vendredi 18 novembre 2016

Plaisirs du prosélytisme

Ce matin, conversation avec deux voisins, elle catholique intégriste, lui musulman qui ne l’est pas moins. Je leur ai benoîtement fait part de mon athéisme. Ma profession de non-foi les a plongés dans un état d’incrédulité teintée d’indignation furibarde. J’étais l’incarnation de ce qu’ils avaient toujours eu la plus grande peine à admettre, et même à concevoir, une insulte vivante à l’Ordre Divin, le Mal Absolu là, tout d'un coup, sur ce coin de trottoir. J’ai tenté de me rattraper en leur faisant part de l’état de satisfaction intense, pour ainsi dire béate, où m’avait maintenu depuis l’âge de dix ans mon athéisme résolument matérialiste, version épicurienne progressivement complétée par la lecture de Nietzsche et de Marx. Rien à craindre de la mort ; elle vient à son heure, sans faire d’histoires ; j’ai cité Lucrèce, en latin ; je leur ai avoué avoir abondamment joui, en guise de préparation à la mort, de tous les plaisirs de la vie, à commencer par ceux que j’ai si souvent goûtés dans les bras des dames (je suis marié, qu’on imagine leur tête) ; j’ai confessé me moquer des tables de la Loi et avoir bafoué au quotidien les dix commandements et les autres ; je me suis fait une gloire de n’avoir perdu aucune minute de ma vie en génuflexions, prosternations et autres salamalecs inutiles, dans aucune église, temple, synagogue ou mosquée ; j’ai avoué en ricanant avoir toujours mis les écrits du Divin Marquis à cent lieues au-dessus des paroles divines. Dans une alerte péroraison, j'ai conclu sur le délicieux sentiment d'irresponsabilité où se complaît, a priori, l'athée convaincu : du sort de l'univers en général et de celui de ses semblables en particulier, il se contrefiche. Après lui, le déluge.

Histoire de déplomber l'ambiance, je leur ai sorti ma blague du jour : l'Ancien Testament = l'Ancien atteste et ment.  Ouarf ! J'ai été le seul à m'esclaffer.

Sur ce, les priant de vouloir bien m'excuser de céder à un besoin pressant, je me suis retourné contre le mur pour pisser un coup.

Ils ont filé sans demander le reste en marmonnant des imprécations.


(Posté par : Paul de Farce , avatar théologique intermittent )





Aucun commentaire: