mercredi 14 janvier 2015

Quand et au nom de quoi peut-on dire qu'un choix est moral ?

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Problème n° 1 -

Un agent de police musulman, marié, père de cinq enfants (en bas âge) est en faction devant l'immeuble qui abrite le siège d'un hebdomadaire satirique ayant publié des caricatures du prophète Mahomet. Sans les avoir vus venir, il se  retrouve nez à nez avec deux islamistes surarmés qui lui soumettent le choix suivant :

- ou bien il les laisse entrer et faire ce pourquoi ils sont venus  et ils lui garantissent la vie sauve.
- ou bien il résiste et ils lui passent sur le corps.

Questions :

1/ Que doit faire, selon vous, l'agent de police ?

2/ Que feriez-vous si vous étiez à sa place ?


Problème n° 2 -

L'employé musulman, marié, père de cinq enfants (en bas âge), d'une épicerie kascher, à l'intérieur de laquelle se trouvent quinze clients (tous Juifs), voit débouler vers lui deux islamistes surarmés. Or il a dans sa poche la clé permettant de fermer la porte du magasin et de baisser le rideau de fer. Il a le temps de la tourner dans la serrure avant que les deux agresseurs soient sur lui. Ils lui soumettent le choix suivant :

-  ou bien il leur donne la clé, et ils lui garantissent la vie sauve.
- ou bien il refuse, et ils lui passent sur le corps.

L'employé sort la clé de sa poche. Très près de lui se trouve une bouche d'égout. Il a le choix entre y jeter la clé ou la livrer aux agresseurs.

Questions :

1/ Que doit faire, selon vous, l'employé ?

2/ Que feriez vous à sa place ?


                                                                   *


Concentrons-nous sur le problème n° 2 et exerçons-nous à faire varier les paramètres de la situation. Bien entendu, à la fin de l'exercice, les deux questions restent les mêmes.

Exemples de variations :

1/ la place de l'employé par rapport à la porte du magasin. Dans ce cas, remplaçons la clé par un zappeur électronique :

a) L'employé  se trouve juste devant la porte.

b) L'employé se trouve à une trentaine de mètres de la porte. Il a vu les agresseurs arriver mais ceux-ci l'ont vu aussi. Il a le temps d'actionner la fermeture à l'aide du zappeur et de tenter de s'enfuir, mais les agresseurs sont à distance suffisante pour tirer sur lui avec de bonnes chances de l'abattre.

c) L'employé se trouve à une centaine de mètres de la porte. Il a aperçu les agresseurs; en revanche, ceux-ci ne l'ont pas vu. Cependant, à cette distance de la porte, il n'est pas sûr que le zappeur puisse la verrouiller.


2/ L'âge du capitaine et sa situation de famille :

a) L'employé, marié, père de cinq enfants, a une trentaine d'années.

b) Il est célibataire.

c) L'employé, veuf, père de cinq enfants (tous adultes et nantis d'un emploi stable), a une soixantaine d'années.


3/ Partant de la situation décrite en 2c), on peut ajouter l'une des deux données suivantes :

a) L'employé sort de chez son médecin, qui, au vu de bilans favorables, lui a prédit qu'il vivrait centenaire.

b) L'employé sort de 'hôpital où on lui a diagnostiqué un cancer.


4/ Le niveau de pratique religieuse :

a) L'employé est un pratiquant régulier,  très pieux.

b) L'employé ne pratique pour ainsi dire jamais.


5/ Les relations de l'employé avec certaines personnes se trouvant dans le magasin :

a) L'employé est l'amant de la patronne, avec laquelle il vit une relation passionnée et heureuse.

b) L'employé est l'amant de la patronne, mais il est fatigué de cette liaison qui lui complique  la vie, et souhaite en finir.


Etc... etc...


Toutes ces variantes apportées à la situation initiale, et bien d'autres encore, sont susceptibles d'influer sur les réponses aux deux questions. Il est clair que, si l'employé est jeune, marié et père de cinq enfants en bas âge, un cas de conscience risque de se poser à lui. Cependant, si nous plaçons cet employé devant la porte de l'épicerie ( situation 1/a) ), aura-t-il vraiment le temps de se poser ce cas de conscience ? En d'autres termes, aura-t-il le temps de réfléchir et de peser le pour et le contre, ou bien sa réaction sera-t-elle spontanée, irréfléchie (ce qui ne veut pas dire qu'elle ne sera pas la bonne) ?

Reprenons le cas de figure 1/a) // 2a).

Imaginons que l'employé choisisse de livrer la clé du magasin aux agresseurs. 

Question.  Son choix est-il :

a) moral

b) immoral    ?

                                                                    *



Ce petit jeu permet de se poser certaines questions en rapport avec la morale , entre autres :

- Nos réactions "morales" sont-elles spontanées ou réfléchies ?

- Existe-t-il des règles morales invariables qui s'imposent sans discussion en toute circonstance, ou bien ces règles sont-elles susceptibles de varier en fonction des circonstances ?

- Dans quelle mesure et au nom de quoi est-on fondé à juger de l'extérieur de la moralité de la conduite d'autrui ?

Ruwen Ogien ,  L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine  (Le livre de poche)







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