dimanche 22 mai 2016

Dans la soupe du vivant

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In memoriam André Brahic


Il m'est venu à l'esprit qu'en général, nous avons du domaine de la vie et du vivant une conception bien étroite, pour ne pas dire étriquée. Pour nous, ce domaine se limite à celui de ce que nous  appelons les "êtres vivants", humains, animaux et plantes. En revanche, la Lune est considérée généralement comme un "astre mort", de même que Mars, où la vie aurait complètement cessé depuis longtemps (sous réserve de vérifications !). En revanche, on qualifiera volontiers le Soleil d'astre vivant, et l'on sait que, sans sa chaleur et sans sa lumière, la vie n'aurait jamais pu exister sur la Terre. Mais si la Lune, "astre mort", ne gravitait pas autour de la Terre, il est tout aussi probable que la vie n'y serait jamais apparue. En revanche, la "vie" (ce que nous appelons habituellement la vie) n'est jamais apparue sur le Soleil.

Ainsi, cette frontière entre ce qui, dans l'Univers, serait vivant et ce qui ne le serait pas me semble artificielle et arbitraire.

Me voilà, moi. Je suis vivant. Entièrement vivant. Dans ce cas, je ne vois pas comment je pourrais distinguer en moi un domaine du vivant et un domaine du non-vivant. Puisque je suis vivant, tout en moi est vivant.

A commencer par les constituants les plus fondamentaux de mon être, les atomes. Les atomes qui sont les briques fondamentales de l'édifice de mon corps sont les éléments fondamentaux de la vie en moi. Sans cesse vibrant, sans cesse en mouvement, c'est de leur capacité de se rejoindre et de se dissocier qu'est issue la capacité de la vie à se renouveler et à se perpétuer dans mon corps. Et la preuve que mes atomes sont vivants, c'est qu'ils sont sans cesse en mouvement. Mon corps est une ruche d'innombrables papillons vibrants qui sont ses atomes.

Halte là,  me dira-t-on , vous confondez le mouvement et la vie. Or le mouvement peut-être décrit par les lois de la mécanique, sans aucune intervention de la vie.

Je répondrai que, malgré les enseignements de la physique quantique, nous restons largement victimes d'une conception mécaniste de la Nature, héritée de l'ancienne physique. Cette conception, distinguant le mouvement mécanique du non-vivant du mouvement des êtres vivants, on en trouve, par exemple, un écho dans la célèbre formule de Bergson définissant le comique : du mécanique plaqué sur du vivant. 

Mais les atomes vivants de mon corps, constituants fondamentaux du vivant en moi et sources de mes capacités de mouvement, sont les mêmes que ceux qu'on retrouve dans la totalité de l'immense Univers. On les retrouve dans l'eau des rivières et des mers, dans les roches des montagnes, dans l'air, dans les nuages. On les retrouve dans les astres, on les retrouve dans les amas gazeux intersidéraux, ces nébuleuses "pouponnières d'étoiles", mais aussi bien pouponnières de la vie.

Il n'y a aucune raison de penser que ces atomes qui sont les briques fondamentales de la matière universelle ne sont pas tout aussi vivants hors de moi qu'en moi. Il s'ensuit que la matière, dans sa totalité, est vivante. L'eau des rivières et des mers est tout aussi vivante que les poissons qu'elle contient. La roche est tout aussi vivante que les plantes qui s'y  enracinent. L'air est aussi vivant que les animaux et les humains qui le respirent. Nous savons bien, du reste, que tous les êtres vivants ne le restent que grâce aux multiples échanges entre leur environnement et eux.  C'est en ce sens qu'on peut dire que la Nature est notre mère et la mère universelle. Et, s'il en est ainsi, c'est parce que l'Univers tout entier est vivant.

Ce que nous appelons la mort n'est que le passage d'un état de la matière vivante à un autre état de la matière vivante. Il est probable que la conscience -- fonction, sous diverses formes, de tout être vivant , et pas seulement des humains -- prend fin avec la mort. Mais il ne s'ensuit pas que les atomes qui ont constitué un être vivant meurent à sa mort. Ils continuent de vivre, dans un autre état d'organisation.

C'est pourquoi la croyance hindouiste et bouddhiste en une série de réincarnations après la mort me paraît fort plausible ; à condition de ne pas limiter ces réincarnations aux seuls "êtres vivants", tels qu'on les définit habituellement  : on peut se réincarner dans l'eau vivante de la rivière ou de la mer, dans la roche vivante de la montagne (cette réincarnation-là me plairait bien), dans le nuage, dans la pluie, etc. Il va de soi que la gamme des réincarnations simultanées d'un organisme vivant après sa "mort" n'a pas de limites connues.

Quand je mourrai, je veux qu'on m'incinère. En effet, la chaleur n'est rien d'autre que l'accélération du mouvement des atomes, donc l'augmentation de la vie en eux. Ainsi, les atomes de mon corps, libérés par l'incinération, danseront dans les flammes une danse de joie, puis se disperseront dans l'atmosphère, augmentant ainsi l'infinie diversité de mes possibilités de réincarnation.

Qu'il en soit ainsi.


( Posté par : SgrA° , avatar eugènique apprenti cosmologiste )

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