vendredi 27 mars 2015

Un Triangle des Bermudes provençal ? Voir la Haute Bléone et mourir

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Le 27 janvier 1948, un Dakota de l'armée américaine qui transportait une dizaine de civils, dont des enfants, s'écrasa sous le sommet de la montagne du Cheval Blanc (2323 m) qui domine la haute vallée de la Bléone (Alpes de Haute-Provence). Le 30 janvier, une forteresse volante partie à la recherche de l'épave s'écrasa à son tour, approximativement au même endroit. Les deux accidents firent au total une vingtaine de victimes. On peut encore voir, dans les ravins à l'aplomb du sommet, côté Verdon, des morceaux des carlingues.

Le 1er septembre 1953, le vol d'Air France à destination de Saïgon percuta les pentes du mont Cimet (3020 m), dans le massif du Pelat. Bilan : 42 morts, dont le violoniste Jacques Thibaud, plus son stradivarius.

Le 24 mars 2015, un Airbus A320 s'écrase à une dizaine de km à l'est de Seyne-les-Alpes, sur les pentes escarpées de la Montagne des Têtes, faisant 150 victimes.

J'ai ressorti ma carte IGN au 1/100 000e Nice/Barcelonnette et j'ai tracé les lignes reliant les sites de ces différents accidents. J'ai obtenu un triangle approximativement isocèle dont les côtés égaux mesurent chacun  +/- 19,5 cm, soit +/-  19,5 km, mais je ne dispose pas des coordonnées exactes du crash de l'A320, pas plus d'ailleurs que de celles des autres point d'impact, d'où un coefficient d'erreur minime, mais dont il faut tenir compte (1)

J'ai tracé les bissectrices de mon triangle isocèle et je suis tombé, à leur point d'intersection, à proximité des sources de la Bléone.

Ce n'est pas, à mon avis, une enquête sur la personnalité du copilote qui va beaucoup nous éclairer sur les causes du  drame. En revanche, une enquête sur les coordonnées géographiques précises des points d'impact aurait des chances d'être beaucoup plus éclairante. Fort de mon premier repérage, je me suis aventuré à échafauder l'hypothèse suivante :

l'acte du copilote est à coup sûr un acte délibéré, d'essence mystico-satanique (nique), destiné, consciemment ou non, à marquer le troisième sommet de ce qu'il n'est pas exagéré de nommer le Triangle des Bermudes Provençal.

De nombreuses coïncidences chiffrées semblent conforter mon hypothèse, Par exemple, la somme des trois côtés de mon triangle donne :

19,5 + 19,5 + 30 = 69

Ce résultat suggère un acte d'essence mystico-érotico-satanique (nique) (2).

Avouons qu'un triangle des Bermudes dans ce coin un peu perdu des Alpes, ce serait un sacré bonus pour le tourisme local ! Il y  a longtemps que les responsables du tourisme des A.-H.-P. devaient rêver, sans trop y croire, d'un coup de pub aussi fumant (3)

Trêve de plaisanteries. Mon hypothèse reste trop fragile. Pour qu'elle soit acceptée, encore faudrait-il prouver que ce copilote savait que la région avait déjà été le théâtre de deux catastrophes aériennes, anciennes de surcroît, et qu'il en connaissait les coordonnées géographiques précises. Cela paraît peu probable (4).

Mais tout à coup, en une Vision fulgurante, ce que je crois être la vérité m'est apparu. Ma première hypothèse, quelque peu farfelue, m'avait-elle mis sur le chemin de la véritable explication?  Cette nouvelle explication ouvrait, en tout cas, mon esprit sur quelque chose de beaucoup plus fascinant. Qu'on en juge.

Il n'y a pas si longtemps encore, lorsqu'un accident de montagne se produisait, il n'était pas rare de lire dans les journaux  des titres de ce genre : "La montagne a encore frappé" ou "La montagne s'est vengée". Incontestablement, ces titres laissaient transparaître le souvenir confus de très anciennes croyances, en des temps où l'on n'approchait pas la montagne sans crainte ni vénération, des temps où l'on croyait en l'existence de l'Esprit de  la montagne, où l'on redoutait sa puissance, où on lui rendait hommage sous la forme d'offrandes et de cérémonies. Quel randonneur solitaire, aventuré dans les hautes solitudes montagnardes n'a pas été souvent la proie d'un  frisson d'angoisse, d'horreur sacrée, sous les escarpements altiers de quelque crête, saisi par le sentiment de la présence de l'Être invisible , véritable maître de ces lieux retirés ?

Mais ce religieux respect s'est perdu. La mode des sports d'hiver a infligé à la montagne de cruelles offenses : alpages éventrés au bull-dozer, entassements de béton, skieurs braillards dévalant les pentes en semant leurs menus détritus. La haute montagne se voit quotidiennement narguée par des cigares métalliques volants dont les misérables occupants n'hésitent pas à larguer leurs tinettes sur les hardes de chamois !

Mais les divinités de la montagne savent se venger. Ce sont elles à la vérité qui, en 1948, puis en 1953, ont attiré à elles ces trois avions venus les narguer, ridicules pétrolettes des airs. Elles ont encore frappé le 24 mars dernier. Pourquoi justement là ? Mon triangle nous guide vers la réponse.

A proximité du croisement des bissectrices de mon triangle des Bermudes provençal, il y a les sources de la Bléone.  Les hautes pentes qui les voient naître comptent parmi les lieux les plus sauvages de ce pays. Il n'en faut point douter : l'Esprit de la montagne les hante. Il entend se protéger des intrusions toujours plus fréquentes de ces humains qui ne savent plus l'honorer, comme le faisaient leurs ancêtres. L'entreprise commence en 1948, Elle se poursuit en 1953. On dira que ces dates sont lointaines, mais qu'est-ce qu'un demi-siècle pour des forces qui se donnent libre cours sur des dizaines de millions d'années ? L'Esprit de la montagne a décidé de s'enfermer dans un triangle magique. Il reste à fixer le point qui permettra d'en tracer les lignes invisibles mais d'autant plus sacrées. Ce sera la montagne des Têtes, au nom mystérieux, prédestiné, terrifiant. La montagne des Têtes veut des têtes, elle attend le sanglant sacrifice. Il aura lieu.

Dès lors, il est vain de s'interroger sur les motivations du malheureux copilote. Il ne s'agit ni d'un suicide ni  d'un acte terroriste. Il s'agit de quelque chose de beaucoup plus terrifiant que cela, de quelque chose de bien plus inhumain, au sens précis du mot inhumain.

Au moment où l'avion atteint son altitude de croisière et met le cap droit au Nord, son sort est scellé. Les deux occupants du poste de pilotage n'agissent plus : ils sont agis par une force mystérieuse dont ils ignorent la nature et même la présence. Poussé par une force surhumaine, littéralement arraché à son siège, le pilote part pisser (5). Une fois resté seul dans le poste de pilotage, le copilote n'est plus qu'un zombie entièrement soumis, entièrement voué, sans le savoir, à la puissance qui l'habite tout entier, qui lui fait verrouiller la porte, enclencher le processus de descente de l'avion, jusqu'à ce point précis, et nul autre, celui qu'à choisi l'Esprit de la montagne pour y célébrer le sanglant sacrifice.

Tout le monde en France, ou presque, ignore que la Bléone est une des plus belles rivières de France. Après avoir tracé sa route plein Sud, à partir de sa source, sur les pentes du massif des Trois-Evêchés (tiens, à nouveau le chiffre trois), elle dessine une courbe harmonieuse en forme d'hameçon de pêcheur à la truite, avant de remonter plein nord pour traverser Digne et aller rejoindre la Durance. Quel beau, quel singulier parcours !

Qui n'a pas le sens de l'étrangeté du monde reste prisonnier des prosaïques et trompeurs discours que notre arrogante "modernité" tient sur le monde.

Un matin de juillet radieux, je partis en montagne sans avoir déposé, comme à l'habitude, sur un rocher plat, les offrandes rituelles que je n'omets jamais d'adresser à l'Esprit de la montagne : un bol de pois chiches, un carré d'agneau (de Sisteron -- Sisteron, c'est-y point carré ?), une barre de chocolat (au lait du pays alpin). Je remontais ce matin-là un vallon encadré de hautes barres culminant à plus de deux mille mètres. Soudain un épouvantable craquement retentit dans les hauteurs, et je vis dévaler d'énormes quartiers de roc dont un seul aurait pu m'aplatir comme un vulgaire mulot. Deux d'entre eux roulèrent vers moi à une vitesse terrifiante pour venir s'arrêter sur le sentier à quelques mètres, un devant, l'autre derrière, La suite de la randonnée ne se passa pas sans incidents : orage de grêle et foudre, glissades sur l'herbe détrempée de ravins, rencontres de mon crâne (une à la montée, une à la descente) avec les branches basses de l'unique arbre du secteur, un cèdre  du Liban (du  Liban! qu'est-ce qu'il foutait là ?) à l'air mauvais.

Depuis des années, je rêve de remonter à pied le cours de la Bléone, surtout dans sa partie haute, qui est une des régions les plus préservées et les plus naturelles et sauvages de France. Mais l'occasion ne s'en est pas présentée. Pas encore.

A vrai dire, la Haute Bléone n'est pas ignorée de tout le monde. Les canoëistes et kayakistes de haut niveau accourent chaque année du monde entier pour y affronter les difficultés du cours de la rivière et de ses affluents.


Additum  1 -

Aux dernières nouvelles, il semble assuré que le copilote connaissait bien la région où il a "choisi" de précipiter l'avion. En particulier, il l'aurait survolée à plusieurs reprises aux commandes d'un planeur. Une de ses relations le décrit comme "obsédé par les Alpes". Moi aussi ((6). Il est probable qu'il savait très exactement où l'avion allait s'écraser. J'avance les hypothèses suivantes ( à vérifier) :

- en une Vision fulgurante, le copilote entend une Voix (ben quoi, on peut voir et entendre à la fois; moi, quand j'ai mes visions, je vois et j'entends la Vierge Marie). La Voix lui dit : tu dois écraser cet avion sur les pentes de la montagne des Têtes ! Elle lui indique même les coordonnées géographiques précises; ou bien c'est lui qui les détermine avec précision; reste à savoir s'il avait connaissance des deux accidents de 1948 et de 1953; je pose l'hypothèse que oui;

- survolant en planeur le massif des Trois Evêchés, il s'est retrouvé, à un moment ou à un autre, à l'aplomb des sources de la Bléone;

- la haute vallée de la Bléone est le siège d'anomalies gravitaires et magnétiques importantes ;

- les sources de la Bléone sont connectés avec celles du Verdon, situées approximativement à la même altitude ; on me demandera quel rapport, je répondrai qu'autant charger la barque, tant qu'on y est;

- le tracé du cours de la Bléone correspond à un système de failles cisaillant l'écorce terrestre en profondeur; il en va de même du cours du Verdon et de celui de la Durance; la similitude des trois tracés (parcours Nord/Sud suivi d'une brutale bifurcation vers l'Ouest) est frappante; enfin, moi, elle me frappe; je suis très frappé par tous les détails de cette histoire, vraiment très frappé;

- une pulsion suicidaire -- et encore moins une  motivation terroriste -- ne saurait expliquer le comportement du copilote ; ce comportement s'explique entièrement, selon moi, par l'influence -- non consciemment perçue par lui --  de puissantes Forces Telluriques qui, jaillissant du sol à la faveur des particularités géologiques du coinsteau, ont dardé un jet ( genre trou noir, troun de l'air ! ), vers l'infortuné zaviateur, le vélivoliste aventuré, le temps de le zombifier et de faire de lui leur agent totalement soumis, dès ses premiers survols du massif. Puis elles l'ont manipulé à leur guise jusqu'au tragique dénouement. De ces forces telluriques, nous ignorons encore tout, mais nous devinons qu'elles peuvent affecter l'existence de toute une collectivité ou n'agir que sur un seul individu : l'élu de leur coeur ou de leur haine.

En somme, pour comprendre ce qui s'est passé, il est plus utile de relire Homère, Virgile et Dante que s'en aller consulter quelques uns de nos doctes psychiatres. Invoquer la "folie" de l'intéressé n'apporte absolument aucune lumière tant qu'on n'a pas cerné la nature et les causes de cette "folie". Il serait en revanche plus productif de l'analyser comme un phénomène de possession. A cet égard, il serait certainement très éclairant d'établir s'il existe ou non un lien entre les premières manifestations d'un état psychique perturbé (7) et les premiers séjours du copilote dans la région du crash.

Il existe des montagnes fatales comme il existe des femmes fatales.

Parce que c'était lui, parce que c'était Elle.


Notes -

1 -  Au fur et à mesure que les information nous parviennent, elles confirment ma détermination, que je croyais d'abord très approximative, du point d'impact.


2 -  Si je prolonge vers le Nord  le côté du  triangle (crash de l'A320 - montagne du Cheval  Blanc), j'atteins le porche Sud de la cathédrale d'Embrun; si je le prolonge vers le Sud, j'atteins le choeur de l'abbaye du Thoronet ! Il s'agit manifestement d'une entreprise érotico-satanique visant à court-circuiter les fluides spirituels circulant le long de la faille tectonique (nique) de la Bléone. Ah le loustic (oui, bon) ! Prolongée encore plus au Sud, la ligne rejoint la Tour-Fondue (embarcadère pour Porquerolles). D'un fondu l'autre... Ce type en tenait, certes, mais j'aurais fait beaucoup plus fort.

3 -  Lesdits responsables ont d'ailleurs fait ouvrir une route destinée à faciliter la visite des lieux du drame. On imagine déjà l'affluence des  foules estivales.

4 -  Andreas Lubitz aurait réuni des renseignements sur des catastrophes aériennes antérieures; reste à savoir lesquelles. 

5 -  Aux dernières nouvelles, il semblerait que le copilote lui ait administré un laxatif. N'importe. Cela ne change rien à la pertinence de mon hypothèse. Depuis des années, Andreas Lubitz est agi alors qu'il croit agir.

6 -   Oui, moi aussi. Je n'ai rien à dire sur la forme de son obsession. La mienne est ancienne; elle remonte, comme la sienne, à l'enfance et à l'adolescence. Dans mon cas, c'est une obsession amoureuse, douce mais passionnée. Je m'étais dit moi aussi que, si les choses ne s'arrangeaient pas pour moi, si les petites bêtes revenaient et qu'on ne puisse plus les arrêter, j'irais rejoindre la montagne dans un endroit que j'avais, moi aussi, déjà choisi. Mais moi, je partirais seul. J'emporterais ce qu'il faudrait pour en finir tendrement, et sans souffrir. Jusqu'au jour où je m'ouvris de mon projet à mon voisin de  chambre, qui m'apprit qu'il habitait au pied de la montagne que j'avais élue, pour en avoir si souvent parcouru les sentiers, et que la piste forestière où je me proposais de garer ma voiture était leur lieu de promenade favori, à lui et à sa femme ! Je n'allais pas leur faire ça. J'espère de tout mon coeur, ami que je n'ai pas revu,  que tous les deux vous aurez pu reprendre vos promenades en ces lieux faits pour la flânerie amoureuse, ces lieux d'où le regard découvre les montagnes et les plaines de Provence, jusqu'à la mer.

7 -  A l'intention des malveillants, je précise que mes séjours à l'hôpital psychiatrique de *** n'ont strictement aucun rapport avec les hypothèses  scientifiquement plausibles que j'avance dans ce billet.


Mon vrai nom est Herlock S.


Additum  2 -

Dans le souci de contribuer aux progrès de l'enquête, j'ai reconstitué le timing du crash de l'A 320 :

t 1 : le nez de l'avion s'encastre dans la paroi de la montagne

t 2 : le copilote s'encastre dans son manche à balai

t 3 : la cloison du cockpit s'encastre dans le sous-ensemble (nez de l'avion + manche à balai + copilote)

t 4 : le pilote s'encastre dans le sous-ensemble (nez de l'avion + manche à balai + copilote + cloison)

t 5 : le premier rang de passagers s'encastre dans le sous-ensemble précédent

t 6 : le premier rang de fauteuils s'encastre dans le sous-ensemble précédent

t 7 : l'hôtesse de l'air s'encastre dans le sous-ensemble précédent

Et ainsi de suite jusqu'au moment où l'adolescent boutonneux assis au dernier rang s'encastre dans la petite blonde assise deux rangs devant par l'intermédiaire de deux fauteuils et de sa tante Artémise.

On obtient ainsi un éphémère feuilleté à la viande. Temps total de préparation : entre un dixième de seconde et un centième de seconde.

Même chez Mac Do, on aurait du mal à dépasser un pareil record dans le service.

t x : le big crunch se mue en un big splash.

t x + : les corbeaux, les renards et les fourmis commencent à déguster les miettes du feuilleté (les loups ont bon dos).

Dans l'étape suivante de ma recherche, je m'attache à reconstituer le dernier état de conscience de la tante Artémise.


Additum 3 -

Cette histoire de big crunch suivi d'un big splash m'intrigue. On sait que notre Univers est en expansion depuis le Big Bang "originel". Pour les astrophysiciens, la question de savoir si cette expansion se poursuivra éternellement ou si, au contraire, elle s'arrêtera et si l'Univers connaîtra alors une période de rétraction; cette question reste débattue. En d'autres termes, plus imagés, il s'agit de savoir si, à un Big  Bang, succédera un Big crunch, auquel succédera sans doute un nouveau  Big bang. Tout est une affaire de densité de matière dans l'Univers global; tout devrait se jouer autour de ce seuil. Il est possible que le copilote ait tenté d'expérimenter une situation qui se rapprocherait le plus possible du moment immédiatement antérieur au Big Bang. Un génie fou, mais un génie tout de même ?

Plus j'y pense, plus cette hypothèse me paraît éclairante; d'ailleurs, j'en suis tout illuminé. Sur un site que je fréquente, un autre illuminé écrit : "Andreas Lubitz, c'est l'enfant de Mai 68 : jouissance sans entrave ". J'en suis absolument convaincu. A l'approche du massif de l'Estrop, Andreas Lubitz connaît la tentation suprême du savant fou : vivre expérimentalement la mort/ renaissance de l'Univers en en mimant les conditions au plus près. Il jette l'avion contre la paroi avec l'ivresse d'un moucheron qui, juste à l'instant de la rencontre, se prendrait pour Dieu. Jouissance immense, même si elle ne dure que le temps d'une femtoseconde. Mais qu'est-ce qu'une femtoseconde ? Autant dire une éternité.

Je suis Charlie  ? Aucun intérêt. Je suis Andreas Lubitz. Un authentique enfant de mai 68.  D'ailleurs, en mai 68, j'ai intensément joui. Pas étonnant : en mai 68, ma femme et moi, nous étions déjà en 69. Autant dire que nous vivions une expérience intense d'abolition du temps.


Additum 4 -

" Quel bonheur d'être avant le commencement ! Rien ne peut nous arriver parce que nous ne pouvons pas nous arriver à nous-mêmes ", a écrit Unica Zürn dans L'Homme-Jasmin.

De l'inconvénient d'être né dans un Univers voué à l'expansion, donc à l'entropie. Arriver à moi-même, dans cet univers, c'est avancer à chaque instant vers l'état futur de moi-même le plus probable, c'est-à-dire vers  une entropie sans cesse croissante. Andreas Lubitz a vécu cela, comme tout un chacun : désordres psychiques en aggravation constante, décollement de la rétine et probable perte définitive de la vue. On comprend qu'il ait voulu arrêter ça et que, par un geste de charité sublime, il ait voulu l'épargner à 149 de ses semblables. Certes, on peut se dire qu'à condition que la densité de matière dans l'Univers le permette, nous soyons appelés à revivre notre vie à l'envers, ce qui, de toute façon, n'irait pas sans problèmes, mais c'est pas demain la veille et, de toute façon, il n'y a rien  de sûr à ce sujet.

Ah, si, comme l'a écrit Lucrèce, "certam finem esse viderent aerumnarum homines ", la boîte noire n'aurait pas enregistré tous ces cris d'horreur. Mais ni la lucidité ni la sérénité du sage ne sont, à l'évidence, la chose du monde la mieux partagée. D'un côté d'une cloison ô combien symbolique, la sérénité souriante du sage qui voit s'approcher "finem aerumnarum", de l'autre, l'inepte agitation de la foule des non-initiés. O miseras hominum mentes, o pectora caeca !...

On peut voir aussi dans le geste d'Andreas Lubitz la volonté de proposer aux ramasseurs de débris une expérience de  physique amusante. Il se serait agi de vérifier la corrélation entre la dimension des fragments de corps et la vitesse de l'avion : plus la vitesse de l'avion sera grande, plus les fragments seront petits. L'équation célèbre d'Einstein, E = mc2, ne s'applique pas qu'aux galaxies. D'autre part nous savons que nous sommes composés à 99,9 % de vide et que seule la force électro-faible, forçant nos atomes à cohabiter, nous rend visibles. Lucrèce -- encore lui --, écrit à ce sujet :

" Quod nunc, aeterno quia constant semine quaeque,
donec vis obiit quae res diverberet ictu
aut intus penetret per inania dissolvatque,
nullius exitium patitur natura videri "

(" Mais en réalité, puisque toutes choses sont faites de semence éternelle, tant que ne survient pas une force qui sépare les choses par le coup dont elle les frappe, ou qui les pénètre et les dissolve en s'insinuant par leurs vides, la nature ne souffre pas que soit vue la destruction d'aucune ").

Je pose comme hypothèse qu'Andreas, dans les huit dernières minutes, lisait tranquillement Lucrèce.


En Haute Bléone. L'Esprit de la montagne sait se montrer bienveillant, pour qui sait l'honorer.


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