mardi 2 février 2016

Un athée définitif

1315 -


" Foi, semelle inusable pour qui n'avance pas "
                                                                                ( Henri Michaux )


Aux véhémentes objurgations de ceux (si, si, il y en a) qui m'adjurent de croire en dieu, je répondrai en refaisant le pari de Pascal, mais à l'envers :

Qu'est-ce que j'ai à gagner à croire en l'existence de dieu ( lequel, d'ailleurs, mais c'est une autre question) ?

Réponse : rien, puisque dieu n'existe pas.

CQFD .

Basta, et passons aux choses sérieuses.

                                                                    *

Emmanuel Carrère, dans Le Royaume, se dit sidéré " que des gens normaux, intelligents, puissent croire à un truc aussi insensé que la religion chrétienne, un truc exactement du même genre que la mythologie grecque ou les contes de fées ".

Cependant, pour Carrère, qui est agnostique (à vrai dire je le suis aussi car je pense que notre connaissance ne peut franchir la barrière de la mort, au-delà de laquelle s'étendent les territoires qui nous resteront à jamais inconnus), la clé du succès historique du christianisme est dans la dimension tragique -- ignorée, selon lui, des philosophies antiques -- qu'introduit le mot de l'apôtre Paul : " Je ne fais pas le bien que j'aime, mais le mal que je hais ".

Sans doute, mais cette contradiction, ainsi que la possibilité de la résoudre, c'est, pour chacun d'entre nous, l'affaire de soi avec soi. Quant à définir ce qu'est le  bien et ce qu'est le mal, c'est une affaire purement humaine . Aucune "Révélation" ne peut nous éclairer là-dessus. Que le mal des uns ne soit pas celui des autres, et qu'il en aille de même pour le bien, c'est le lot des hommes sur  cette terre. On peut espérer qu'un jour, un consensus sur la question les réunira, mais faut sans doute pas rêver.



Le succès des religions "révélées" procède sans doute de l'extrême difficulté qu'ont la plupart des humains à admettre que l'amélioration de leur sort individuel et collectif sur cette Terre dépend d'eux et d'eux seuls, des efforts guidés par  leur raison, leur faculté et leur désir de connaître, leur sociabilité.

A l'égard de deux choses dans ma condition je ne me reconnais pas responsable : le fait d'être né ; le fait de devoir mourir. Plus précisément, je ne suis en rien la cause de ma naissance. En revanche, je puis être responsable de ma mort et assumer cette responsabilité (suicide ou euthanasie) ; décider d'abréger ma vie au jour et à l'heure que j'aurai fixés est mon droit absolu ;  mais dans tous les autres cas je ne suis en rien responsable de ma mort. Un croyant se dit qu'à sa mort, il lui faudra rendre des comptes à son Créateur et il oriente sa vie en fonction de cette croyance. Moi, à ma mort, je n'aurai de comptes à rendre à personne, sinon, la veille de ma mort éventuellement, à moi-même. Seul compte réellement pour moi, éphémère vivant que je suis, le moment présent. Peut-être, en effet, dans moins d'une minute, aurai-je cessé de vivre. Vie, mort : on ne va pas se gâcher le moment présent pour si peu.

Le vent se lève !...  Il faut tenter de vivre !

Sur la question du choix entre vivre ou mourir, je m'en tiens à la sagesse d'Henri Michaux :

  Qui a dormi avec un boa sent mauvais, néanmoins, il se relève content. Ah ! la vie, la vie quoi qu'on dise, la vie...
  Elle se noue, se dénoue. Quel plaisir dans ses mille dénouements !


Emmanuel Carrère,  Le Royaume   (P.O.L.)


( Posté par : Babal, avatar eugènique agréé )


Georges de La Tour, la Madeleine à la veilleuse

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