samedi 30 janvier 2016

Ciel à Honfleur




C'est l'oeuvre de Nicolas de Staël à laquelle je pense toujours quand je lis, dans Recherche de la base et du sommet,  ce texte que René Char écrivit en 1952 :

Le champ de tous et celui de chacun, trop pauvre, momentanément abandonné,
Nicolas de Staël nous met en chemise et au vent la pierre fracassée.
Dans l'aven des couleurs, il la trempe, il la baigne, il l'agite, il la fronce,
Les toiliers de l'espace lui offrent un orchestre.


Ô toile de rocher, qui frémis, montée nue sur la corde d'amour !

En secret un grand peintre va te vêtir, pour tous les yeux, du désir le plus entier et le moins exigeant.

Je me suis toujours  dit que c'était ce " Dans l'aven des couleurs, il la trempe, il la baigne " qui m'inspirait ce rapprochement.  Mais " Les toiliers de l'espace lui offrent un orchestre " y invitent aussi.

Pas facile de dire pourquoi ce texte si beau sonne si juste, comme si l'art du poète nous y proposait un équivalent exact de l'art du peintre.

Mais j'aurais pu le croire  inspiré plutôt par ce paysage de Ménerbes :





Dans Feuillets d'Hypnos, Char écrit :

" La ligne de vol du poème. Elle devrait être sensible à chacun ."

Ces mots, je crois, éclairent sa poétique, justement dans ce texte inspiré par l'art de Staël. Ils éclairent aussi notre rapport à la poésie ; à la peinture aussi bien ; le sensible y prime sur l'intellectuel.


                                                                                 *


Staël s'était installé à Ménerbes, dans le Luberon, en 1953. Char et lui étaient voisins. De leur amitié témoigne leur correspondance.


René Char Recherche de la base et du sommet     ( Poésie / Gallimard )

René Char / Nicolas de Staël  ,  Correspondance 1951-1955  ( Editions des Busclats )


( Posté par : Jeanne la Pâle nue dans ses châles, avatar eugènique agréé )

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