mardi 27 octobre 2015

Vivre vierge et mourir en sainte

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J'ai vraiment vécu à une autre époque. Des nuits, je rêve que je suis Mathusalem. Par exemple, l'année de mon bac, c'était l'année de mes 18 ans. Ceux de mes camarades lycéens qui connaissaient le mot "cannabis" devaient se compter sur les doigts d'une seule main. Le mot "joint" était inconnu, et 'fumer un joint", alors là, personne ne devait savoir ce que c'était, à part quelques assidus de la Série Noire qui y voyaient une pratique des voyous américains, sans trop savoir en quoi elle consistait.

J'ai été mis au parfum (du  cannabis) au début des années quatre-vingt-dix, quand je fondai un atelier-théâtre dans le lycée où j'exerçais. La directrice de l'école primaire voisine du lycée, qui avait eu la gentillesse de nous prêter une de ses classes pour y répéter, m'avertit un jour qu'elle avait trouvé des restes de "joints" dans les toilettes de son établissement. Je fis un beau scandale et, comme mes jeunes théâtreux avaient confiance en moi, ils ne firent aucune difficulté pour m'avouer que, dans notre lycée, la fumette se pratiquait régulièrement entre potes, dans les coins tranquilles du bahut.

Quand j'ai commencé mes études supérieures, dans un des plus prestigieux lycées de Paris, nous avions quelques camarades (on les comptait sur les doigts d'une seule main) qui avaient l'habitude de se biturer grave le samedi soir. Mais ils restaient l'exception. Aujourd'hui, dans les grandes villes universitaires, ce sont des centaines d'étudiants qui se paient des bitures collectives pendant tout le week-end.

Ma génération et moi, nous étions vraiment des enfants de choeur.

Quand j'avais 18 ans, l'expression "sortir avec une fille" (ou, pour une fille, "sortir avec un garçon") voulait dire qu'on sortait au cinéma, au théâtre ou au restaurant ensemble ; ça s'arrêtait là. Aujourd'hui, ça veut dire d'abord qu'on couche ensemble. Là encore, ce sont les jeunes de mon atelier-théâtre qui, dans les années 90, m'ont déniaisé : j'ai appris alors qu'untel "sortait" avec unetelle, et ce que cela impliquait. On n'est jamais trop vieux pour s'instruire.

J'imagine que l'expression "sortir ensemble" équivaut à un euphémisme destiné à éviter l'expression -- il est vrai plutôt vulgaire -- "coucher ensemble". Mais il me semble que dire simplement qu'on est ensemble serait plus simple et plus élégant.

L'autre jour, dans une émission télé où les invités se racontent, une dame confiait à l'assistance et aux téléspectateurs, qu'elle était "sortie avec" un monsieur, avec qui, depuis, elle vivait, et qu'elle était "tombée enceinte". J'ai trouvé l'expression d'une vulgarité achevée, surtout qu'il s'agissait d'une grossesse qui, apparemment était souhaitée.

Cette nuit, j'ai rêvé que l'archiprêtre, dans son sermon dominical, révélait à ses ouailles que la Vierge Marie était sortie avec Dieu et qu'elle était tombée enceinte.


( Posté par : John Brown, avatar eugènique agréé )

Comment t'as fait pour tomber enceinte, vu que j'étais pas là depuis un an ? Avec qui que t'es sortie, salope ?



( Posté par : Guy le Mômô, avatar eugènique agréé )

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