lundi 2 février 2015

Montaigne au singulier

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" Mes défauts s'y liront au vif , et ma forme naïve " , lit-on dans l'avertissement Au lecteur , des Essais .

Les défauts, soit, mais la forme naïve ?

Montaigne était-il donc si naïf ?

Ou si impitoyablement clairvoyant ?

Entendons-nous. je joue sur le mot. "Naïve", chez Montaigne, veut dire "naturelle".

Introuvable forme naïve ? Non, à condition d'admettre qu'elle est presque  insaisissable, étant sujette à d'incessantes et innombrables variations. " Certes, c'est un sujet merveilleusement vain, divers, et ondoyant, que l'homme ". " Je m'échappe tous les jours et me dérobe à moi. " C'est lui qui l'a dit.

Quant à moi, je me revendique versatile.

Versicolore.

Cette boîte à multiples fonds qui s'appelle l'homme.

Qui a dit ça, déjà ? Tzara,  je crois. Du Montaigne à la sauce dada.

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Oui oui oui... Ouais ouais ouais...

Prétentieux.

Si compliqué vraiment ? Banalité de nos ressorts, interchangeables .

Tout un homme, fait de tous les hommes ...

Culotté, ce Sartre. De quel droit ? Au nom de quelle certitude ? De quelle prétention à l'universel ?

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Se croire singulier , sotte illusion.

Pourtant, découvrir en soi, à un détour de la vie, au contact du réel, une singularité, même minime, même passagère, quelle grâce.

Si c'est pour à chaque fois se retrouver tel qu'en soi-même, la connaissance de soi est sans intérêt. Prison à perpète. Autant se flinguer.

Tristesse de fonctionner tout le temps de la même façon. Sans surprise.

J'aurai été ça. Et rien d'autre.

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La solution, peut-être : s'échapper, se perdre,  s'oublier, dans le monde et par le monde, dans les autres et par les autres. La seule façon de ne pas mouliner à vie son unique et sempiternelle musiquette.

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S'oublier dans les autres et par les autres ? Mais chaque homme porte  la forme entière de l'humaine condition... Pas vrai, Montaigne ? Alors, le détour par les autres, si c'est pour se retrouver dans les autres ... Le salut par les autres? Tu parles.

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Allons.  C'est pas si mal de tenter de faire entendre sa petite musiquette individuelle ( qu'on croit individuelle, jusqu'à nouvel ordre) parmi tant de musiquettes collectives. Quand ce ne sont pas des fanfares. C'est un programme qui en vaut un autre, même très illusoire.


Soyons singulier. Exhibons nos singularités. Dans les limites de la décence et du possible, cela va sans dire.

De la décence ? Si l'on va par là, on n'ira pas très loin. Ayons la loyauté, ne serait-ce qu'envers nous-mêmes, d'oser l'indécence, le mauvais goût, la stupidité pourquoi pas.

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Ce matin, au lever,  j'ai fait un gros caca. Ensuite, j'ai pépié joyeusement, tel un pinson sur la branche. Est-ce qu'un pinson sur la branche se soucie de la différence qui le sépare du pinson voisin sur la même branche ? Peut lui chaut, sans doute.

Ayons l'honnêteté d'assumer la banalité de notre animalité.



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