jeudi 23 juillet 2015

Boycottez les produits agricoles français

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D'abord parce qu'à qualité égale ils seront sera plus chers que les produits importés de l'étranger, par exemple la viande  importée d'Allemagne ou des Pays Bas ou les fruits importés d'Espagne. Ainsi, vous vous y retrouverez, vous vous comporterez en citoyens européens responsables et solidaires.

Ensuite parce que vous ferez preuve de patriotisme. Tout le monde sait en effet que les mesures gouvernementales récemment annoncées en faveur des éleveurs, entre autres, sont un emplâtre sur une jambe de bois. A plus ou moins brève échéance, la même situation se reproduira et les contribuables seront priés de mettre à nouveau la main à la poche pour soutenir des entreprises à nouveau au bord de la faillite. Les éleveurs et les agriculteurs français s'imaginent-ils que la collectivité a pour mission d'éponger leurs déficits chroniques, dont l'origine est structurelle ? Il paraît que le taux de suicides parmi eux est un des plus élevés des diverses catégories socio-professionnelles : pas étonnant quand on voit des types jeunes -- entre vingt et quarante ans pour la plupart -- se lancer de façon irresponsable dans des investissements qui dépassent largement le million d'euros, les obligeant à rembourser pendant des années des  sommes qui leur laissent à peine de quoi vivre, quand la rentabilité de leur entreprise est des plus aléatoires.

Ainsi, n'achetez pas de viande française. N'achetez pas de fruits et de légumes français. Vous contribuerez par votre abstention à acculer à la faillite des entreprises structurellement obsolètes et non-compétitives. Vous aiderez à diminuer par la reconversion ou le suicide les effectifs d'une profession de moins en moins utile. Vous hâterez  ainsi l'évolution de notre agriculture vers des formes d'organisation modernes capables d'affronter une concurrence mondialisée. L'entreprise familiale chroniquement endettée, c'est fini. Sa disparition à peu près totale est l'affaire d'une génération. En matière d'économie, la nostalgie est un très vilain défaut. L'âge est venu d'une agriculture industrialisée, intégrée dans de vastes ensembles où la production, la transformation, le conditionnement et la distribution appartiendront à la même entreprise. Pour promouvoir cette nécessaire évolution, la grande distribution a les principaux atouts en mains. Elle peut se permettre de racheter (ou de louer) les terres, les cheptels, les abattoirs, les usines de transformation et de conditionnement. L'ère du paysan maître chez lui appartient au folklore, ne serait-ce que parce que la plupart de nos paysans sont accablés de dettes et incapables de trouver d'autres solutions pour garder encore un temps la tête hors de l'eau que de s'endetter davantage. L'avenir est sans doute au travailleurs agricole salarié par de grandes entreprises maîtrisant toutes les étapes, de la production à la distribution.

Cette évolution est d'ailleurs déjà en marche. Sait-on par exemple que le poisson vendu dans les magasins Intermarché est pêché par des bateaux appartenant à Intermarché ? Leurs équipages sont évidemment des salariés d'Intermarché. Il en ira sans doute bientôt de même pour la viande, les légumes et les fruits.

En attendant, on peut donner la formule de cette évolution par l'équation suivante :

P  =  h ( O + S )

où  P = Productivité
      O = Ordre social
      S = Taux de suicide de l'agriculteur français
      h = constante de Jeannot Lapin


N.B. - Pour apprécier correctement la pertinence de l'équation précédente, il convient de considérer la variable S (taux de suicide de l'agriculteur français) comme un indicateur fiable de l'évolution de l'agriculture française vers une adaptation structurelle plus efficace à la concurrence mondialisée.


Additum -

Il existe sans doute d'autres solutions que celle d'une intégration verticale dominée par la grande distribution et à son seul profit, mais pour les imaginer et les mettre en place, il faudrait un recul spectaculaire de l'individualisme et des survivances du passé et peut-être des dispositions juridiques nouvelles concernant notamment le droit de propriété et celui de l'entreprise.  On peut rêver d'une intégration verticale à l'envers, où ce seraient les producteurs qui prendraient le contrôle de tous les étages de la filière, jusqu'à la grande distribution (sans doute pas seulement celle des produits agricoles). Il existe d'ailleurs dans ce sens des initiatives encourageantes mais encore trop limitées. Pour passer la vitesse supérieure, il faudrait que les acteurs de la base sachent s'unir en masse et trouvent l'argent nécessaire. Ce serait certainement beaucoup plus efficace et porteur d'avenir que les manifs de desperados auxquelles nous assistons. Les scléroses du monde agricole français ne sont qu'un aspect des innombrables scléroses de la société et de l'économie françaises, mais il existe des thérapeutiques.

On lira avec profit dans Le Monde du 31 juillet l'article sur Henri Mendras, l'auteur de La Fin des paysans


Additum 2 -

Les éleveurs français (et les agriculteurs français en général) me font bien rire, avec leurs prix planchers. Au prix qu'ils demandent, encore faut-il trouver des acheteurs. Sauf à exclure les produits étrangers du marché national, au mépris des règles de concurrence en vigueur en Europe et avec tous les risques que ça impliquerait pour nos exportations, ces braves gens vont dans le mur. Vu la tournure que prennent les événements, on pourrait leur conseiller  quelques initiatives, par exemple :

- bouffer, eux et leur famille, leurs cochons invendus. A défaut de bénéfice, ça leur permettrait de vivre un temps sur la bête.

- lancer une souscription nationale pour financer l'achat  des cordes pour se pendre.




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