vendredi 29 juillet 2016

" Empire ottoman " ( Yves Ternon ) : d'où viennent les chats angora ?

1364 -


D'Angora, évidemment. D'ailleurs, Diderot, vers 1780, parlait des "chats d'Angora". Angora est l'ancien nom d'Ankara, l'actuelle capitale de la Turquie. Angora fut le théâtre, en 1402, d'une des plus grandes batailles de l'histoire ( selon Yves Ternon ), entre l'émir ottoman Bayezid et Tamerlan, qui, d'ailleurs, n'en tira guère de profit à moyen terme.

Une des plus grandes batailles de l'histoire ? Ah, bon, se dit le lecteur français, qui n'en avait jamais entendu parler, mais qui prend vite la mesure, en lisant Yves Ternon, de son ignorance crasse sur l'histoire d'un des plus grands empires que la terre ait portés, et qui dura près de cinq siècles, l'Empire ottoman. Livre passionnant,  édifiant aussi dans la mesure où il nous aide à prendre conscience du caractère étroitement et abusivement européocentré de notre connaissance de l'histoire. Il est vrai que Chinois, Hindous, Japonais (et bien d'autres) ne sont pas exempts de ce défaut qui consiste à prendre l'heure du passé exclusivement à sa porte.

Tiens, 1453, par exemple. Dès le collège, tout le monde en France connaît cette date : prise de Constantinople par les Turcs. Fin de l'Empire romain d'Orient. Date majeure. Séisme de première grandeur. En réalité, en 1453, cela fait bien plus d'un siècle que l'Empire de Constantin est réduit à sa capitale et à sa proche banlieue, cernée par les terres de l'Etat fondé en 1300 par Osman, et qui n'a cessé de s'agrandir. Depuis plusieurs décennies les émirs ottomans font et défont les derniers empereurs byzantins, depuis que ceux-ci ont commencé à solliciter leur aide contre divers ennemis. Au milieu du XIVe siècle, l'émir Orkhan devient le gendre, le protecteur et l'allié de Jean Cantacuzène.

Ce que les Français, pour la plupart, ignorent aussi, c'est que, depuis le règne de François Ier jusqu'à la Révolution et même au-delà, l'Empire ottoman a été un allié privilégié de la France, préoccupée de contrer les visées du Saint-Empire romain germanique,  de l'Angleterre,  de la Russie.

Autre effet salubre de cette lecture : son actualité. En lisant les interminables démêlés, aux XVIIIe et XIXe siècles, des sultans avec leurs minorités et de ces minorités entre elles, les multiples et contradictoires interventions des puissances (Angleterre, Russie, Autriche, France), on se dit qu'au Moyen-Orient et dans les Balkans les choses n'ont guère changé. Les injustices et les violences d'aujourd'hui sont la suite logique et monotone de celles d'autrefois. Evoquant l'Empire ottoman après la chute de Napoléon en 1815, Yves Ternon écrit :

" Désormais, les peuples existent, les nations existent, les classes existent. Mais les frontières des Etats ne recouvrent pas celles des peuples. Les premières sont artificielles, tracées par les traités. Les secondes ne le sont pas moins : elles enferment dans le même territoire plusieurs peuples, plusieurs langues, plusieurs cultures qui se sont mêlés ou combattus. Chacun a eu, plus ou moins bref, son moment d'histoire nationale et chacun s'estime, en référence à ce moment, le légitime propriétaire de ce territoire. Un traité censé régler ces "questions" met seulement un terme à un conflit survenu après rupture de l'équilibre obtenu par le traité précédent. Ce traité établit un nouveau compromis et les nouvelles frontières quil délimite amputent nécessairement un des partenaires du jeu diplomatique. Celui-ci reçoit parfois des "apaisements" sous forme de compensation territoriale ou économique. Mais cette vente cession ne fait pas tomber sa fièvre irrédentiste. Une apparente stabilité masque une future rupture. "

L'Empire ottoman à son déclin, c'est cela : une mosaïque d'ethnies, de communautés, aux coutumes, aux croyances diverses, difficilement compatibles, aux intérêts généralement contradictoires. " Qui, écrit Yves Ternon, avait,  à Constantinople, à Londres, à Paris ou à Vienne, entendu parler des Kurdes Kizilbaches, des Souliotes d'Epire, des Mirdites d'Albanie, des Lazes de l'arrière-pays de Trébizonde, des barons arméniens de Zeïtoun, des Koutzo-Valaques du nord de la Grèce ? Qui connaissait le nom d'une de ces innombrables tribus bédouines parcourant depuis des temps immémoriaux les déserts d'Arabie et de Syrie ? Qui pouvait dire la croyance des Nestoriens ou des Yézidis des frontières de la Perse ? ". De fait, les Yézidis, personne ne savait qui c'était, jusqu'à ce jour récent où la nouvelle des persécutions infligées à cette communauté par Daech l'a tirée (pour combien de temps ?) des oubliettes. Le livre d'Yves Ternon multiplie les descriptions d'affrontements sans cesse renaissants, souvent féroces, comme ceux qui déchirent la montagne libanaise dans les années 1840/1860, opposant maronites, druzes, catholiques, musulmans, Grecs, ennemis un jour, alliés le lendemain ; ballet sanglant,  changeant, qu'aspirent à chorégraphier le sultan, le pacha d'Egypte, les Anglais, les Français ... Ce qui se passe dans le Liban d'aujourd'hui vous a comme un air de déjà vu, même si les acteurs ne sont plus tout-à-fait les mêmes ...

L'auteur assimile le jeu diplomatique de ce temps-là à "un jeu qui tiendrait des échecs et du go, avec des pièces maîtresses et des pions, et où chaque partenaire conduirait une stratégie d'encerclement. Des reines blanches -- de trois à six selon le moment -- attaquent ou protègent le roi noir, ceinturé de pions. Les unes veulent détruire ce roi noir, les autres le maintenir dans la partie. Le roi perd ses pions un à un et les reines tentent de s'en emparer, chacune à son bénéfice, pour se fortifier et affaiblir ses rivales "

Le roi noir, c'était, jadis, le sultan d'Istanbul. Aujourd'hui, ce pourrait être Bachar al Assad. Les reines blanches, ce sont, comme jadis, les puissances occidentales et la Russie ; et les pions, on peut aisément les énumérer. Nihi novi ...

La fin du livre n'est pas la moins passionnante, qui raconte l'accession au pouvoir de Mustafa Kemal et décrit les grands traits de la révolution  kémaliste. D'un côté, la création d'un Etat laïc, modernisé à marche forcée sur le modèle occidental ; l'islam est l'ennemi d'Atatürk (ce n'est pas un surnom, mais un nom qu'il s'est choisi, comme tous ses concitoyens ont été sommés de le faire, dans un pays où, jusqu'alors, on se contentait d'appeler les gens par leur prénom)  ;  mais l'autre ennemi, ce sont les minorités, arménienne, grecque, kurde, violemment persécutées au nom de la construction de la patrie turque sur la terre anatolienne. Dans les deux cas, l'inspiration vient du nationalisme . Histoire très actuelle puisque l'ambition d'Erdogan semble être de rompre avec le kémalisme pour s'inscrire dans la tradition prestigieuse  de l'empire ottoman tout en restaurant l'emprise de la religion sur la société.


Yves Ternon ,   Empire ottoman, le déclin, la chute, l'effacement  ( Michel de Maule éditeur )


( Posté par : J.-C. Azerty , avatar eugènique agréé )

Palais de Topkapi



dimanche 24 juillet 2016

Un tyrannosaure enfumé à Vérignon !

1368 -


Les vacanciers qui, avant et après avoir fait trempette dans le lac de Sainte-Croix, empruntent la route de Draguignan par Ampus traversent sans y prêter autrement attention, le village de Vérignon. Il faut dire qu'il est petit, ce village ; c'est même le plus petit village du Var : dix habitants, et sans doute pas tous permanents. La commune s'est dépeuplée depuis que la création du camp de Canjuers, tout proche, l'a amputée d'une grande partie de son territoire.

Il mérite pourtant qu'on s'y arrête,  ce village, et qu'on y flâne un peu. Ne serait-ce que pour aller jeter un coup d'oeil aux ruines de son château féodal, peu visibles dans la végétation. La bâtisse qui l'a remplacé au XVIIIe siècle ne manque pas, elle non plus, d'allure. Reliée au village par une majestueuse allée forestière, elle fut construite par la très noble famille des Blacas d'Aups, dont un représentant, le duc de Blacas, joua un rôle politique et diplomatique de premier plan sous la Restauration. Elle appartient aujourd'hui à la famille de Rémusat, qui doit être apparentée à la précédente. De la route, à moins de ralentir, on ne la voit guère non plus, de l'autre côté d'une vaste prairie que l'on vient de faucher.

Château de Vérignon (XVIIIe siècle)


 Mais le joyau de Vérignon, c'est de l'autre côté de la route, face au nouveau château, sa chênaie, qui dut être plantée au XVIIe ou au XVIIIe siècle, à l'époque de la marine à voiles ; aujourd'hui, les jeunes chênes au fût bien droit qui fournissaient le bois aux charpentiers de marine ont disparu ; il reste les ancêtres, pluricentenaires, au tronc énorme et tortu; sous leurs ombrages, il fait bon pique-niquer, avant d'emprunter le chemin qui conduit, vers l'Ouest, à la chapelle Notre-Dame-de-Liesse, la bien nommée, perchée sur un autre joyau de Vérignon, son balcon, la crête qui joint le piton de Notre-Dame-de-Liesse à celui qui, à l'Est, porte une autre chapelle, Saint-Priest, d'où l'on peut rejoindre le village de Tourtour. Entre-Notre-Dame-de Liesse et Saint-Priest, au point culminant de la crête (1078 m), se découvre un immense panorama : par-delà les plans où se sont construits les villages de Tourtour, d'Aups, de Salernes, de Moissac, on aperçoit... mais n'anticipons pas.

La chênaie de Vérignon

J'ai très souvent traîné mes guêtres en toute saison, au long de ces pentes et sur cette crête, surtout du côté de Notre-Dame-de-Liesse, mais de récentes coupes de bois massives ont quelque peu abîmé les paysages qui m'étaient familiers. Aussi me suis-je rabattu sur un sentier qui, partant de la route de Draguignan, à quelques centaines de mètres du village, permet de rejoindre la crête, à proximité de la chapelle Saint-Priest. Le dénivelé (250 m environ) n'a rien d'effrayant, d'autant que le tracé du sentier assure une montée régulière qui n'exige pas de grands efforts. De ce côté, la forêt (des chênes principalement) est préservée et le parcours s'effectue presque toujours à l'ombre ; c'est vraiment la balade idéale d'une après-midi d'été.

On monte donc tranquillement sous les feuillages, mais attention ! Les événements récents qui ont endeuillé la Côte d'Azur, la crainte de nouveaux attentats terroristes, la proximité du camp de Canjuers, ont décidé les autorités naturelles à installer des barrières de sécurité, autrement plus dissuasives que celles qui faisaient semblant de barrer la Promenade des Anglais le soir du 14 juillet. Qu'on en juge :

Barrière de sécurité n° 1

Tu veux passer ? Libre à toi. Mais on t'aura prévenu : une chance sur deux pour que tu  te retrouves accablé d'un poids sans doute excessif pour tes petits os, qui deviendraient alors des ossements (après intervention des brigades de nettoyage -- renards, fourmis, bousiers etc.).

Tu prends le risque. Après tout, tu es venu pour atteindre la  crête. Mais voilà qu'un second obstacle s'interpose :


Barrière de sécurité n° 2


Alors là, c'est du lourd ! N'importe ! Rampant à plat-ventre sous l'obstacle (en bas à droite de la photo) tu parviens à le franchir. D'autres encore t'attendent.

Mais, me dira-t-on, pourquoi ce luxe de précautions, dans un trou du cul du monde (eh! dites donc, trous du cul vous-mêmes) fréquenté seulement, trois fois l'an par un randonneur abruti (?) -- de soleil (ah bon) ?  La réponse viendra tout-à-l'heure, mais n'anticipons pas.

Mais enfin vient l'heure de la récompense de ces efforts titanesques : la crête est en vue !

La crête est en vue !
  On s'étonnera peut-être que, dans ces thébaïdes feuillues, le randonneur solitaire, même abruti de soleil, n'ait point croisé la route de quelque familier de ces bois, chevreuil ou sanglier. Eh bien si ! entre les barrières de sécurité n° 1 et  2, il a distinctement perçu le grouinement d'un autre solitaire dérangé dans sa sieste, que quelques beuglements assortis de glapissements et d'une Marseillaise résolument guerrière ont fait décamper, dans un grand bruit de bois mort cassé. Mais la surprise est pour plus haut !

Arrivé sur la crête, le randonneur saoulé de soleil a le choix entre la direction de la chapelle Saint-Priest, à gauche, et celle du point culminant de la crête (1078 m) à droite.

Saint-Priest, je connais. J'ignore l'ancienneté de ce petit édifice . Il ne m'étonnerait pas qu'il ait été construit sur un site beaucoup plus ancien -- et le secteur mériterait au moins une prospection archéologique. En tout cas, il ne manque pas de charme mais aurait besoin d'une restauration. La clé de voûte de la porte d'entrée menace de passer au travers et d'entraîner la ruine de la façade.

Cependant, à Saint-Priest, cernée par la végétation, la vue est limitée. Je choisis donc de prendre, à droite, vers l'Ouest, la direction du point culminant de la crête.

C'est alors qu'apparaît à ma vue stupéfiée la surprise la plus bouleversifiante qui soit ! Mais oui ! C'en est bien un ! Un tyrannosaure ! en tout cas, son squelette, intact ou presque, là, à  deux pas du chemin ! J'aurai été son inventeur (au sens archéologique du terme). Il faut croire que personne ne passe jamais par là, ou alors seulement des ahuris abrutis de soleil qui ne font attention à rien.

Le tyrannosaure de Vérignon (squelette)

Quiz : de quel côté était la tête ?

Réponse : il suffit de repérer le cou. Je l'ai vu ! je l'ai vu !


Mais il faut avancer. J'ai promis à ma femme d'être de retour à la maison avant le début du jeu de Nagui (N'oubliez pas les paroles) . Mais voici qu'un ultime obstacle se dresse devant moi : les Fourches Caudines de Vérignon !

Les Fourches Caudines de Vérignon

Me faisant aussi humble que possible et posant ma musette sur ma tête en signe de soumission, je passe. Alors s'offre à moi la récompense tant attendue. Mais n'anticipons pas.


Le veilleur solitaire - 1/


Le veilleur solitaire - 2/

Le veilleur solitaire - 3 (c'est pas le même, mais ça ne  fait rien)

Sur le toit du monde, altitude 1078 m

Là-bas, très loin, quand la vue est plus nette, surtout en hiver, par temps de mistral, on aperçoit le Mont Aurélien, le massif de la Sainte-Baume, la chaîne de l'Etoile et, bien sûr, la Sainte-Victoire.

A droite, la Sainte-Victoire

Et puis aussi, un petit bout du lac de Sainte-Croix :

Au fond, le lac de Sainte-Croix

C'est la saison des immortelles au parfum d'encaustique et aux multiples vertus (je ne sais pas trop lesquelles) et le début de celle des lavandes.

Mais, allez-vous encore m'objecter, et ce dinosaure enfumé ? C'est plutôt vous qui nous enfumez !

Que non ! Regardez plutôt, là, plein Sud :

L'incendie de Montfort-sur-Argens. Au fond, le massif des Maures.

Ce jour-là venait de se déclarer, sur les hauteurs de Montfort-sur-Argens, un grave incendie qui obligea même à évacuer le village.


Mais, le temps de lire quelques pages à l'ombre d'un chêne vert, il était déjà temps de redescendre. Quelques clichés encore, vers le village de Tourtour :

Le village de Tourtour

vers l'Est et la baie de Fréjus :

L'agglomération et la baie de Fréjus /Saint-Raphaël

vers le Nord et les montagnes du Verdon :

Les montagnes du Verdon (crête du Grand-Margès, 1570 m)

Quand on découvre un pareil panorama, on comprend l'utilité des barrières de sécurité multipliées sur le chemin par les soins des autorités naturelles : pas question que des terroristes équipés d'artillerie lourde (volée à Canjuers) atteignent ce belvédère : bonjour les dégâts, de Saint-Raphaël à Aix-en-Provence et de Tourtour à Barjols en passant par Aups !

Mais, chassant ces pensées par trop sinistres, je suis redescendu dans la tendre solitude des bois. En bas, sur la route, défilaient les autos des vacanciers au retour de la baignade. L'enchantement prend fin à trente mètres du bitume, quand vous parvient le bruit des moteurs.

N.-B. : pour agrandir les images, cliquer dessus


( Posté par : Onésiphore de Prébois, avatar eugènique avéré )

vendredi 22 juillet 2016

Fictions et Cie

1367 -


Il est temps de rappeler ce qui a déjà été dit ici à plusieurs reprises : tous les personnages dont la "signature" figure à la fin des billets de ce blog sont des personnages de fiction. Eugène lui-même, dont les "avatars" sont susceptibles de se multiplier à l'infini, est une créature de fiction. Il n'est pas moins l'avatar de ses avatars que ceux-ci le sont de lui.

Il s'ensuit que les propos tenus ici, quel qu'en soit le sujet, quelle qu'en soit l'occasion, sont toujours des propos fictifs. Ils n'engagent que leurs auteurs fictifs, c'est-à-dire personne. Chacun de ces auteurs pourrait donc répondre, à qui voudrait s'enquérir de sa véritable identité, ce qu'Ulysse répond à Polyphème : mon nom est personne.

Certains billets de ce blog ont été classés dans la catégorie "fiction". En réalité, ils y figurent tous, sans exception. Ce blog peut donc être considéré comme l'ébauche d'un roman, dont le projet, comme on s'en doute, relève lui-même de la pure fiction, et qui devrait être publié quand les fictions auront des dents.

On aurait tort de croire que, derrière ces personnages de fiction, existe quelqu'un de réel qui tire leurs ficelles. Ce manipulateur, s'il existe, ne saurait être lui-même qu'un être fictif, dont les ficelles sont tirées par un autre manipulateur, lui-même ... etc... etc ... Nous ne sommes après tout, dit quelque part Borges, que le rêve d'un rêve ...

Il arrive à Eugène de participer aux échanges de commentaires sur un blog assez connu. Pour cela, il a dû faire le choix d'un pseudo. A vrai dire, il en a choisi successivement toute une série. Il en a même changé comme de chemise. Ces pseudos sont considérés par lui comme autant de ses avatars. lesquels ne se privent pas de soutenir des opinions et des "convictions" parfaitement contradictoires, de claironner des blagues infantiles, de s'inventer des aventures fictives, voire tout un curriculum vitae, puis un autre, incompatible avec le précédent. Fasciste un jour, démocrate l'autre, antisémite hier, philosémite aujourd'hui, athée le matin, vrai croyant le soir, islamophile au printemps, islamophobe en été, islacoule douce en automne, islaronge en hiver, etc. etc. Cela ne tire pas à conséquence puisqu'on ne peut pas exiger d'un personnage de fiction qu'il fasse preuve d'un minimum de suite dans les idées ni de bon sens. Quelques intervenants sur le même blog n'apprécient pas cette façon de faire, estimant à tort qu'un pseudo doit nécessairement renvoyer à une personne réelle et à une seule, dont le devoir serait de s'efforcer d'être prise au sérieux. Peut-être qu'ils sous-estiment l'étendue de la fiction dans l'expérience intérieure. Quoi qu'il en soit, faire le choix d'un pseudo et commencer à publier sous son nom, c'est faire un premier pas dans l'univers de la fiction et, une fois la limite franchie ( en admettant qu'il existe une limite claire entre "réalité" et fiction ), il n'y a plus de raison pour que ça s'arrête.

Additum -

Peut-être le mot de pseudonyme ne convient-il pas et vaudrait-il mieux parler d'hétéronyme . Après tout, le nom de famille de quelqu'un, assorti d'un ou deux prénoms, n'est pas autre chose qu'un pseudonyme attribué, pour des raisons qui sont toutes de commodité sociale, à ce qui n'a de nom dans aucune langue : l'être vivant. C'est au moyen du langage que nous fabriquons notre identité sociale et que, par commodité, nous attribuons usuellement à une entité langagière formée d'un nom et d'un ou deux prénoms les manifestations de notre activité sociale et intellectuelle. Cependant, on sait que certains écrivains ont fait un usage, que d'aucuns, parfois, peuvent juger immodéré, du pseudonyme que, peut-être il vaudrait mieux qualifier d'hétéronyme, tant la transformation qu'implique le changement de patronyme est complexe et importante : il ne s'agit plus seulement de masquer commodément sa "véritable" identité ; il s'agit de changer de personnalité, de changer de peau. Un tel besoin de se transformer ne s'explique pas aisément et des mobiles mystérieux et profonds peuvent être invoqués. Ce fut le cas, par exemple, de Romain Gary. Un autre grand usager de l'hétéronyme (pseudonyme), Fernando Pessoa, s'interroge sur les raisons de ce besoin dans une lettre du 13 janvier 1935 à son ami Adolfo Casais Monteiro :

" A l'origine de mes hétéronymes, il y a chez moi une profonde tendance à l'hystérie. Je ne sais si je suis simplement hystérique, ou plus exactement hystéro-neurasthénique. La seconde hypothèse a ma préférence, parce que je suis sujet à une aboulie qui ne figure pas au nombre des symptômes de l'hystérie stricto sensu . Quoi qu'il en soit, l'origine mentale de mes hétéronymes est ma tendance organique et constante à la dépersonnalisation et à la simulation. Les phénomènes prennent -- par chance pour moi et pour mes semblables -- une forme mentale ; je veux dire qu'ils n'affectent pas ma vie pratique extérieure ni mes relations avec autrui ; ils explosent en moi, je les vis seul avec moi-même. [...] Une parole spirituelle me vient, absolument étrangère, pour une raison ou une autre, à ce que je suis, ou à ce que je suppose être. Je la profère sur-le-champ, spontanément comme celle d'un ami, dont j'invente le nom, dont l'histoire prend forme, et dont l'aspect -- visage, corpulence, costume, attitude -- apparaît soudain devant moi. C'est ainsi que j'ai modelé et publié divers amis et connaissances qui n'existèrent jamais, mais qu'aujourd'hui encore, à plus de trente annnées de distance, j'entends, je sens, je vois. "

Je tiens ce texte pour un modèle d'analyse de ce qui se passe dans la conscience au moment du choix d'un hétéronyme. Tout maniaque (si c'est là une manie) de l'hétéronymie devrait s'en inspirer pour explorer les formes particulières et les mobiles en lui de ce penchant, assez singulier pour qu'on s'y intéresse.

( Posté par : Eugène et la totalité de ses avatars, passés, présents et futurs )

Jacob Jordaens, Poyphème et Ulsysse
Ce tableau de Jordaens montre en réalité Eugène (Ulysse) suivi de quelques uns de ses avatars. Polyphème est le lecteur aveugle qui prend des moutons pour les enfants du Bon Dieu.

jeudi 21 juillet 2016

A quelque chose malheur est bon

1366 -


Le point de vue d'un vrai croyant :

Parmi les 84 « victimes » de Nice, combien seraient mortes d'un coma éthylique avant la fin de la nuit ? Combien auraient développé, dans les cinq années à venir, un cancer, une maladie cardio-vasculaire, une infection gravissime ? Combien auraient péri dans un accident d'auto ou d'avion ? Ou assassinés par un conjoint, un mari jaloux, un voisin grincheux ? Combien auraient sombré dans l'alcool, la drogue, la débauche, la délinquance et la misère ? Un tout petit nombre sans doute aurait atteint en (à peu près) bonne santé l'âge de la retraite. Peut-être Allah, en leur envoyant Mohamed, ce brave chauffeur-délivreur, a-t-il voulu épargner à ces gens les tourments de l'existence terrestre. Ses voies ( 2 x 2 voies ) sont impénétrables, sauf en l'absence de barrières de sécurité. Inclinons-nous donc devant sa volonté, comme il est dit dans les conférences de Tariq Ramadan.


Le point de vue d'un contribuable :

Si le vrai croyant dit vrai, on ne remerciera jamais assez le sympathique chauffeur-délivreur pour avoir permis au Trésor Public, à la Sécurité Sociale, aux mutuelles, aux compagnies d'assurances et aux familles de réaliser de substantielles économies. Ainsi, les sommes qui auraient été gaspillées en pure perte pour prolonger la vie de quelques crevards en fin de course pourront être plus utilement investies dans la construction des pistes de l'aéroport de Notre-Dame-des ... de Notre-Dame-des... aidez-moi donc. En tout cas, le sympathique Mohamed a-t-il droit à la reconnaissance de la Nation et je proposerais, quant à moi, que la Légion d'Honneur lui soit décernée à titre posthume.


Le point de vue d'un usager de la route :

Je ne vois pas pourquoi on fait  tant d'histoire à propos de la mort de 84 ahuris qui batifolaient en toute inconscience sur la voie publique, entravant la circulation des véhicules. Comme si les cégétistes et les bonnets rouges ne nous avaient pas déjà fait assez chier.


Le point de vue du pétainiste attardé :

Parmi les 84 victimes, beaucoup de Musulmans, mais pas un Juif. Décidément, ces gens ne perdent aucune occasion de se démarquer de la communauté nationale.


( Posté par Marcel, avatar eugèniste plein d'humiaour )


Eugène communique -

Tu fais chier, Marcel.Positivement. Tu fais chier.



lundi 18 juillet 2016

Les leçons d'un attentat

1365 -


 Quiconque a eu l’occasion d’emprunter la célèbre Promenade des Anglais à Nice sait qu’il s’agit sans doute d’une des artères de France les plus faciles à sécuriser, du moins contre des incursions non souhaitées de véhicules ( camions, voitures particulières, deux-roues ) du type de celle d’hier soir. A partir de l'aéroport, la Promenade des Anglais est aménagée en 2 x 2 voies, sur un parcours sensiblement rectiligne. Elle est bordée d’un côté par la mer, qui vient se briser sur la plage située plusieurs mètres en contrebas, et de l’autre par des immeubles ; de ce côté, quelques rues adjacentes, faciles à bloquer. Après l’aéroport, il aurait suffi, par exemple, de quelques buses en béton disposées en chicanes, gardées par quelques policiers; dispositif à rééditer quelques centaines de mètres mètres plus loin ; aucun camion ne serait jamais passé. Au lieu de quoi, il semble que seules quelques barrières ("de sécurité"), faciles à enlever ou à renverser, aient été mises en place et que les agents de la sécurité aient brillé surtout par leur absence. Cela revenait à laisser la voie ouverte, alors qu’on savait que des dizaines de milliers de personnes allaient s’y réunir. On ne peut que pointer  une totale inconscience des responsables de la sécurité (décideurs et agents de l'Etat  et municipaux) doublée d’une totale incompétence. Imaginer les solutions efficaces n’était peut-être pas à la portée d’un préfet ni de responsables policiers, mais sûrement à celle d’un enfant de dix ans. Qu’hier soir un camion fou ait pu  parcourir sur la Promenade plusieurs kilomètres avant d’être arrêté, à la hauteur du Palais de la Méditerranée, est incroyable. Les « responsables » chargés d’assurer la sécurité de milliers de personnes ont sur la conscience la co-responsabilité de tous ces morts et blessés.

Ainsi,  il est manifeste que les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de dizaines de milliers de personnes n’avaient pas été prises ni même imaginées. Ce qui s’est passé le même jour sur la route du Tour de France, dans la montée du Ventoux, au moment de l’accident de deux coureurs, dont le maillot jaune, trahit la même inconscience et la même absence de prévisions et d'idées chez les responsables ; je ne dois pas avoir été le seul, en regardant les images de cette foule en délire, à redouter à tout moment l’imminence d’un attentat. Les manifestations estivales qui se succèdent sont autant d’occasions pour les tueurs, qu’ils soient terroristes ou simplement cinglés (le tueur de Nice semble avoir été les deux à la fois), de passer à l’action avec des résultats qui vont bientôt rivaliser avec ceux de Bagdad. Actuellement, à mon avis, en France, et malgré le déploiement des forces de l’ordre, on est loin d’être à la hauteur de la menace. Il faut, en tout cas, sortir d’une certaine naïveté, et vite. Et sans doute, surtout, d’une certaine incapacité (spécifiquement française ?) à se bouger le cul efficacement. Efficacement, c’est-à-dire à temps et en prenant les dispositions adéquates, qui ne sont pas forcément les plus onéreuses.

J’espère en tout cas que ces événements vont faire prendre conscience aux Français qu’ils auraient bien tort de s’en remettre à la compétence de « responsables » politico-administratifs dont les modes de réaction et d’organisation ont tendance à limiter les capacités d’agir avec un coup d’avance (c’est peut-être en cela qu’elle est spécifiquement française). C’est d'abord aux Français eux-mêmes de prendre en charge, leur sécurité en particulier, leur destin en général. Comme bien d’autres, j’ai observé avec un scepticisme ironique les rassemblements bavards de Nuit debout ; j’ai été révolté par les violences et les défis à l’ordre public des casseurs anarcho-gaucho-écolo-cégétistes. Il y a avait pourtant un point commun positif et porteur d’avenir dans ces manifestations hétéroclites : l’aspiration des citoyens à prendre leur destin en mains, hic et nunc, et, au besoin, en court-circuitant, en doublant les « autorités » censées être seules habilitées à le faire, en raison d’une « compétence » problématique.Il est clair que les moeurs démocratiques ronronnantes qui se limitent en fait, à s’en aller voter une fois toutes les x années (quand on va voter) ne répondent plus aux urgences de l’heure (elles ne sont pas seulement celles de la menace terroriste). Le pays semble sur le point d'entrer dans une spirale sans fin de violences qui, un jour ou l'autre des représailles dont des innocents feront encore les frais. C'est le moment, pour tous les citoyens de bonne volonté de ce pays, de s'unir et d'inventer pour agir.


( Posté par : La grande Colette sur son pliant, avatar eugènique invétéré )

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L'attentat de Nice ne fait que confirmer ce que ceux du 13 novembre dernier avaient mis en lumière : les institutions démocratiques telles qu'elles fonctionnent ( c'est une façon de parler ) en France sont incapables d'assurer la sécurité des citoyens ainsi que l'ordre public.

Un de mes amis, assez radicalisé dans son genre, me fait part de ses suggestions :

" Dans cette situation, m'écrit-il, il est indispensable que soit mis en place au plus vite un système de responsabilité à deux niveaux :  tandis qu'une façade officiellement démocratique garantirait aux citoyens respectueux de la loi la jouissance de leurs droits, une coordination secrète de milices de bons citoyens agissant en liaison avec les éléments sains de la police et de l'armée assurerait la liquidation physique des ennemis de la société : islamistes radicaux, djihadistes, cégétistes, écologistes façon Notre-Dame-des-Landes, le but étant de sortir les tripes de ces salauds  dans les meilleurs délais. La création d'un parti fasciste républicain ( Rassemblement Populaire Fasciste  - R.-P.-F. ), dont on peut penser que, dans les conditions actuelles, il accéderait rapidement au pouvoir, permettrait le vote d'une législation favorable à l'action des milices : rétablissement de la peine de mort, légalisation de la torture, mise en place de procédures judiciaires expéditives, d'autant plus efficaces que les membres des groupes anti-nationaux précédemment désignés seraient exclus de tous droits civiques.

Aux dernières nouvelles, le bruit court que, dans la ville de Nice, des représailles contre la communauté musulmane seraient imminentes. Il est à craindre qu'elles ne soient exercées de façon anarchique et injuste, et n'aboutissent qu'à aggraver le désordre public. Souhaitons au moins qu'elles contribuent à accélérer la décomposition d'une démocratie qui a fait son temps. Tous les citoyens sensés de ce pays attendent avec impatience l'avènement d'un national-socialisme à la française.

En attendant , oui aux milices national-fascistes !"

Je lui laisse la responsabilité de ses rêveries.


( Posté par : Adolf H. , avatar eugènique assaisonné )


Additum 1 -

Sur son site officiel, Richard Millet écrit :

" [...] on en vient à souhaiter, me dit un ami dont les jugements excessifs ne sont pas sans fondement, qu’un groupe paramilitaire gouvernemental, sur le modèle du GAL espagnol, qui éliminait les terroristes basques, tue discrètement tous les musulmans et convertis radicalisés : faire croire que la démocratie et l’Etat de droit en seraient affectés est une vue de pleurnichard bobo, et revient à se sentir soulagé qu’Erdogan ait réussi à contrecarrer le putsch qui visait à se défaire de lui et dont les représailles marqueront un surcroît d’islamisation de la Turquie, laquelle pourra dès lors, au nom de la démocratie, se présenter sans encombres aux portes de l’Union européenne.
            Le contre-terrorisme est donc une nécessité ; pour nous, qui ne croyons pas aux urnes ni à la sincérité en politique, encore moins aux programmes d’aide psychologique pour la réinsertion des pseudo-repentis de retour de Syrie, lesquels sont évidemment à éliminer d’une façon ou d’une autre, mais bien à la guerre civile en cours et à l’insurrection armée dans laquelle nous prendrons évidemment les armes, le moment venu, ce contre-terrorisme ne peut qu’être culturel : témoins et ironistes, et partisans d’un refus global de l’inversion des valeurs judéo-chrétiennes. Nous qui voyons avec une infinie tristesse le catholicisme s’effacer de l’Europe ou se muer en protestantisme, nous sommes également témoins de la tristesse de l’islam, chez les musulmans que nous respectons et qui sont prisonniers de l’idéologisation de leur religion. Mais reste-t-il assez de forces pures, de conscience de la langue française, de connaissance historique, de foi, de volonté, dans ce pays inculte, veule, presque entièrement soumis ? "

On ne saurait mieux dire !

Additum 2 - 

Le même ami, qui ne fait pas toujours dans la dentelle, m'écrit aussi :

"A Beaumont-sur-Oise, un individu, accusé d'extorsion de fonds, est mort dans les locaux de la police. Il  faut s'en réjouir. Qu'il soit mort de mort naturelle, comme l'indique la police, ou tabassé, comme crient ses amis, peu importe. Nos prisons débordent de délinquants et de criminels : c'est toujours un pensionnaire de moins, des économies pour les finances publiques, une sécurité pour ses futures victimes. Ses amis ont attaqué les policiers, tiré sur eux. Rêvons un peu : ces cailleras auraient mérité qu'on aille les chercher dans leurs gourbis, puis décimation, parmi tous les mâles entre 16 et 30 ans ; on les aurait massacrés sur place, à la mitrailleuse, au fusil d'assaut, à la baïonnette, sous les yeux des petits frères, des petites soeurs, des mamans, des papas, des tontons, des tantines. Des milices de bons citoyens équipés et formés auraient assisté la police dans cette tâche d'épuration.

On me dit que ce scénario relève de la pure fiction : eh bé, on en reparlera dans trois mois, quand l'indispensable guerre civile aura enfin éclaté. "

Additum 3 - 

L'attaque de l'église de Saint-Etienne  de Rouvray dévoile le calibre de nos ennemis : le bas de gamme de la société, des sous-hommes tout juste capables de s'attaquer au couteau à un vieux prêtre et à quelques bonnes soeurs. Elle dévoile aussi l'incapacité de se débarrasser d'eux efficacement et aux moindres frais dans une société régie par une législation "démocratique" respectueuse des "droits de l'homme" et autres fariboles. Ce n'est pas en lui imposant le port d'un bracelet électronique au bout de quelques mois de prison qu'on pouvait empêcher le tueur d'agir : c'est en le liquidant, et au plus tôt. Seules des milices, agissant sur le principe et selon les méthodes des escadrons de la mort brésiliens et pouvant compter sur la collaboration secrète des éléments les plus sains de la police et de l'armée, peuvent assurer systématiquement et à grande échelle ce genre de travail. On apprend que la justice a confirmé la fermeture de la mosquée intégriste de Lagny. Très bien, mais qu'est devenu le prêcheur de djihad qui lui servait d'imam ? Que sont devenus les membres de l'association qui assurait le fonctionnement de cette mosquée ? Ces gens-là devraient être morts, et depuis longtemps. Seul un travail d'élimination systématique des individus dangereux, et bien avant qu'ils ne passent à l'acte, rétablira la sécurité publique.

Projet d'insigne pour le R.-P.-F.

Eugène communique -

Je laisse à l'auteur du post-post l'entière  responsabilité de ses propos, développés sur ce blog à mon insu de mon plein gré, et que, pour ma part, je désapprouve. Mollement (canicule oblige) mais fermement.

vendredi 15 juillet 2016

Une présentatrice météo peu futée

1364 -


Depuis quelques semaines, la chaîne publique Antenne 2  fait appel aux services d'une nouvelle présentatrice météo. Celle-ci a immédiatement poussé jusqu'à la caricature le style nouille de quelques uns de ses confrères ; il consiste à affecter de croire que les Français n'aspirent qu'à une chose : du soleil, encore du soleil et toujours plus de soleil, de la chaleur, encore de la chaleur et toujours plus de chaleur. Comme si elle annonçait la venue du Messie, elle nous a prédit que, mais oui, tenez-vous bien, quel bonheur vous attend, la température à l'ombre allait bientôt atteindre et dépasser les 35 degrés dans l'après-midi. Le plus exaspérant est sans doute le ton de ses propos : celui d'une mère s'adressant à son petit dernier légèrement débile mental.

Elle n'avait sans doute pas songé à ces très nombreux professionnels dont les conditions de travail sont rendues plus difficiles dans une chaleur estivale souvent accablante, ni aux très nombreuses personnes dont l'état de santé est mis en péril dans les mêmes conditions. C'est vrai qu'on aborde les 
vacances d'été, mais tous les Français ne sont pas en train de faire bronzette sur les plages, loin de là. Mais cette présentatrice semble avoir calibré son discours pour qu'il plaise aux vacanciers, en faisant fi des préférences des autres.

Cependant, l'attitude de cette dame est assez révélatrice de l'idée que les médias se font des attentes de nos contemporains, dans une société de plus en plus urbanisée, qui n'offre plus à la majorité de ses membres de contacts un peu suivis avec la nature que dans le cadre des loisirs.

Il est vrai que le langage des météorologues et le langage courant sont déjà suffisamment connotés négativement dès qu'il s'agit d'autre chose que d'un temps ensoleillé et chaud ( beau temps/mauvais temps, perturbation etc. --  une liste exhaustive de ces expressions valorisantes ou dévalorisantes serait longue) . Raison de plus pour ne pas en rajouter, surtout quand le réchauffement climatique ramène chaque année (c'est déjà le cas en ce début d'été) les menaces de canicule.

Après tout la pluie, le vent, la fraîcheur et même le froid ont aussi leurs indiscutables avantages et leurs fervents amateurs. Voilà longtemps déjà que Georges Brassens s'est moqué de "ces pays imbéciles où jamais il ne pleut".

Pour toutes ces raisons, nos présentatrice et présentateurs météos seraient bien inspirés de s'en tenir à des appréciations aussi neutres et objectives que possible. On attend d'eux de la précision. Leurs niaiseries, on s'en passe, surtout quand ces gens se figurent qu'on y applaudit.


Posté par : Onésiphore de Prébois, avatar eugènique sylvicole )

mardi 12 juillet 2016

Que vivre c'est apprendre à mourir





                               L'attachement à la vie.... bof... question d'habitude. 

                                      On s'habitue si facilement à être mort.


chat habitué


( Posté par : Guy le Mômô , avatar eugènique habitué )

vendredi 8 juillet 2016

Séductions du langage et autres considérations sur notre rapport à la littérature

1362 -


" Quand on n’a plus assez de musique en soi pour faire danser la vie…" ( Céline, cité par Gracq )
Grand amateur de danse, Céline suggérait là une excellente définition de son art de romancier : la musique des mots au service de l’émotion.

Certains voient une continuité d’inspiration et de manière entre les romans de Céline et ses pamphlets. Je ne partage pas ce point de vue. En effet, même si l’écriture mise au point par Céline à partir de Mort à crédit se retrouve aussi bien dans les pamphlets que dans les romans, les premiers, étrangers à toute visée artistique, sont gâchés par la polémique haineuse. Dans les romans, les préoccupations artistiques prennent le pas sur tout le reste. Le contraste avec les pamphlets est, de ce point de vue, absolument frappant. La séduction puissante des romans est absente des pamphlets qui, en ce qui me concerne, me sont tombés des mains, comme si ce n’était pas le même homme qui avait écrit les uns et les autres. Proust avait absolument raison : le « moi » de l’artiste (au moins de l’artiste d’exception) est étranger au moi de l’individu ordinaire. Le cas de Céline illustre de façon saisissante cette étonnante cohabitation. Confondre l’artiste Céline avec « ce salaud de Destouches », comme beaucoup d'anti-céliniens s'y obstinent, est un cas aigu de sainte-beuvisme.

                                                                                            *
Ponge, quant à lui, avait l’ambition méritoire de prendre le parti des choses, de leur donner la parole en somme, et, ce faisant, d’en finir avec un anthropocentrisme millénaire. Il n’en était pas moins bridé dans la réalisation de son projet par la nécessité de passer par le langage. Son rêve d’inventer, pour mieux cerner la vérité de l’objet, une rhétorique par objet, révèle à quel point il restait tributaire de la rhétorique, activité, sinon anthropocentrique, du moins anthropocentrée. Le poète n’est évidemment pas le seul à être contraint d’approcher le réel par le moyen du langage ; c’est aussi bien le lot du scientifique, c’est notre lot à tous. Mais, face à l’inépuisable complexité du réel, le langage, même poétique, est d’une extraordinaire pauvreté. Ce n’est même pas une affaire de rhétorique; c’est une affaire de grammaire : que l’on songe au profit que nous pouvons espérer tirer, pour rendre compte du réel, de la simple relation sujet / prédicat; elle suppose l’exclusion vertigineuse d’une infinité de propriétés de l’objet. Certains poètes et critiques ont manifestement surestimé les possibilités du langage poétique, seul capable, selon eux, de dire sur le monde ce que le langage ordinaire est incapable de dire. Mais contourner, ne serait-ce qu’un peu, les contraintes de ce dernier, c’est déjà pas mal. Y a-t-il là de quoi se décourager ? de s’exalter au contraire ? En tout cas, il faut faire avec.

                                                                                           *
J'ai toujours pensé que notre rapport de lecteurs au discours d’un écrivain, quel que soit le sujet qu’il aborde, qu’il parle de l’art d’un peintre, d’un sculpteur, de sa propre création ou, d’ailleurs, de tout ce qu’on voudra, n’est pas un rapport motivé en nous au premier chef par une quête de vérité, mais un rapport essentiellement régi par la séduction de sa mise en forme langagière. Si la vérité y est aussi, tant mieux, et c’est le cas chez les meilleurs, mais ce qui est premier, c’est la musique, c’est l’enchantement, c’est la force de l’émotion. C’est, en ce qui me concerne, le rapport que, dès l’enfance, j’ai toujours entretenu avec la littérature, un rapport de jouissance. Et, de ce point de vue, les goûts et les couleurs ne connaissent pas de limites. Relisant Autour des sept collines, de Julien Gracq, j'ai éprouvé une certaine déception. Ce n’est pas que les notations de Gracq sur Venise, Florence et Rome m’aient paru dépourvues de justesse, mais j’ai trouvé ça plutôt étriqué, ronchon, là où un autre aurait peut-être discerné d’exquises affinités avec les Romantiques allemands, ou que sais-je . J’avais naguère (jadis ?) follement admiré (comme tant d’autres)  le Rivage des Syrtes  et, beaucoup aussi  Un balcon en forêt . Il me semble que c’est sur la fin que, l’imagination peut-être se tarissant, le maître d’école amateur de style bien léché refait surface, dans « la Forme d’une ville » et « Autour des sept collines ». J’avais cru repérer naguère le même syndrome chez un Claude Simon vieillissant ( les Géorgiques , dont les cinquante premières pages paraissent vraiment écrites pour fournir des dictées de certificat d’études; on est loin des audaces  d’Histoire  et de la force émotionnelle de  l’Acacia ). Mais la valeur de mon point de vue est évidemment très relative. La relativité des jugements critiques est, de toute façon, sans limites. La critique est vraiment le domaine de l’incomplétude.

                                                                                           *
"  Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
   Ombragé par un bois de sapins toujours verts,
   Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
   Passent, comme un soupir étouffé de Weber  »
Si l’on essaie de réduire à un discours « tautologique » visant la « complétude » cette « synthèse » (?) ou « équivalent » (?) de la peinture de Delacroix (et pas seulement de sa peinture), on aboutira à quelques platitudes du genre  » le vert et le rouge, couleurs complémentaires, prédominent dans la peinture de Delacroix » ou « Delacroix et Weber furent de hautes figures du Romantisme » (!!!). Mais ce qui fait la magie de ce quatrain, c’est bien moins son « objet » (la peinture de Delacroix) que l’agencement des mots et leur musique, que ce parfum (pour moi) de langueur et de lenteur qui me fait pressentir (à moi seul ?), bien plus qu’une vérité de Delacroix, une idiosyncrasie baudelairienne, très mystérieuse et d’ailleurs un peu accessible dans ces seuls vers. Le plus étonnant est que, pour beaucoup d’entre nous, ce quatrain en dit plus sur Delacroix que des kilomètres d’exégèses savantes pondues par des historiens de l'art hautement qualifiés !
Vive l’incomplétude, sans laquelle toute tentative de réflexion sur l’art débouche sur des « certitudes » sans intérêt.
Si le discours critique devait se réduire à un discours tautologique, c’est plutôt décourageant. Heureusement, quand Char écrit sur Nicolas de Staël ou Ponge sur Giacometti, ils ne prétendent pas rendre compte objectivement de telle ou telle oeuvre de ces artistes. Leur discours « critique » est lui-même un nouvel objet littéraire, un « objeu », au sens où Ponge l’entend.  L’oeuvre peinte ou sculptée est, de toute façon inatteignable par les mots. Et réciproquement. Et lorsqu’un écrivain, qu’il soit poète ou prosateur, parle d’un tableau de Delacroix, de Nicolas de Staël ou d’une sculpture de Giacometti, il ne parle jamais que de lui-même.

( Posté par : La grande Colette sur son pliant, avatar eugènique revenante )

Delacroix , Dante et Virgile aux Enfers

lundi 4 juillet 2016

Ruth ou l'été

1361 -


Elle s'appelle Ruth.

Il rêve d'entrer en Ruth, d'être en Ruth.

Ruth et Zoob.


Eugène communique -

Ce billet, dû à un avatar épisodique non identifié, aux motivations terroristes probabes, atteint et dépasse les limites de la nullité humiaouristique, même en période d'heuristique touristique tique. Pourquoi pas Zut et Robe, franchement. Ou Brute en zob, hein ? Tiens, sur le moment, j'y avais pas pensé à ces deux-là.

Nous prions donc nos éventuels lecteurs de passer sans s'attarder.

Poussin, L'été ou Ruth et Booz

Additum -

Au fond du tableau de Poussin, la montagne est le Chimborazo en éruption . Non ? alors le Sinaï au moment où Dieu se manifeste à Moïse. En tout cas, la fabrique sur le rocher est la prison d'Alcatraz, où Moïse fut enfermé entre 1933 et 1945.

dimanche 3 juillet 2016

Mort d'un abonné

1360 -


Michaël Cimino est mort, à 77 ans.

Normal : son abonnement au Journal de Tintin venait d'expirer.

vendredi 1 juillet 2016

Safari

1359 -


A matin, partant pour la scierie, j'enquille une veste de chasse sans manches avec des pôches partout. Ma femme me toise par-dessus ses lunettes.

-- Tu vas à un safari ? , qu'elle me demande.

-- Tout juste tirer quelques oies blanches, que je lui réponds.

-- T'as plus  les munitions pour ça, qu'elle me fait.

Depuis, l'ambiance entre nous est à couper au couteau, comme dans la scène célèbre entre Charlize Téronde et Steve Mc Cain dans Hatari .


Si c'est comme ça, je vais me rabattre sur la chasse aux papillons. Sans filet.

( Posté par : Benito M., avatar eugènique agréé )