mercredi 16 mars 2016

L'agneau et le loup

1328 -


Sur sa République des livres, Pierre Assouline consacrait un récent billet à La Déposition, un livre de Pascale-Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au Monde. Elle y relate le procès de Maurice Agnelet, à l'issue duquel l'accusé fut condamné à trente ans de prison pour l'assassinat d'Agnès Le Roux.

Aujourd'hui encore, l'intéressé clame son innocence, et trouve des défenseurs.

Il m'apparaît évident, pourtant, que Maurice Agnelet est bien l'assassin d'Agnès Le Roux et la raison de son crime est pour moi tout aussi évidente : Maurice Agnelet a tué Agnès Le Roux par esprit de contradiction !

Pour être plus précis, il l'a tuée pour échapper à la cruelle fatalité inscrite dans son patronyme. Qu'on daigne un instant imaginer, Messieurs les Jurés, les moqueries incessantes endurées par le malheureux dès la maternelle à cause de ce nom : Agnelet ! Cela ne doit-il pas finir un jour ou l'autre par la démangeaison de jouer un peu, à son tour, au grand méchant loup, ne serait-ce qu'une fois ? La brebis Agnès se retrouva sur sa route un jour qu'il n'y tenait plus, et voilà.

On ne saurait surestimer l'influence du patronyme  sur une destinée. J'en sais quelque chose. C'est à cause du mien que je suis devenu un athée définitif et enragé,  moi à qui, dès l'âge de cinq ans, on en accola une à mon patronyme, et même deux. Avant, non : c'est le genre de vanne, en effet, qui, à l'époque, pouvait vous expédier fissa dans les locaux de la Gestapo ou de la Milice : " Alors, comme ça, on s'y intéresse tant que ça, à ce petit bourg de Lorraine ? -- Moi, mais pas du tout. -- Tiens donc. Expédiez-moi ça à la baignoire, ça lui rafraîchira les idées. " Mais après, alors là,  je n'y coupai plus, et plutôt deux fois qu'une. Et en plus, je me devais de m'estimer hautement honoré.

C'est ce satané patronyme qui, plus tard, m'a barré la route d'une carrière politique : mon coeur, en effet, penchait vers les cocos. Mais avec un blaze pareil, les camarades reniflaient le social-traître à cent mètres. Dans le camp adverse, en revanche, ça faisait vraiment trop pléonasme.

J'aurais pu espérer que la mort du principal responsable mettrait fin à la fatalité. Au contraire. Ses obsèques, nationales en plus, là où il n'aurait pas fallu, donnèrent, on s'en doute, une occasion longtemps attendue par mes persécuteurs qui s'en donnèrent à coeur joie !

Aujourd'hui encore, il s'en trouve (en général des gens de ma génération, mais pas toujours) pour me la servir. Le plus fort, c'est qu'ils croient l'avoir inventée !

Ô destinée !

( Posté par : Onésiphore de Prébois, avatar eugènique préféré )

Et l'autre, alors ?

Aucun commentaire: