vendredi 1 avril 2016

Bienfaits de la vie au grand air

1333 -


On apprend que le doyen de l'humanité ( 112 ans ) est un Juif qui fut pensionnaire à Auschwitz.

Quand je pense à toutes les horreurs qu'on a pu dire de ce pauvre camp et à tous les mauvais traitements qu'y auraient enduré les Juifs, je me dis que cette nouvelle rétablit un peu d'équilibre.

Je mets, pour ma part, cette longévité au compte des bienfaits de la vie au grand air, selon les principes du scoutisme.


( Posté par : Marcel , avatar eugènique subi )


Eugène dit -  Marcel, vous êtes bien le seul à vous croire drôle. Vous ne feriez pas dans l'antisémitisme rampant, des fois ?

Marcel répond - Vous me prêtez de bien vilaines arrière-pensées. Je ne suis aucunement antisémite. Je suis un antisioniste conséquent. Rien à voir. L'antisémitisme est un racisme qui ne s'ignore pas. L'antisionisme est une ligne politique parfaitement respectable et fondée. Ne mélangeons pas torchons et serviettes, comme le fait à ses heures le sieur Manuel Valls, un homme, il est vrai, sous influence, comme nous en avertit, il n'y a guère, l'estimable Roland Dumas.

Et puis, si on ne peut même plus rigoler, où va--on, je vous le demande ? Où va-t-on ?

Je suis antisioniste parce que les sionistes m'ont toujours fait scier.

Sion, Sion, Sion du bois.

Du bois dont on fait les chalets de nécessité.

Sion dur, Sion mou, mais Sion dans le trou !

Et tout au fond !

                                                                     *


Sion dur, Sion mou, mais Sion dans le trou !

Pour avoir risqué ce calembour de potache encore en enfance, j'ai été à deux doigts de me voir interdire l'accès à l'espace des commentaires d'un blog littéraire très connu, où je poste assez régulièrement. Il est vrai que son animateur, le dénommé Piotr Tassoupline-Patchouline (puisque c'est son nom), est un honorable membre de la Grande Tribu, à laquelle appartiennent bon nombre de ses lecteurs et commentateurs assidus. Sioniste convaincu, il accueille des contributeurs qui ne le sont pas moins et qui postent régulièrement des discours islamophobes, anti-arabes, anti-maghrébins, anti-immigrés, dont beaucoup me paraissent tomber sous le coup de la loi mais qui n'en stationnent pas moins dans le fil des commentaires, sans que l'éditeur responsable du blog y trouve à redire. Quant à moi, quelques minutes après avoir mis mon commentaire en ligne, j'ai constaté qu'il avait disparu, effacé par un "modérateur" vigilant, sans doute effaré de tant d'impudence haineuse, et qui confondait sans doute mon humoristique profession de foi antisioniste avec celle d'un antisémitisme que je répudie. J'ai dû ensuite plonger dans la clandestinité (!), changer de pseudo  et d'adresse de messagerie pour que mes messages soient à nouveau acceptés.

La vulgarité, même rigolarde, surtout quand elle prend un tour quelque peu scatologique, est considérée comme une circonstance aggravante par nombre de gens qui, se sentant probablement visés, y discernent, sans doute, une agressive volonté de faire mal, de nuire. Pour eux, il n'est pas permis de rigoler de tout et, de toute façon, ils préféreraient quand on rigole de quelque chose, que la rigolade reste dans les limites de la décence, sinon puérile, du moins honnête. La gaminerie attardée n'est pas pour eux une circonstance atténuante, au contraire !

Alors Sion, pensez donc. Pour moi ce nom n'évoque que quelques vagues réminiscences bibliques et les paroles d'un gospel célèbre, mais pour d'autres il est quasiment sacré !

Sion dur, Sion mou, mais Sion partout !

Relisant -- souvent découvrant -- des textes de Henri Michaux, je tombe sur celui-ci :


"  Merde !
   Il semblerait que ce mot n'ait aucun sens, ni d'à-propos presque jamais. Il est pourtant celui qui précisément annihile le noble et ruine le possédant.
   Les gens pauvres sont craints des riches par leur langage facilement ordurier qui évoque l'infect et le misérable de leur condition et, cette pauvre animalité humaine dont ceux-là détournent leur pensée tant qu'ils peuvent, voilà qu'une parole malheureuse réussit à la leur imposer, renversant en un instant des années de luxe.
   Aussi la condition, pour rester riche et inattentif à ces déchets puants, est-elle de s'entourer de gens polis, ayant la même appréhension d'être avilis et la même attention à vous l'éviter.
   Or, quand on réfléchit quelques instants à tout ce qu'est notre gluante mécanique et à ceci que même le sentiment le plus louangé, les tribunaux les plus débonnaires n'en ont jamais permis le libre exercice final autrement qu'à deux, et entre murs bien isolants, on comprend le succès exceptionnel, dans une société courtisane et dans quelques autres qui la singent, de J. Racine, illisible à la canaille, homme par son langage allusif et poli, le plus dégagé qu'on entendît des misères physiologiques de la nature humaine et fait pour toucher ceux qui entendent rester nobles.
   Depuis, il s'est passé des choses, même en dehors du perfectionnement de l'aération et des canalisations d'eau, et l'on peut dire que le grand mélange des classes, l'uniformisation des distractions et des informations, ont plus dévalué la noblesse que cent banqueroutes financières.
   Néanmoins, le mot "m..." garde une valeur certaine de démoralisation et d'effondrement.
   Pour la chose elle-même, si l'on veut rester en vie, rien de changé, fût-on pape. Quelle honte ! Silence, alors. Au moins l'annuler par le silence. Silence presque universellement respecté. "

                                                 ( Passages )

Sion donc en silence. Et cachez-moi cet étr..., ce tronc que je ne saurais voir !


J'observerai, pour finir, que les antisémites les plus virulents et les plus dangereux furent le plus souvent -- et restent -- des gens au langage excessivement châtié, adeptes du langage de ce J. Racine, que Michaux semble apprécier modérément.

Être antisioniste, à la vérité, qu'est-ce que ça veut dire au juste ? On peut l'être de bien des façons. Boycotter les produits israéliens importés de la Palestine occupée (ce qui est mon cas), est-ce de l'antisionisme ? Considérer que le geste de ce jeune soldat franco-israélien qui, de sang-froid, a achevé un agresseur palestinien à terre est un pur produit d'un certain état d'esprit sioniste, est-ce de l'antisionisme ? Vomir la politique de M. Netanyahou, les discours et les actes de ces ultras du judaïsme orthodoxe installés en Cisjordanie, est-ce de l'antisionisme ? Si c'est le cas, alors, oui, je suis antisioniste. Mais quand je lis les textes de Hanokh Levin, que j'ai mis plus d'une fois en scène, alors là, non, je ne suis pas antisioniste. Je me souviens du temps lointain où ma sympathie pour Israël était grande, et quasiment inconditionnelle. C'était l'époque où le film de Preminger, Exodus, remplissait les salles; Mais depuis, il s'est passé bien des choses : Sabra et Chatila, l'assassinat de Rabin, et tant  d'injustices, de violences, de crimes. Alors le mot "sionisme", du moins, ce qu'il suggère aujourd'hui à toute personne éprise des droits de l'homme, il dégage pour moi, et d'assez loin, une odeur nausabonde, fècisante pour tout dire. Au trou vite, et tirons la chasse !

Additum -

Merci à Lucien Bergeret pour le lien vers le site de l'UJFP , organisation dont, à ma grande honte, j'ignorais jusqu'à l'existence. Inutile de dire l'effet sur moi du texte de la pétition adressée à Manuel Valls, ainsi que de celui invitant à distinguer antisionisme et antisémitisme. Honneur à l'UJFP !

Non, antisionisme n'est pas synonyme d'antisémitisme ! Lire à ce sujet l'article de Rony Brauman sur le site de l'UJFP   ( ujfp.org )
Image illustrative de l'article Pierre Cambronne
Pierre Cambronne

1 commentaire:

Lucien Bergeret a dit…

Si vous ne le connaissez pas déjà, un conseil de lecture :
http://www.ujfp.org/spip.php?article4818