vendredi 15 mai 2015

" La République des livres ", de Pierre Assouline : le parfum de pet peu discret de la bourgeoisie de droite

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A en juger par le nombre de commentaires mis en ligne (entre 500 et 1 000 par billet), La République des livres de Pierre Assouline est sans conteste le site littéraire français le plus fréquenté. Il est vrai que la plupart ( les trois quarts en moyenne) ont un rapport fort ténu, voire pas de rapport du tout, avec le sujet qu'Assouline a choisi d'aborder. J'y reviendrai.


Pierre Assouline  est aujourd'hui un des membres les plus solidement installés de l'establishment médiatique français, dans son champ littéraire et intellectuel. Sa carte de visite, disponible sur son site, en témoigne : chroniqueur aux revues l'Histoire et Le Magazine littéraire, juré de l'Académie Goncourt, professeur à Sciences-Po Paris, où il  enseigne l'écriture et l'enquête journalistique. L'orthographe fantaisiste et négligée de ses articles de la République des livres devrait pourtant inciter l'honorable professeur à revoir quelques règles élémentaires, celle des accords en particulier, avant de mettre en ligne ses billets,  par ailleurs régulièrement émaillés de coquilles, mots oubliés etc.

Pierre Assouline a beaucoup  publié, dans divers genres : la biographie, le reportage, la fiction. L'examen de sa bibliographie fait apparaître quelques constantes, ou tropismes, en particulier pour des figures de la grande bourgeoisie, du XIXe siècle à nos jours, la dynastie des  Rothschild dans Le Portrait, celle des Camondo dans Le Dernier des Camondo, Marcel Dassault, Gaston Gallimard, Jean Jardin, Paul Durand-Ruel, le marchand des impressionnistes. Si certains des personnages évoqués dans ses livres ont un rapport avec l'art, c'est plutôt en tant que riches collectionneurs ou que marchands. Quand Assouline s'intéresse à des écrivains, à des artistes ou à des intellectuels, c'est le plus souvent à des personnalités connues pour leur conservatisme, comme Hergé, Simenon ou le très curieux Raoul Girardet, ancien membre de l'Action Française, collaborateur de publications d'extrême-droite et militant de l'Algérie française. On retrouve cette tendance dans les billets de la République des livres , qu'il s'agisse du compte-rendu de biographies consacrées à un Le Corbusier ou, très récemment, au sulfureux Richard Descoings, ancien directeur de Sciences Po Paris, ou de l'hommage rendu à l'éditeur Claude Durand, dont Assouline écrit qu' "il avait longtemps rêvé de faire partie d'une certaine élite " ; il n'est pas interdit de lire dans cette remarque une discrète confidence personnelle. D'aucuns pourraient y déceler une fascination de son auteur pour la richesse et les riches. Je me suis un temps interrogé sur l'intérêt qu' Assouline, qui est Juif, portait à la correspondance de Paul Morand et de Jacques Chardonne, deux anciens collaborateurs de Vichy, collaborateurs tout court et antisémites flamboyants, à laquelle, à quelques mois de distance, il a consacré deux comptes-rendus qui sont très loin d'être systématiquement défavorables. Mais c'est qu'au-delà des éructations réactionnaires et racistes des deux compères, Assouline y retrouve ses propres préférences en matière de style et son conservatisme foncier. Antoine Blondin ou Simenon, ses écrivains préférés, ne passent pas non plus pour être de grands novateurs en matière d'écriture ni des esprits connus pour leurs options progressistes. Le cas d'Assouline pourrait servir d'illustration aux études qu'un Pierre Bourdieu a consacrées à de telles connivences de classe, quand les choix culturels (au sens large) et les intérêts (au sens large) se recoupent, se découvrent en harmonie, en phase, comme on dit.

Dans la République des livres, les préférences droitières d'Assouline se révèlent ainsi par le choix qu'il fait de parler de tel livre plutôt que de tel autre. Il est notamment significatif que si peu de billets soient consacrés à une littérature en quête de formes d'écriture nouvelles, soucieuse de peindre sans concession la réalité du monde tel qu'il est. Il est vrai que le discernement littéraire d'Assouline semble parfois à peu près aussi limité que l'est sa connaissance des règles de l'orthographe et de la grammaire.

Mais ces préférences sont repérables aussi dans une série de notations plus discrètes, qu'on relève en particulier dans les rubriques annexes. Naguère relativement rares ( comme ce billet partiellement consacré à l'argot des jeunes de banlieue, ou une prise de position aventurée en faveur du plagiaire Joseph Macé-Scaron), elles tendent à devenir plus fréquentes. Cela va de l'écho donné aux déclarations des adversaires du projet de réforme du collège au commentaire fielleux d'une déclaration récente de Toni Morrison, en passant par une manifestation d'hostilité haineuse à un Stéphane Hessel. Assouline n'hésite pas à faire preuve, dans ces notations agressives, d'une partialité malhonnête en refusant de préciser les options qu'il refuse, de citer les propos qu'il incrimine ou d'en prendre tout au moins une considération précise : ce fut récemment le cas lorsqu'il éructa sa fureur contre le choix d'un certain nombre d'écrivains américains (plus de 200 tout de même), parmi lesquels Joyce Carol Oates et Russell Banks, de ne pas s'associer à la distinction décernée par le Pen's Club de New-York à Charlie Hebdo. Il est piquant, par ailleurs, de voir un folliculaire qui n'hésite pas à censurer ses adversaires, voire à les insulter, se faire le champion de la liberté d'expression la plus radicale ! Pas étonnant, dans ces conditions, qu'il se fasse à l'occasion moucher : ainsi le vit-on, pressé dans ses retranchements, incapable de préciser clairement ses reproches à une Toni Morrison ; c'est que le faire l'aurait sans doute conduit à dévoiler ses préjugés raciaux, pour ne pas dire racistes, et, peut-être, à en prendre lui-même une plus claire conscience.

On ne s'étonnera pas, dans ces conditions, qu'au milieu du tout-venant des propos imbéciles ou totalement dépourvus d'intérêt qui constituent le fond de sauce de l'espace des commentaires de la République des Livres, un certain nombre d'habitués, quand ils ne cirent pas indécemment les pompes du maître de maison, y déversent à toute occasion l'expression des préjugés et des haines les plus réactionnaires : propagande sioniste qu'on dirait recopiée des discours de Nétanyahou ou des communiqués de l'Etat-major israélien ; hurlements de fureur contre le projet de réforme du collège, qu'on croirait empruntés aux discours d'un Sarkozy ou d'un Bruno Lemaire, propos islamophobes et homophobes flirtant avec la légalité (voir , sur ce blog, le billet intitulé Une insulte à l'Islam et aux Musulmans ? daté du 27/10/2014 ). Les cascades de commentaires signés "JC" (la campanule des lieux d'aisance), "Closer" (Walter Closer, probablement), "Widergänger" (dit Robert la Vidange), évoquent les coulures de chiasse sur les bords d'une cuvette de latrines publiques mal entretenues. Ces commentaires puants et leurs rédacteurs font manifestement l'objet d'une "neutralité" bienveillante et ne suscitent aucune réaction d'une "modération" étrangement inactive, lors même qu'ils n'ont strictement aucun rapport ni avec le sujet du billet du jour ni avec la littérature. Les modes de fonctionnement de cette "modération" restent d'ailleurs tout-à-fait opaques, suscitant parfois, de la part de certains intervenants pourtant parfaitement inoffensifs de douloureuses réactions d'incompréhension.

Qui se ressemble s'assemble, n'est-il pas vrai ? Il importe en tout cas de savoir où l'on se risque à mettre les pieds, au moment de balancer quelques boules puantes dans les réunions de la crapoteuse tribu (mussolinienne) assoulinienne (1). En tout cas, les préférences et les dits d'Assouline, comme ceux de ses commentateurs, dessinent les lignes directrices de ce qu'il est pertinent d'appeler un réseau . Assoulini lui-même, sorte de mixte de Houdini et de Mussolini, expert en contorsions et mouvements de menton, est un homme de réseau, dont la culture, les curiosités intellectuelles et les goûts littéraires se confondent, pour l'essentiel, avec son carnet d'adresses, et il agit et écrit en tant que membre et  chroniqueur de ce réseau. Un réseau de classe, auquel manque et manquera toujours la classe. La classe ? Un peu plus de propreté sur soi, de la part de l'animateur de la République des livres et de plus d'un de ses fidèles serait déjà un énorme progrès.

Esquisser les grandes lignes d'un tableau sociologique du lectorat d'Assouline n'est pas chose très malaisée. A en juger par la teneur des commentaires postés, les confidences de l'un ou l'autre de leurs auteurs, le groupe des plus assidus commentateurs se recrute très majoritairement dans les rangs de la petite et moyenne bourgeoisie. Les Parisiens et les Juifs (surtout les Juifs) paraissent y être surreprésentés, de même que les actifs et retraités de la fonction publique. La récurrence des commentaires violemment sionistes, islamophobes, ainsi que de ceux qui s'attaquent à la politique de l'actuel gouvernement, y  est très frappante ; avancer qu'elle est significative de la progression de positions réactionnaires au sein de ces groupes sociaux serait sans doute accorder à  la République des livres le statut d'un marqueur sociologique préférentiel qu'elle ne possède pas. Il est préférable d'y voir un effet de meute ou d'agglutinement, par l'effet de l'échange de multiples signes de reconnaissance : qui se ressemble s'assemble ... A l'instar de nombreux sites internet, la République des livres fonctionne comme une chapelle (tirant quand même fortement sur la synagogue), offrant à ses croyants le confort douceâtre d'articles de foi partagés. Les rares interventions d'intrus qu'y n'y adhèrent manifestement pas suscitent d'ailleurs des réactions de fureur de chaisières horrifiées d'un sûr effet comique.


Note 1 -

" C'est ça, Guy le Mômô, au blaze si bien trouvé, échine-toi à te donner le beau rôle. On sait en réalité ce qu'il en est : tu ne peux pas de débarrasser de ton addiction à  la RdL, où tu continues de commenter à tour de bras. Tartuffe !" (un intervenant anonyme).

Note 2 -

On lira avec  profit, sur le site Acrimed (http://www.acrimed.org), l'article de Mathias Raymond, "Pierre Assouline, chien de garde de l'édition" (octobre 2011)

Note 3 -

Quelques exemples du style incomparable de certaines interventions sur le blog d'Assouline :

JC..... dit: 6 août 2015 à 8 h 16 min
Ce n’est pas Putin qui accepterait l’invasion des sauvages africains et sarrasins que l’Europe pleureuse accueille avec la compassion des religieuses pour les cannibales qui vont les violer puis les dévorer à la sauce niquante …

Widergänger dit: 12 août 2015 à 15 h 38 min
Les berbères comme leur nom l’indiquent ne sont que des barbares incapables de conquérir quoi que ce soit sinon sous la conduite d’un chef non berbère. Les berbères ne connaissent que la cruauté

ZEUS….. dit: 27 octobre 2015 à 6 h 22 min
« A Marseille (FRANCE), les traces du passé sanglant les plus visibles ont été effacées. La rue Saint-Ferréol a été rebaptisée Souk Street et l’avenue de la Castellane s’appelle Cocaïne Avenue. »
Les blagues moisies de Zeus (alias JC) sont de celles dont les militants et sympathisants du FN font leurs délices. Elles dissimulent à peine l’équation raciste : Arabes = criminalité. Complaisante antienne relayée, sur le blog, par les Bihoreau de Bellerente, Closer et autres Widergänger. L’espace des commentaires de la RdL est décidément une curieuse chambre d’échos.
Apparemment, la "modération" du site d'Assouline, ou ce qui en tient lieu, ne voit aucun inconvénient à laisser traîner des propos aussi répugnants, dérivant sur le fil des commentaires comme des étrons au fil d'un égoût.


( Posté par : Guy le Mômô, avatar eugènique toléré )


Eugène communique -

Nos intervenants sont, en principe, libres d'exprimer leurs opinions. Cependant, il nous semble que notre ami Guy le Mômô s'abandonne à une animosité par trop virulente, hargneuse et et malveillante à l'égard du site de Pierre Assouline, de son animateur et de ses commentateurs. Quelques nuances et corrections seraient les bienvenues, d'autant plus que notre cher Guy le Mômô, à ce que je me suis laissé dire, continue de fréquenter assidûment ledit site, ce qui suggère qu'il l'apprécie plus qu'il ne veut bien l'avouer.


Guy le Mômô à Eugène -

Pollop.  Je dis les choses comme ça parce qu'elles sont comme ça et si elles étaient pas comme ça je les dirais pas comme ça. Quant à mes contradictions, elles ne regardent que moi.


Eugène, à Guy le Mômô (6/11/2015) -

Aux dernières nouvelles, le torchon brûle entre Assouline et un de ses plus fidèles commentateurs, l'ineffable Widergänger, et pas qu'un peu. Voir les posts dudit Widergänger sur le fil du billet intitulé Le moment Apostrophes.


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