mercredi 5 août 2015

L'ère du zimboum

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Au début, ma femme et moi, nous avons cru que notre poste de télé était déréglé. C'est vrai qu'il commence à accuser son âge. En tout cas, plus moyen d'échapper à des séquences musicales, plus ou moins brèves, d'intensité sonore nettement supérieure au niveau moyen : séquences d'ouverture ou de fermeture d'une série de spots publicitaires, indicatifs de début de journal télévisé, de telle ou telle émission, interventions musicales couvrant quasiment les paroles, dans  presque toutes les séquences de tel ou tel téléfilm, de tel ou tel reportage.

Jusqu'au jour où nous avons compris que  le poste n'y était pour rien. Non. C'est une espèce de mode qui s'est peu à peu installée, a imposé son diktat. Et si elle y est parvenue, c'est que les gens aiment ça. C'est que l'immense majorité des téléspectateurs en redemandent. Là où, bien souvent, le bruit des voix humaines, les bruits de la nature, suffiraient à retenir l'attention, voire à charmer, à mettre de la poésie, eh bien non, il leur faut une sauce musicale, généralement lourdement rythmée, façon musique de film, de la mélodie fadasse à l'américaine.

C'est aussi  que ma femme et moi n'allons plus guère au cinéma. Or il suffit aujourd'hui de se payer n'importe quelle séance au cinéma pour mesurer les progrès du zimboum musical cinématographique. L'écran, c'est bien, les baffles, c'est encore mieux. En stéréo, en quadri, mais toujours en mégaphonie. Il n'y a guère qu'au théâtre qu'on y échappe encore. Relativement.

Le pli est pris. Quand on rencontre tant de gens, des jeunes principalement, déambuler avec des écouteurs sur la tête, que ce soit pour faire un jogging ou aller faire des courses, on comprend à quel point la musique, souvent de médiocre qualité, est devenue pour beaucoup l'accompagnatrice obligée de l'existence et, en tout cas, la sauce indispensable à tout divertissement.

Nous sommes entrés dans l'ère du zimboum. Ce conditionnement est un des exemples de l'habileté avec laquelle certains (qui y trouvent leur compte) font croire aux gens qu'ils aiment, au point de ne plus pouvoir s'en passer, ce qu'en réalité on les a patiemment habitués à consommer. Peut-être les oies qu'on gave finissent-elles par aimer leur pitance.


Posté par : John Brown , avatar eugènique agréé )


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