyens drastiques de mettre définitivement hors d'état de nuire la plupart de ces individus dangereux. Mais l'état actuel de notre législation les empêche de les mettre en oeuvre. C'est ainsi qu'on voit reparaître dans diverses localités de notre pays des individus partis faire le djihad en Syrie . Qu'ils rentrent, soit, doivent penser nombre de nos concitoyens sensés, mais alors, exclusivement les pieds devant.

Les moyens propres à mettre de tels individus hors d'état de nuire sont -- diront des âmes trop peu compatissantes -- pourtant connus et éprouvés de longue date : la torture, appliquée de façon systématique et raffinée, non seulement à ces individus eux-mêmes, mais (éventuellement) à leurs familles, amis et divers complices , à la façon de ce qui se fit à l'époque en Argentine et au Chili ; la liquidation sans traces des individus traités. Les exécutants ne seraient évidemment pas des policiers ni des militaires mais les membres de milices paramilitaires secrètes, discrètement alimentées en informations, pilotées et couvertes dans leurs actions, par les services officiels eux-mêmes et par les responsables gouvernementaux, selon des modalités subtiles, à déterminer. On pourrait imaginer, par exemple, que lesdites milices s'introduisent dans les prisons pour en extraire les individus à traiter ou pour les liquider discrètement sur place. Ces actions seraient certainement approuvées par la majorité de la population, qui a certainement d'autres chats à fouetter que de chercher à savoir dans quelle poubelle sont passés Mohammed Benne Basculante, récemment revenu de Syrie, et les membres de sa famille, bébés compris.

Si j'avais eu à écrire le roman de Houellebecq à ma façon, j'aurais imaginé quelques scènes assez réjouissantes fondées sur des principes simples. On sait que les assassins des journalistes de Charlie Hebdo ne sont pas de vrais musulmans, puisqu'ils caricaturent par leurs actes une religion de paix, de tolérance et d'amour. C'est ainsi, d'ailleurs, que la plupart des musulmans de France et des imams responsables du culte les voient et les présentent. Ce sont donc des apostats, des renégats, des ennemis du Prophète, d'autant plus dangereux qu'ils se présentent comme ses défenseurs. Les pires châtiments leur sont donc applicables. On sait d'autre part dans quelles difficultés se débat la filière du cochon bretonne. J'ai imaginé,  dans le cadre d'une fiction à la Houellebecq, une procédure qui relancerait l'élevage du cochon tout en éliminant ces imposteurs que sont nos djihadistes : il s'agirait de créer des fermes expérimentales où on les ferait bouffer vivants par des cochons anthropophages. sous les yeux de leurs camarades et complices évidemment, ce qui permettrait sans doute d'obtenir des abjurations spectaculaires et des renseignements précieux. On imagine aisément, en effet, la tête que ferait un islamiste à l'idée de finir dans les excréments d'un cochon. Ce serait psychologiquement dur, très dur. La chose se passerait dans des sortes de corrals; on pourrait prévoir une fanfare. Olé !

Je rappelle qu'il ne s'agit là que d'une scène imaginaire empruntée à un roman de socio-fiction encore à écrire. D'aucuns trouveront sans doute qu'il lui manque l'humour qui donne tout leur sel aux narrations houellebecquiennes. mais je suis sûr que, dûment cornaqué et conseillé par l'auteur de Soumission, j'en tirerais une évocation irrésistible de drôlerie. On rappellera aux âmes sensibles que les méthodes que j'évoque ici, et quelques autres, ont permis à ces bienfaiteurs du monde arabe que furent Saddam Hussein et Muammar Kadhafi de préserver leur pays de la peste islamiste. Grâces leur en soient rendues, ainsi qu'à la famille Assad, bien entendu. Quant à nos actuels dirigeants, je doute qu'ils en soient capables. Il faut, dans les cas d'urgence, avoir les couilles de se donner les moyens de ses fins.

Si on laisse de côté l'humour douteux de certaines des remarques précédentes, il me paraît bon de rappeler quelques faits :

-- la population musulmane en France est estimée à un peu moins de 5 millions de personnes, soit entre 7% et 8% de la population totale. On est donc loin de l' "invasion" décrite par certains publicistes de droite ou d'extrême droite.

-- il n'existe pas de "communauté musulmane" en France. Les Musulmans de France ont des façons de pratiquer (ou de ne pas pratiquer) leur religion largement aussi diverses que celles des Chrétiens, par exemple. Il existe des Musulmans pratiquants qui se revendiquent comme tels et des gens qui se considèrent simplement comme "de tradition musulmane" (ce sont souvent des athées de fait).

-- La grande majorité des Musulmans de France sont bien intégrés, en tant que citoyens français, et leurs conditions de vie ne diffèrent pratiquement en rien de celle des autres Français. Beaucoup d'entre eux sont des agents de l'Etat (policiers, enseignants, militaires, personnels hospitaliers etc.).

Il n'existe donc dans notre pays aucun risque de "guerre civile", contrairement à ce que prétendent un certain nombre de personnages qui s'agitent dans les médias pour en entretenir la crainte et en désigner, par avance, les responsables : les Musulmans. Ces nuisibles ont nom Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, Renaud Camus, Richard Millet, pour les plus connus. Ils sont les fourriers d'une propagande qui fait le lit du Front National. Le nauséabond Eric Zemmour est allé jusqu'à envisager sérieusement la déportation, ou l'expulsion, de la population musulmane de France. Qu'une telle proposition  émane d'un Juif la rend encore plus scandaleuse ! Le cas de Michel Houellebecq, romancier, et non essayiste comme les précédents, est plus ambigu, mais il semble assez clair qu'il surfe sur la thématique favorite des précédents. Dans un numéro récent du Monde des livres, Jean Birnbaum , qui n'apprécie pas ce dernier roman de Houellebecq, pense que son auteur est démangé par l'envie de passer du roman à l'essai, passage qui présenterait l'avantage, pour son lecteur,  d'éviter de se demander si c'est du lard ou du cochon (Houellebecq est d'ailleurs depuis longtemps un spécialiste du brouillage de pistes).

La France n'affronte aujourd'hui aucun risque de guerre civile. Elle affronte, en revanche, les dangers redoutables du terrorisme djihadiste. Les exécutants en sont des gens nés en France, de nationalité française, mais qui,  en reniant les valeurs qui fondent notre démocratie, ont renoncé de fait à être nos compatriotes. Encore une fois, ils ne sont qu'une infime minorité et sont donc, en théorie, faciles à  combattre. Mais il est clair que le respect, dans leur cas, des règles qui protègent les citoyens français (droits de l'homme, droit à une défense équitable, présomption d'innocence, prohibition de la torture, des exécutions extra-judiciaires etc.) amoindrit considérablement l'efficacité de nos moyens de défense. Si  ces protections avaient été levées à temps dans leur cas, les trois assassins de journalistes, de policiers et de simples citoyens n'auraient jamais pu passer à l'action : ils auraient été définitivement éliminés bien avant, eux et leurs complices, dont un bon nombre, apparemment, court toujours. IL est insensé que la dénommée Hayat Boumeddiene, l'épouse du terroriste Coulibaly, ait pu s'envoler sans encombre le 2 janvier pour la Turquie, d'où elle a rejoint la Syrie. Alors qu'un traitement adéquat (mise à poil, viol collectif, et impression sur les miches -- les siennes et celles du mari -- de tatouages indélébiles de caricatures de Mahomet ), en présence de son époux et de leurs autres complices, ainsi que d'une douzaine d'exécutants hilares, aurait certainement permis d'obtenir de précieux renseignements et d'éviter le carnage du 7 janvier. Bien entendu, le programme des sévices devrait être modulé selon la personnalité, le sexe et la dangerosité de l'individu à traiter : par exemple, dans le cas de Hayat Boumeddiene, on aurait pu ajouter : lacérations du visage à la pointe du couteau, simulations de noyade, séances de fouet, arrachage des tétons à l'aide de tenailles etc. etc.

Pas de droits de l'homme pour les ennemis des droits de l'homme ? C'est une hypothèse envisageable, avec toutes ses conséquences, dans l'univers de la politique fiction, où  un Georges Orwell s'illustra bien avant notre Houellebecq national.

On me dira que tout finit par se savoir et que la révélation de pareilles méthodes ne tarderait pas à déclencher un séisme politique de grande magnitude. Mais je ne suis pas sûr que tout finisse par se savoir : et mes cochons ?
)



dimanche 4 janvier 2015

L'enfant du malheur

1192 -


Le 9 mai 1940, à deux heures pétantes, je sortis du ventre de ma mère. A huit heures, les Allemands perçaient à Sedan. Un panzer intercepta la voiturette  de Maman. Un casquetté m'avisa : "Petit, me dit-il, on va niquer la France. Tu en es ?  -- Ouais, que je lui répondis. 

A deux ans (et demi), j'étais mascotte  d'honneur dans les Waffen SS. Je fis l'opération Barbarossa ( dans le sens du retour ).

Le 8 mai 45, à cinq ans moins un jour, je fus condamné à mort pour haute trahison.

Je fus grâcié à temps par le président Mariol pour être du 13 mai 58, sur les barricades d'Alger, avec Lagaillarde. En mai 68, je foutis le bordel à la Sorbonne et caillassai les CRS sur les barricades, aux côtés de Dany le Rouge. 

En mai 2012, je portis Flanby à la présidence. 

J'espère voir la proclamation du califat à Notre-Dame transformée en mosquée, en mai 2015.

Je compte travailler à cette heureuse issue, quantum est in me .

Mon anniversaire coïncidera avec cet événement décisif pour l'avenir de l'Europe et du monde.

                                                                      *

Si j'en crois Erich Zimmour, je porte eine grosse responsibilitat dans les malheurs passés, actuels et futurs de la France. 

Je suis l'enfant du grosse malheur, qu'il a dit.

Mais selon le futurologue Michel Houillebocq, j'actualise simplement les potentialités de mon signe astral .

En mai, fais ce qu'il te plaît.


Michel Houillebocq,  juste après avoir examiné les potentialités de mon signe astral