jeudi 7 avril 2016

La pédophilie catholique en vase clos

1335 -


L'évêque de Pontoise "ne sait pas" si la pédophilie est un péché (les journaux)

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Né en 1916, Louis-René des Forêts fut mis en pension, au seuil de l'adolescence, dans un collège catholique de Bretagne. Dans Ostinato (1997), il fixe des souvenirs de cette époque. En voici quelques uns :

" Piégé entre les quatre murs de la Règle, il se détourne pour écouter le vent sur la mer plus éblouissante au sommet des toits qu'une bêche frappée par le soleil. "
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" Fièrement face au psautier, enrobé jusqu'aux chevilles de blancheur cérémonielle, le grondement contenu des orgues brochant sur la vibration intime de la voix, le jeu modulé de son essor, la  fragilité de sa chute et de la résolution finale qui brûle la gorge d'un trait de feu, il se donne par son maintien la dignité qu'on lui refuse. "
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" Les jambes écartées que moule au pli du genou la fraîcheur neigeuse du lin, à faire voler gracieusement dans la demi-couronne d'un nuage le bulbe d'argent tout bourré d'encens et de braise en un mouvement métronomique qui, pour d'exercer au ras du sol avec souplesse, procure comme un sentiment de conquête et fait vibrer le poignet en action d'un plaisir musical. "
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" Enfants gais comme l'air que le tourment du péché condamne à devenir sournois et secrets sous le regard d'un dieu sans gaieté qui les met au pas et leur interdit de rire. La lumière se fait plus grise, plus dur le devoir et l'oisiveté pesante : le jeu même perd entre ces grands murs son goût sauvage."
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" Au fond de la haute salle capitulaire, orgueilleux petit drôle troussé à plat ventre sur l'escabeau, la verte férule mordant sa chair figée de honte et d'effroi, le poignet en travers de la bouche pour étouffer ses plaintes. "
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" Prosterné sur le tapis de haute laine à secouer la clochette d'une main énergique derrière l'officiant qui brandit le ciboire et le pain céleste par-dessus son crâne chenu, à soulever de l'autre main entre le pouce et l'index la chasuble lourdement chamarrée maintenue raide à la cassure du pli, l'échine inclinée très bas sur le craquement des bottines et le frisson un peu indécent des dentelles.
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" Boudeur et sans espoir dans la bruine des jeudis. Envol de jambes nues et d'écharpes, cris rouillés, parades à coups de ballon sur le pré couleur de billard. Le pâtre noir en faction derrière les genêts pique au crayon celui tout là-bas qui ne veut plus jouer sur la liste tirée de sa poche pour chaque manquement dont il dresse le compte et fera payer le prix fort à l'heure de son choix. "
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" Les devinettes paraboliques, les insinuations à mots couverts, les périphrases inintelligibles du Père confesseur qui attend vainement de son jeune pénitent qu'il jette en pâture à sa curiosité malsaine les turpitudes dont la trop sèche désignation en termes généraux est moins le fait de la dissimulation que d'un défaut d'expression, moins celui de la pudeur que d'un embarras à distinguer entre tant d'actes commis dans l'irréflexion ceux qui demandent à être relevés. "
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" Sous l'angoisse, la terreur animale du châtiment, la honte intense dont la flambée aux joues est le signe -- un désir obscurément subi, avivé par l'orgueil d'être désigné entre tous pour servir à la convoitise du maître qui prononce la sentence à voix doucereuse comme on accorde une faveur et qui en ajourne l'exécution comme on bride une envie pour qu'elle renaisse plus pressante. "
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" Enlacé et caressé par le maître, il se débat avec un rire idiot, des grimaces puériles sans se douter qu'il se rend ainsi plus désirable. "
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" Châtiment cruellement différé pour entretenir l'anxiété, mais lui en faire grâce à la dernière heure est décevoir le long tourment de l'attente, substituer à l'inflexibilité de la règle les caprices de l'humeur, les mollesses de l'indulgence, effacer par une rémission arbitraire la beauté de l'intention délictueuse et, comme à un enfant choyé qu'on sèvre soudain de caresses, lui retirer jusqu'au droit de payer le juste prix de sa faute fadement imputée à la faiblesse du jeune âge. "
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" Agenouillé les bras en croix sur le froid damier du réfectoire, les fesses tendues à l'aplomb des chaussettes torses et des semelles éculées, comptant autant de fois qu'il faut pour oublier sa posture mortifiante les lys du dallage échelonnés jusqu'au mur où s'étale en gigantesque format son ombre comme un oiseau de nuit cloué par les ailes, évitant de croiser le regard méchamment excité qui guette sa moindre défaillance pour s'offrir à huis clos le spectacle délectable d'un jeune visage embelli par le flot de la honte, que chaque coup fait frémir, grimacer de douleur et, tout orgueil vaincu, implorer miséricorde avant le terme de l'épreuve. "
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" Pour la pose, sagement assis en tailleur au fronton d'une ribambelle de visages mutins ou chagrins sous la brosse militaire des cheveux, avec son air songeur et ses doigts tachés d'encre qui trouent une fossette sur la joue inclinée vers l'épaule. Le maître au centre arborant le regard d'acier et le port inflexible d'un homme en règle avec Dieu laisse flotter sur sa bouche mince comme un orvet le sourire circonstanciel de l'affabilité, les deux mains aplaties en éventail aux angles de la robe lustrée, ces longues mains fines et froides de pédagogue faites pour séduire, pour apprivoiser, pour courber, expertes en cajoleries aiguës et en cuisantes fessées. "

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Plutôt glauque, n'est-il pas ? En lisant la série de notations si lucides de ce chapitre d'Ostinato, on devine à quel point est aisé et tentant le franchissement de la limite au-delà de laquelle ...

Revient avec une belle régularité le rituel trouble et pervers des châtiments corporels. La réflexion de Louis-René des Forêts, analyste de ses expériences d'enfant, met en lumière l'ambiguïté de la révolte du collégien qu'il a été, et qui fait de lui le complice semi-conscient de ceux qui les lui infligent :

" Très vulnérable sous les dehors de l'insouciance, mais si honteux de sa faiblesse qu'il ne peut que gaiement s'endurcir et s'alléger du poids des contraintes en subissant leur charme jusqu'à céder au plaisir pernicieux d'une servitude enfantine. Les actes d'insubordination répétés, les entorses au règlement, le goût affirmé de la paresse sont autant d'appels à l'autorité et comme les signes secrets d'une connivence avec la main castigatrice : à chaque délit s'inscrivent sur la chair les traces du collier que l'esprit, par fronde ou pour sauver la face, avait feint de rejeter. "

 On redoute ce qu'il faut sans doute lire entre les lignes de ce passage :

"  [...] au fond d'une chambre étouffante se détourne le visage de celui qu'on cherche à capter par des caresses et d'intimes approches avant d'en venir à l'argument frappant qui fait filer doux les enfants inaccessibles aux conseils et à la raison, lorsqu'à l'heure chaude de l'étude où grince par les fenêtres grandes ouvertes l'archet d'un violoniste apprenti, le corps se voûte sur la leçon à repasser avec ce jeune fruit au ventre qui gonfle la culotte d'été et attire la main sous le pupitre [...] "

Dans cet univers clos d'un collège catholique de Bretagne dans le premier tiers du siècle dernier, rien n'est jamais remis en question, rien n'est jamais mis en examen, ni le règlement qu'il s'agit d'observer, ni les rituels qu'il s'agit de célébrer, ni les croyances auxquelles il s'agit d'adhérer. Tout cela va de soi. Il s'ensuit que cet univers suscite incessamment sa négation, sous les formes  de la révolte ou du rejet hypocrite :

" Agenouillé sur la paille rêche du prie-Dieu à mimer la dévotion, le nez dans ses mains jointes pour étouffer un rire incongru dont la source est obscure comme les larmes d'un enfant ne sachant ce qu'il veut ni ce qu'il pleure. "

Risquons une hypothèse : et si la pédophilie était depuis des générations une tradition quasiment institutionnalisée dans les établissements d'enseignement relevant de l'autorité de l'Eglise catholique ? Son gros secret de Polichinelle en quelque sorte ?

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Mais au fait, j'y songe, sur la question de la pédophilie, nos classiques ont sûrement leur mot à dire.

Molière :

Arnolphe -

Mais enfin, apprenez qu'accepter des sucettes,
Et de ces beaux curés écouter les sornettes,
Que se laisser par eux, même à la longue vue,
Palper ainsi les seins et chatouiller le cul,
Est un péché mortel des plus gros qu'il se fasse.

Agnès -

Un péché, dites-vous, et la raison de grâce ?

Arnolphe -

La raison ? La raison, est l'arrêt prononcé,
Que par ces actions le Ciel est courroucé.

Agnès -

Courroucé. Mais pourquoi faut-il qu'il s'en courrouce ?
C'est une chose, hélas ! si plaisante et si douce.
J'admire quelle joie on goûte en tout cela,
Et je ne savais point encor ces choses-là.


Pauvre Arnolphe. Il n'est pas malaisé de deviner à quels déboires l'exposent ses échanges avec cette petite peste raisonneuse d'Agnès, épicurienne et cartésienne à la fois, et sans même le savoir.


La Fontaine :

Pour moi, satisfaisant mes appétits glouton,
J'ai enfilé quelques lardons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense.
Même il m'est arrivé quelquefois de niquer
Le curé.
Je me dévouerai donc, s'il le faut : mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse.
-- Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien ! niquer lardons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur,
En les sautant, beaucoup d'honneur.
Et quant au curé, l'on peut dire
qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur tous les gogos
Se font un chimérique empire.


Le révérend Mitchell :

Mes bien chers frères,
Mes bien chères soeurs,
Reprenez avec moi tous en choeur :
Pas de pédophilie avant de faire vos prière du soir
Pas de pédophilie avant de faire vos prières du soir
Maintenant l'amour est devenu péché mortel
Ne provoquez pas votre père éternel
Pas de pédophilie avant la prière du soir
Non, pas de pédophile avant vos prières du soir !


Louis-René des Forêts ,   Ostinato   ( Gallimard / L'Imaginaire et Quarto )


Des pédophiles cernant un pédophilé récalcitrant




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