dimanche 13 mars 2016

Maigret et les spiritueux

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La chaîne D8 diffuse régulièrement l'après-midi des épisodes de la série des Maigret, où Bruno Cremer incarne le célèbre commissaire. Au fil de ces épisodes, ce qui sidère le téléspectateur, c'est l'incroyable nombre de verres, petits verres, chopes, ingurgités par le héros en compagnie de ses partenaires, appartenant à tous les milieux sociaux. Cela va du vin rouge à la bière en passant par divers alcools forts -- cognac, whisky, calva, goutte paysanne etc. Il n'y a guère que le pastaga que je n'aie pas repéré ; cela doit tenir au fait que la plupart des épisodes ont pour cadre divers endroits de la France du Nord de la Loire. La série aurait été sponsorisée par le syndicat des producteurs de vins et spiritueux que cela ne m'étonnerait pas plus que ça.

Si, pendant le tournage,  l'acteur principal se tapait effectivement toutes ces boissons alcoolisées, je m'explique mieux qu'il ait connu une fin relativement prématurée. Une fois, la taulière lui demande : " Je vous prépare votre café -- Ouais, un petit verre de vin blanc, s'il vous plaît ", qu'il lui répond !

On peut se demander si les divers metteurs en scène de la série ont pointé la consommation d'alcool à toutes les occasions comme un trait sociologique pertinent permettant de situer fortement l'action dans la France des années cinquante. Si l'on ajoute l'éternelle pipe du protagoniste, on est frappé du côté rétro de la série à une époque où la lutte contre la consommation excessive d'alcool et de tabac est à l'ordre du jour.

N'ayant pas lu beaucoup de romans de Simenon, je n'ai pu vérifier si la consommation récurrente d'alcool en était un trait remarquable. Il serait intéressant, d'autre part, de comparer avec les séries interprétées par d'autres comédiens (Jean Richard, Gabin etc.)

Au demeurant, cette série parfaitement sinistre semble faite pour vous dégoûter de la France et des Français. L'oeil de Cremer, qui campe un Maigret massif et boutonneux fonctionnant au ralenti que lui imposent l'âge et l'embonpoint, le contraignant sans cesse à affaler son gros cul sur le premier siège venu pour y siffler un quelconque remontant, est aussi glauque que les personnalités et les rapports sociaux, généralement situés au sein d'une bourgeoisie dont le charme est encore plus discret que dans le film de Buñuel. Les décors semblent choisis pour vous faire regretter de ne pas être aveugle : banlieues crasseuses, bourgs de province désespérants, intérieurs décatis ou abusivement encaustiqués. Les paroles de la chanson de Dutronc, "Merde in France", vous reviennent en mémoire, histoire d'alléger un peu l'ambiance fétide. La France de Simenon revue par ses adaptateurs vous a une de ces gueules d'atmosphère qui vous donne une grosse envie de tropiques. Je m'étonne moins que Brel ait décidé de tout plaquer d'un coup pour fuir là-bas, fuir aux Marquises.

( Posté par : Angélique Chanu, avatar eugènique agréé )


1 commentaire:

Lucien Bergeret a dit…

La consommation d'alcool de Maigret-Crémer est inférieure à ce qu'ingurgite le Maigret-Simenon des débuts (années 30)