jeudi 4 août 2016

André Gide et la pédophilie

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Le mot de pédophilie, très rarement attesté entre le XVIIIe siècle et le XXe, n'a été fréquemment employé qu'à partir de la décennie 70 de ce dernier et ne s'est popularisé dans le langage courant qu'une vingtaine d'années plus tard, allant jusqu'à se substituer au mot pédérastie . De plus le mot s'est chargé de connotations médicales, désignant des tendances pathologiques justiciables d'une psychothérapie  -- signification que pédérastie ne possédait pas. Le délit (ou crime) de pédophilie n'existe cependant pas pour la loi française, qui ne connaît que les atteintes sexuelles aux mineurs (viol, etc.). Mais depuis le début du XXIe siècle, la réprobation de la pédophilie est très forte. Un Gabriel Matzneff n'oserait sans doute plus publier les livres qu'il publia sans encombre vers l'âge de trente ans.

Aux alentours  de 1890, et bien plus tard encore dans sa vie, André Gide s'est adonné à des pratiques sexuelles qui, pour nous aujourd'hui, relèveraient de la pédophilie. Lui-même parlait de pédérastie. Il n'a pas fait mystère de ses amours avec de jeunes garçons, en Algérie, au Maroc et en France. Il prête à Michel, le héros de l'Immoraliste, ses propres préférences et aventures sexuelles.

En un peu plus de deux siècles, notre regard sur la sexualité des mineurs et sur les relations sexuelles entre adultes et mineurs a donc considérablement changé. En France, en 1832, l'âge de la majorité sexuelle était fixé à 11 ans. Il passe à 13 ans en 1863, puis à 15 ans en 1945. Il est possible que, vers 1890, les pratiques sexuelles de Gide n'aient pas été ressenties comme aussi scandaleuses que les perçoivent beaucoup de nos contemporains. En tout cas, le fait que Gide ait élu pour terrain  de chasse des pays colonisés, l'Algérie et le Maroc, rendait sans doute son comportement beaucoup plus tolérable aux yeux de ses contemporains. Inversement, la condamnation de l'homosexualité était sans doute beaucoup plus forte et répandue qu'aujourd'hui, même en France, à l'époque pays bien plus tolérant sur la question que la Grande-Bretagne, comme le montrèrent les déboires d'Oscar Wilde.

Le résultat de cette évolution des moeurs est que nous ne pouvons plus lire  L’Immoraliste  ou  Corydon  comme les contemporains les ont lus. C’est vrai, sans doute, de toute oeuvre littéraire, mais là, c’est à la fois flagrant et gênant. Le principe de non-rétroactivité des lois (et des préférences éthiques généralement admises à telle ou telle époque) vaut, après tout,  pour les oeuvres littéraires autant que pour leurs auteurs. Gide n'avaient aucunement conscience d'être un criminel pervers, et ses contemporains, pour la plupart, ne le considéraient pas comme tel.

Cependant, sans pour autant considérer Gide comme un « moraliste »,  le questionnement moral est au coeur de son oeuvre. Gide a, notamment, lucidement dénoncé les abus du colonialisme dans  Voyage au Congo, ceux du stalinisme dans Retour d'U.R.S.S. et les effets pervers de la relation de pouvoir entre hommes et femmes dans la trilogie de  L’Ecole des femmes. Il est frappant que, sur la question de ses pratiques sexuelles, il ait fait l’impasse de ce questionnement, alors que ces pratiques étaient facilitées par la soumission des populations maghrébines et notamment des pauvres. Dans  L’Immoraliste , Michel, de retour en France, a d’autres relations sexuelles avec des enfants de paysans normands. Comme son personnage, Gide a profité des privilèges que lui conféraient sa double « qualité » d’européen et de grand bourgeois.

Le combat de Gide pour la reconnaissance de la légitimité de l’homosexualité fait partie des causes dont nous le louons aujourd’hui de les avoir défendues. Il n’empêche qu’il a évité d’affronter les zones d’ombre de ses préférences sexuelles et les contradictions auxquelles elles l’exposaient.


( Posté par : La Grande Colette sur son pliant , avatar eugènique invétéré )




Marcel  (avatar eugènique malencontreux) communique -

Au cours d'une vie sexuelle passablement agitée, j'ai été successivement pédophile, zoophile, nécrophile, hémophile et coprophage. Aujourd'hui je me contente d'être banalement gérontophile et islamophobe.

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