lundi 20 juillet 2015

" Les livres prennent soin de nous " ( Régine Detambel )

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La bibliothérapie est aujourd'hui une pratique  thérapeutique reconnue et des bibliothérapeutes interviennent dans les maisons de retraite et des services hospitaliers (services gériatriques, soins de longue durée). Il s'agit de proposer aux personnes concernées des livres censés leur apporter des bienfaits psychiques, voire physiologiques. Fréquemment, le bibliothérapeute lit à voix haute le livre qu'il a choisi, ou organise des séances de lecture et d'écriture en commun à voix haute.

Régine Detambel est elle-même bibliothérapeute et, s'appuyant sur son expérience et sur celle de pionniers de la bibliothérapie -- Marc-Alain Ouaknin, Michèle Petit, entre autres -- elle entend ici nous convaincre des effets bénéfiques de la bibliothérapie.

Cependant, son exposé serait plus convaincant si l'auteur avait fait plus directement et précisément appel à des situations concrètes vécues entre elle et ses "patients". Au lieu de cela, elle s'en tient à des généralités, sans doute pertinentes mais qui laissent le lecteur sur sa faim et ne risquent pas de déchaîner son enthousiasme étonné. Sans compter que Régine Detambel laisse en suspens des problèmes qui ne m'ont pas paru vraiment résolus, comme la question -- centrale -- de savoir ce que c'est qu'un "bon" livre, dans une perspective thérapeutique. Personnellement, j'avoue que la question de savoir ce que c'est qu'un "bon" livre (et un "mauvais") me hérisse. Il me paraît clair, en tout cas, qu'il doit être bien difficile, sur ce point, d'obtenir l'accord unanime d'un groupe sur les vertus du livre choisi -- sauf à organiser, évidemment, des séances collectives de critique, pratique que, sauf erreur de ma part, Régine Detambel ne semble guère évoquer, alors qu'à mes yeux elle apparaît capitale.  De même, la question de savoir dans quels cas et sous quelles formes la lecture et l'écriture peuvent être véritablement considérées comme des thérapies m'a paru insuffisamment approfondie. A moins, évidemment, de considérer qu'elles le sont toujours, et tout au long de la vie, ce qui semble être en effet la conviction intime de l'auteur mais ne nous avance guère. Encore une fois, la description suffisamment précise de quelques séances concrètes de bibliothérapie (description éventuellement romancée, solution qui serait sans doute même  de loin la préférable) aurait été bien plus éclairante et passionnante que cette approche abusivement généraliste, lénifiante et fade.

S'il m'arrive un jour de prendre pension dans  une maison de retraite ou dans un service gériatrique hospitalier, je ne crois pas que je ferai appel aux services d'un bibliothérapeute, à moins d'être devenu aveugle ou à peu près gâteux. J'ai pris depuis trop longtemps l'habitude de choisir mes livres moi-même, et quant à la lecture à haute voix, j'en ai une pratique personnelle qui me rendrait insupportable que quelqu'un d'autre lise à ma place. A moins qu'un pensionnaire de la Comédie Française ne se déplace rien que  pour moi, et encore...!

En fait, la question de la bibliothérapie au sens strict (si on peut dire car, à lire Régine Detambel, ses frontières paraissent bien floues) tient une place relativement restreinte dans ce livre qui tourne à l'éloge des bienfaits de la pratique assidue de la lecture et de l'écriture. A lire Régine Detambel, on s'aperçoit que Montesquieu avait à peu près tout dit : " Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé ". Le livre apparaît comme une série de variations sur ce thème. Pour les illustrer, Régine Detambel fait appel au témoignage de nombreux écrivains ou philosophes, Colette, Albert Camus, Pierre Guyotat, Georges-Arthur Goldschmidt, Michel Foucault, Camille Laurens, Marcel Proust, Paul  Ricoeur, pour n'en citer que quelques uns. Tout ceci est bel et bon, mais là encore elle abuse de généralités formulées en cascades de substantifs abstraits.

Au total, un livre plat et froid, qui tourne à la compilation consciencieuse et sentencieuse, en l'absence d'une musique plus personnelle qui lui aurait peut-être conféré charme, élan et force de persuasion. C'est le comble de la part d'une praticienne de la lecture et de l'écriture aussi passionnée que semble être Régine Detambel.

Au fond, la partie la plus utile du livre est sa bibliographie. Elle devrait permettre à qui voudrait dépasser les généralités de Régine Detambel de prendre connaissance de textes sans doute plus circonstanciés qui, pour une part d'entre eux, sont accessibles par internet.


Régine Detambel ,  Les livres prennent soin de nous, pour une bibliothérapie créative ( Actes Sud )



Régine Detambel

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