mardi 6 octobre 2015

" Les Gaulois contre les Romains " ( Joël Schmidt) : Vae victis ?

1284 -


" La guerre de mille ans " : c'est le sous-titre choisi par Joël Schmidt pour son ouvrage intitulé Les Gaulois contre les Romains .

Première inexactitude. Entre 390 -- date de la bataille de l'Allia, par laquelle cette guerre est censée commencer -- et 476 -- année de la fin de l'Empire Romain d'Occident --, il ne s'écoule que 866 ans, c'est-à-dire nettement  moins qu'un millénaire. Après 476, le titre de "Romain" ne sera plus guère qu'un titre honorifique. Quant aux Gaulois, on n'en entendra plus parler. Depuis longtemps, l'appellation "Gaule" ou "Gaules" ne désignait plus qu'une subdivision administrative de l'Empire. Elle disparaît avec lui. Disparaît avec elle la langue gauloise, ou plutôt les dialectes gaulois qui, dès la fin du Ve siècle, ne sont plus guère parlés que par d'obscurs ploucs aux quatre coins de l'Europe occidentale. Ils ne laisseront aucune trace écrite et, chez nous, leur souvenir ne se perpétue que dans quelques mots du français et quelques toponymes. A la fin de son livre, Joël Schmidt célèbre une paradoxale victoire des vaincus sur leurs vainqueurs. C'est une blague. Les vrais vainqueurs, à la fin du Ve siècle, ce sont les vagues d'envahisseurs germaniques, qui ramènent le Gaulois modeste (c'est-à-dire l'immense majorité de la population) à sa vraie vocation : fermer sa gueule et marner pour les nouveaux maîtres.

Cette estimation quelque peu gonflée de la durée des affrontements entre Gaulois et Romains participe d'une thèse qui revient dans l'ouvrage de façon récurrente, insistante et agaçante (dans la mesure où elle met un peu trop facilement la réalité historique à son service), thèse selon laquelle, tout au long de ces presque neuf siècles, les Gaulois furent l'ennemi électif, véritablement héréditaire, des Romains, et ne renoncèrent jamais à recouvrer leur liberté. Pour mieux la soutenir, l'auteur, qui ne cache pas sa sympathie pour les congénères (plus ou moins lointains) de Vercingétorix, est malheureusement amené à se livrer à diverses manipulations et acrobaties. Cette thèse centrale du livre est présentée, par exemple, dans le passage suivant, qui suit le récit de la prise d'Alésia :

" Certes, de nombreux Gaulois, notamment dans les villes, aspireront à la citoyenneté romaine et assimileront rapidement la civilisation du conquérant. Mais ce phénomène sera presque exclusivement urbain. Au fond des campagnes, les descendants des anciens peuples gaulois, sous d'autres formes plus sournoises, mais tout aussi vindicatives, vont, pendant les cinq siècles à venir, jusqu'à la fin de l'Empire romain, témoigner devant l'Histoire qu'ils demeurent d'irréductibles ennemis héréditaires ". 

La présentation est habile mais, à l'aune de l'exigence d'un minimum de rigueur historique, elle ne vaut pas un pet de lapin. On saura gré à l'auteur des réserves qu'il formule au début. Mais il faut le croire sur parole quand il nous affirme sans preuve que le processus de romanisation " sera presque exclusivement urbain ". On appréciera notamment la latitude d'évaluation autorisée par ce "presque". On connaît, notamment par des vues aériennes prises, en particulier, dans le Nord de la France, la densité d'implantation de riches villae, qui jouèrent certainement un rôle actif dans l'acculturation des campagnes. La suite n'est pas moins plaisante quand on apprend que "les descendants des anciens peuples gaulois " -- ah bon ? ils ne savaient plus trop bien eux mêmes s'ils étaient ou non gaulois ? -- ont relayé "sous d'autres formes plus sournoises " la vocation d'ennemis héréditaires de leurs lointains ancêtres.  Ce genre d'assertion relève pour le moins de la psychanalyse collective. Cette hypothèse de stratégies "plus sournoises" et aux motivations relativement inconscientes se dispense évidemment du devoir de la preuve et permet à l'auteur de ratisser large, en annexant par exemple à l'irrédentisme celtique le phénomène des Bagaudes -- qui ne furent guère que des brigands profitant des effets négatifs des luttes de factions à Rome même sur la vie des provinces, ou les phases de persécutions des chrétiens, un peu vite assimilés majoritairement aux classes populaires les plus défavorisées, persécutions interprétées (là encore, il faut croire l'auteur sur parole) comme le souci du pouvoir romain de faire un exemple destiné à dissuader ces incorrigibles Gaulois de tenter un nouveau mauvais coup. Tout aussi tendancieuse et peu crédible est l'interprétation que, plus loin, Joël Schmidt propose de l'attitude de l'évêque de Poitiers, Hilaire, refusant d'accepter le choix de l'empereur Constance II en faveur de l'arianisme. Elle témoigne, selon lui, "que l'esprit d'indépendance des Gaulois a trouvé dans la religion chrétienne et dans son courageux clergé une manière de s'exprimer ". Interprétation personnelle aussi gratuite que farfelue. On peut penser qu'Hilaire de Poitiers était plus préoccupé par les éventuels succès de l'arianisme parmi ses ouailles que par le souci d'affirmer "l'esprit d'indépendance des Gaulois". Episode manifestement monté en épingle pour les besoins de la cause, Schmidt allant jusqu'à y voir une lointaine préfiguration... du gallicanisme. C'est oublier que le débat sur l'arianisme au IVe siècle n'a pas concerné que la Gaule, mais que ses partisans et ses adversaires se sont  violemment opposés dans tout l'Empire.

Ce qui apparaît à l'évidence, dans l'histoire (fort compliquée  dans le détail, comme le montre le livre de Joël Schmidt) des rapports entre Gaulois et Romains, c'est le reflux progressif, dans la direction du  Nord, des territoires indépendants où se sont installés les divers groupes ethniques celtiques, et parallèlement, les progrès, continus et irréversibles, de la romanisation de ces mêmes territoires, romanisation à laquelle adhèrent progressivement la majorité des populations d'origine gauloise. Et cela malgré de nombreux soulèvements, au fil du temps de plus en plus rares et de moins en moins significatifs du souci de défendre une identité  gauloise de plus en plus problématique. On connaît les principales et décisives étapes de ce processus.

Dès la fin du IIIe siècle av. J.-C., la province de Gaule Cisalpine se constitue. Mediolanum (Milan) est prise en 222, les colonies de Crémone et de Plaisance sont créées dans les années qui suivent. L'identité gauloise de l'Italie du Nord ne cessera, dès lors, de s'estomper.

A la fin du IIe siècle av. J.-C., la Province de Narbonnaise s'organise tout au long du littoral méditerranéen de la Gaule Transalpine. Aquae Sextiae (Aix-en-Provence) est fondée en 123, Narbo Martius (Narbonne) en 117. Le nom de notre Provence en conserve le souvenir. Joël Schmidt écrit :

" En un demi-siècle,  la Province, comme on l'appelait, qui a donné son nom à Provence, a été fidèle aux buts fixés par ses fondateurs, devenir une des plus belles colonies de Rome et le point géographique idéal pour surveiller les Gaulois souvent rebelles et toujours dangereux ".

Il ajoute un peu plus loin :

" Depuis la Narbonnaise se diffusent la culture et la civilisation latines dans le monde gaulois limitrophe et même bien au-delà par les voyageurs et les commerçants, les voies d'eau et les routes. "

Pour les Gaulois de plus en plus romanisés de Narbonnaise, les Romains cessent d'être l'ennemi héréditaire dès le début du 1er siècle. Jusqu'à la fin Rome pourra compter sur leur loyauté, et, notamment, César, au long de sa conquête de la Gaule "chevelue". Aujourd'hui encore, les monuments de Cimiez (Cemelenum), Fréjus (Forum Juli), Vaison (Vasio), Arles (Arelate), Nîmes (Nemausus) témoignent de l'éclat de la civilisation dans la Provincia.

Mais ce qui importe à Joël Schmidt, c'est de faire admettre la réalité de ce qu'il nomme tantôt l'irrédentisme , tantôt le nationalisme, tantôt l'indépendantisme gaulois, usant de termes modernes renvoyant à des concepts à peu près ignorés de l'Antiquité, qui l'amènent à des rapprochements discutables (comme celui qu'il propose avec la résistance des Alsaciens-Lorrains à l'assimilation à l'Allemagne entre 1870 et 1914), et qui reposent sur le postulat indémontré (et pour cause) de l'existence d'une "nation" gauloise, alors que les territoires compris entre l'Océan et l'Asie Mineure, en passant par l'Helvétie et l'Illyrie, ont été occupés, à partir du début du Ve siècle avant J.-C. par de très nombreux groupes ethniques, venus du Nord et de l'Est de l'Europe, groupes d'origine celtique sans doute, mais indépendants, souvent hostiles les uns aux autres, et parlant des dialectes souvent très différents. C'est d 'ailleurs de cette diversité, et de ces divisions, que les conquérants romains ont pu jouer pour asseoir progressivement leur domination.

Quoi qu'il en soit, dès le moment ( au milieu du 1er siècle avant J.-C. ) où la Province de Narbonnaise est irréversiblement pacifiée et romanisée, il n'en est pratiquement plus question dans le livre de Joël Schmidt, et pour cause : il ne s'y passera plus rien qui puisse soutenir sa thèse. Plus rien, sauf un événement que, curieusement, Joël Schmidt présente comme la dernière étape de la mainmise de Rome sur la Gaule , la prise de Marseille et des territoires qu'elle contrôle par les troupes de César, oubliant que, depuis le VIe siècle, le domaine marseillais n'était plus un territoire gaulois, mais... grec ! C'est confondre le territoire gaulois avec celui de la France actuelle. De même, il n'est guère question de l'Espagne, territoire lui aussi intensément romanisé, et où l'irrédentisme celtique est encore plus problématique qu'en  Narbonnaise, peut-être parce que, depuis longtemps, les envahisseurs celtes s'étaient mélangés aux populations autochtones, les Ibères (d'où le nom de Celtibères).

Au vrai, comme le montre d'ailleurs très bien le livre de Joël Schmidt, les comportements des divers groupes ethniques gaulois à l'égard des Romains ne cesseront de varier du tout au tout au gré des circonstances et de leurs intérêts, mais aussi des conflits d'intérêts au sein d'un même groupe, comme on le voit, parmi beaucoup d'autres exemples, dans le cas des Eduens pendant les campagnes de César. On le voit aussi très bien à l'époque de la seconde Guerre Punique, où des groupes gaulois prennent le parti des Carthaginois, tandis que d'autres s'allient aux Romains.

La troisième étape décisive de l'expansion romaine en Gaule,  c'est, bien sûr, la série des interventions de César et de ses lieutenants entre 58 et 49. Elles se font plus d'une fois à la demande de tel ou tel peuple gaulois, par exemple les Eduens, opposés au passage sur leurs terres des Helvètes fuyant leur territoire menacé par les Germains. La campagne contre Arioviste, chef germain particulièrement menaçant, se fait aussi à la demande, ou du moins sans opposition des Gaulois.

Au plus fort de la résistance gauloise à l'impérialisme romain, Vercingétorix lui-même a du mal à mobiliser l'ensemble des peuples gaulois au nom d'un problématique "nationalisme" gaulois. On le voit bien lors de l'Assemblée des Gaules convoquée par lui à Bibracte en 52, et Joël Schmidt note que sa décision de s'enfermer dans Alésia est consécutive à la "trahison" de plusieurs chefs gaulois ( il s'agit là d'une de ses interprétations personnelles dépourvues de preuve, César indiquant simplement qu'il avait fait ces chefs prisonniers, ce qui lui permit peut-être de les persuader plus facilement de changer de camp).

Le récit par Joël Schmidt de la reddition de Vercingétorix à César ne manque pas de piquant dans la mesure où il dévoile les implications "idéologiques", et sans doute surtout personnelles et affectives, de la thèse qu'il soutient. Le passage vaut d'être cité in extenso : il présente, en particulier, l'intérêt de confronter les sources historiques, en l'occurrence, le récit de César lui-même, et ceux de Plutarque et de Dion Cassius . Schmidt commence par citer le texte de César :

"  " Le lendemain, Vercingétorix convoque l'assemblée et dit qu'il n'a pas entrepris cette guerre pour ses intérêts personnels, mais pour la défense de la liberté commune ; que, puisqu'il fallait céder à la fortune, il s'offrait à ses compatriotes, leur laissant le choix d'apaiser les Romains par sa mort ou de le livrer vivant. On envoie à ce propos des députés à César. Il ordonne qu'on lui apporte les armes, qu'on lui amène les chefs. Assis sur son tribunal, à la tête de son camp, il fait paraître les chefs ennemi. Vercingétorix est placé en son pouvoir, les armes sont jetées à ses pieds."
  Cette version laconique et hautaine de César n'est pas sans imprécisions volontaires. Le récit de Plutarque et les commentaires de Dion Cassius paraissent beaucoup plus près de la vérité qui ne fait pas de Vercingétorix un vaincu sans gloire. Amédée Thierry, le frère trop oublié et pourtant talentueux de l'historien Augustin Thierry, s'est emparé des versions fournies par les historiens grecs pour les commenter avec panache :
   " Vercingétorix n'attendit pas que les centurions romains le traînassent pieds et poings liés aux genoux de César. Montant sur son cheval enharnaché comme pour un jour de bataille, revêtu lui-même de sa plus riche armure, il sortit de la ville et traversa au galop l'intervalle des deux camps, jusqu'au lieu où siégeait le proconsul. Soit que la rapidité de sa course l'eût emporté trop loin, soit qu'il ne fît par là qu'accomplir un cérémonial coutumier, il tourna en cercle, nous dit Plutarque, autour du tribunal, sauta de cheval, et, prenant son épée, son javelot et son casque, il les jeta aux pieds du Romain."  "

On s'interrogera en vain sur les "imprécisions volontaires" du récit de César, par ailleurs connu pour son laconisme. Il est clair que, pour des raisons qui n'ont pas grand-chose à voir avec le souci de la vérité historique, Joël Schmidt préfère la version d'Amédée Thierry revisitant le texte de Plutarque. Personne ne peut croire sérieusement à cette version à grand spectacle, qui flirte par trop avec la vraisemblance, et qui n'est pas sans évoquer les reconstitutions "historiques" chères aux peintres pompiers, qui datent comme elle du milieu du XIXe siècle. C'est l'époque où les Gaulois rentrent fortement en faveur chez les historiens et dans l'imaginaire collectif. Les fouilles d'Alésia sont entreprises un peu plus tard, sous le Second Empire, sur le plateau où, depuis 1865, s'élève une monumentale statue de Vercingétorix. Cette promotion des Gaulois, encouragée par Napoléon III lui-même, n'est pas sans arrière-pensées politiques ; il s'agit de célébrer (déjà) et de conforter une "identité nationale", entreprise qui  trouvera son couronnement, quelques décennies plus tard, dans la monumentale Histoire de la Gaule de Camille Jullian, et trouvera son expression populaire dans la célèbre formule en vogue dans les écoles de la Troisième République, "nos ancêtres les Gaulois". Ce mythe, aujourd'hui généralement tourné en dérision, au moins depuis la célèbre chanson de Henri Salvador (qui devait avoir quelque peine à se dénicher un ancêtre gaulois), n'était, en revanche,  nullement anodin entre 1870 et 1914. L'irrédentisme gaulois anti-romain pluriséculaire célébré par Joël Schmidt n'est pas moins mythique et procède peut-être, au fond, des mêmes sources, plus affectives qu'objectives.

L'ultime étape décisive, c'est la conquête de la Bretagne (la Grande-Bretagne actuelle), amorcée par César, achevée (sauf le Nord de la grande île) sous le règne d'Hadrien par Cneius Julius Agricola, dont on rappellera à Joël Schmidt qu'il n'est pas le gendre de Tacite mais son beau-père. On peut se tromper.

Dès lors, en dépit de soulèvements sporadiques, liés de moins en moins  à l'affirmation d'une identité gauloise et de plus en plus  aux soubresauts de la politique intérieure romaine, l'ensemble de la Gaule, jadis "chevelue" s'accommode d'une assimilation culturelle et d'une intégration aux circuits économiques de l'Empire de plus en plus poussées, et s'en trouve bien. L'édit de Caracalla marque une étape essentielle, en faisant des tous les habitants des provinces des citoyens romains, tout en préservant les coutumes locales (212). Au demeurant la séparation de l'Empire entre un Empire Romain d'Occident et un Empire Romain d'Orient, en déplaçant le centre de gravité du premier vers la Gaule, voit la promotion de  ses centres urbains Arles, Lyon, Autun, Trèves, jusqu'au rang de capitales. Après la mort de Dioclétien et jusqu'à la fin de l'Empire, la Gaule sera presque systématiquement favorisée par les empereurs. Le vieil antagonisme est décidément bien  oublié.

Joël Schmidt a raison, dans son avertissement, de nous inciter à nous méfier des sources historiques, dont aucune n'est gauloise, puisque, jusqu'à la conquête romaine, les Gaulois seront restés un peuple sans écriture. Le point de vue est donc presque toujours celui du vainqueur. Cela n'autorise pas pour autant, à mon avis, l'auteur de ce livre, par ailleurs riche et passionnant, en particulier quand il aborde les temps moins connus du Bas Empire, à mettre presque systématiquement en doute ce point de vue , ou à le dévaloriser, et à interpréter dans un sens presque toujours favorable à sa thèse le comportement des acteurs gaulois.

Joël Schmidt cite beaucoup, au long  de son récit, les auteurs anciens, dans des traductions qui sont sans doute les siennes. Ces auteurs anciens sont nombreux; tout le monde connaît Tite-Live, César, Tacite ou Plutarque; mais les textes de beaucoup d'autres -- un Florus, un Dion Cassius, un Velleius Paterculus, malheureusement souvent fragmentaires, sont beaucoup moins accessibles. Le livre de Joël Schmidt, riche d'une bibliographie précise et commentée, est une précieuse invitation à la lecture et à la découverte.

Dommage que l'obstination à défendre une thèse bien fragile affaiblisse un livre par ailleurs riche, documenté, vivant.

Contrairement à l'image que Joël Schmidt voudrait donner d'un peuple porté de bout en bout par sa volonté inébranlable de sauver contre l'envahisseur et le conquérant  sa liberté, son identité et ses valeurs, les Gaulois comptent parmi les vaincus de l'Histoire. Leur défaite, ils la doivent à l'infériorité de leur culture, de leur civilisation. C'est, paradoxalement, dès l'occupation de Rome par les guerriers de Brennus, après la bataille de l'Allia, que les jeux sont faits. Maîtres de la ville, les Gaulois ne parviendront pas à  s'emparer du Capitole, symbole à la fois de la cité de Rome et de la nature de la civilisation romaine. A cette occasion, notamment grâce à l'action et aux discours du dictateur Camille, les Romains prennent conscience, sans doute pour la première fois, de la spécificité de leur culture, en tous points l'opposé de la culture gauloise. Une ville de pierres, face aux précaires huttes de bois et de chaume de leurs adversaires. Une civilisation foncièrement urbaine, face à des nomades se déplaçant sans cesse, avec leurs cohortes de femmes, d'enfants, de vieillards. Une culture politique déjà très élaborée dès cette époque lointaine, formulée dans des lois écrites ( les lois des XII Tables sont rédigées dès le milieu du Ve siècle ). Des techniques de guerre sophistiquées et qui ne cesseront de gagner en efficacité, face à des hordes qui ne croient qu'à la supériorité numérique et à la brutalité de l'assaut. Enfin, un atout décisif : la maîtrise de l'écriture, face à tous les aléas de la transmission orale. Face à la supériorité de la civilisation romaine, la barbarie gauloise ne faisait pas le poids et ne le fit jamais. Le sentiment d'une identité nationale, d'une unité nationale, source indispensable d'efficacité pour un peuple, les Gaulois l'ont appris des Romains, et non l'inverse. Nous ne sommes en rien les descendants de ces frustes barbares, c'est à Rome que nous devons tout.


Joël Schmidt,  Les Gaulois contre les Romains, La guerre de mille ans  ( Perrin, coll. Tempus )


( Posté par : Artémise, avatar eugènique agréé )


Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César, par Lionel Royer (1899)



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