samedi 13 février 2016

Le jour du Saigneur

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Ce dimanche, à l'émission Le Jour du Seigneur, la messe dominicale est retransmise en direct de la chapelle d'une maison de  retraite. Au premier rang, des pensionnaires en fauteuil roulant, dont certains sont en état de décrépitude avancée.

Le prêtre implore Dieu de  délivrer les fidèles assemblés de toutes les souffrances. C'est la grâce qu'on leur souhaite.

Cependant, je me dis que, s'il faisait le voeu que la mort en délivre certains le plus vite possible des souffrances inhérentes à la condition humaine, ça reviendrait à peu près au même.

Cependant Baudelaire écrivit :

Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés.

En somme, plus tu en chies et plus longtemps, plus tu te rapproches de Dieu.

Ce fut la conviction de quelques grands mystiques, un Bernard de Clairvaux par exemple.

Il semble que l'Eglise d'aujourd'hui se soit éloignée de cette façon de voir les choses. L'idée serait plutôt : Dieu est bon, il ne peut pas vouloir que certains de nos soeurs et frères en bavent plus que de raison ni plus que la moyenne surtout quand leur âge avancé multiplie leur vulnérabilité. C'est une vision tempérée de nos rapports avec le divin.

Je songe aux vers de Lucrèce :

                                               [...] Nonne videre
nihil aliud sibi naturam latrare, nisi utqui
corpore seiunctus dolor absit, mensque fruatur
iucundo sensu cura semota metuque ?

" Comment ne pas voir que ce que la nature exige à grands abois, c'est seulement ceci : que soit de la douleur débarrassé le corps, et que l'esprit jouisse d'un sentiment de joie, une fois chassés la peur et le souci ? "

On n'est pas loin de la prière de ce prêtre, finalement.


Deus sive Natura , disait Spinoza ...



( Posté par : J.-C. Azerty, avatar eugènique agréé )




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