dimanche 10 décembre 2017

Le crépuscule des idoles

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Maintenant que la farce Johnny tire à sa fin, on attend avec une curiosité un peu (beaucoup) lasse le prochain divertissement de masse que nos médias (télévisuelles en tête) ne manqueront pas de nous mitonner. Cela ne devrait pas tarder : ce ne sont pas les idoles nationales qui manquent ; je ne citerai aucun nom mais on devine à qui je  pense.

Johnny, idole (des jeunes et surtout des moins jeunes)... Le mot idole vient du grec eidôlon qui signifie image. qui parla jadis du "stupéfiant image" ? Tout abus de stupéfiant est toxique, et la plupart d'entre nous vivent, depuis le début des années soixante du siècle dernier, sous le règne du plus puissant diffuseur du stupéfiant-image : la télévision.

Or la carrière du chanteur est à peu près exactement contemporaine de la montée en puissance de la télévision comme divertissement de masse, entre 1960 et nos jours. C'est la télévision qui a fabriqué de toutes pièces le "mythe" Johnny. C'est à elle qu'il doit ses succès et sa renommée. Il est tout naturel que les enfants de la télévision -- fabricants d'images et consommateurs gavés -- communient dans la célébration d'une de leurs idoles.

J'ai dit ailleurs que, né en 1940, j'étais, à peu de choses près, le contemporain de Johnny, né en 1943. A peu de choses près seulement. Car je ne suis pas un enfant de la télévision. Adolescent, je  ne connaissais pas la télévision. J'ai vu mes premières images télévisées, ailleurs qu'au logis familial, au début des années 60. Mes repères intellectuels et culturels étaient déjà fixés. C'est pourquoi je n'ai jamais été un adorateur d'idoles, quelles qu'elles soient, et surtout pas humaines, et surtout pas les idoles au rabais de la foule. J'ai eu cette chance. Ainsi soit-il.

Le dénommé Denis Tillinac vient de déclarer : "Johnny est mort, la France est veuve " . C'est tout de même sidérant, vaguement terrifiant même, ce déluge de propos imbéciles inspirés par le trépas d'un histrion de second ordre. Ce concert hystérique reste largement pour moi une énigme.

vendredi 8 décembre 2017

Singulier ou pluriel ?

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Ces temps-ci, je n'entends causer que des zobs secs de d'Ormesson et de Johnny. La chose vous a un côté momie, sans doute en accord avec le côté pharaonique des cérémonies funéraires. Et puis, avouons qu'ils se prenaient pas qu'un peu pour le Ramsès II de leur domaine, la chansonnette pour le premier, les contes pour adultes pour le second (ou l'inverse, je ne sais plus). J'aime bien qu'on parle de leurs zobs secs , ça vous a un petit côté naturaliste, loin de l'emphase de ce genre de célébrations. Et puis, c'est toujours utile de savoir ce qui vous attend.

Ce que je trouve bizarre et pas logique, c'est que, quand il s'agit de Tartempion, il n'est pas admis de parler de son zob sec mais seulement de ses zobs secs au pluriel. On dit : les zobs secs de Tartempion, comme s'il en avait eu deux ou plusieurs. Ce qui est prétentieux et anatomiquement inexact, puisqu'il n'en avait qu'un. Du point de vue du médecin légiste aussi, puisqu'y a pas que le zob qui est sec.

Je dirai donc qu'aujourd'hui, dans un grand concours de populace, on assiste au zob sec de Johnny. On connaît des spectacles culturellement moins pauvres, mais des tas de gens se contentent du brouet qu'on leur sert. Grand bien leur fasse.


( Posté par : Jeannot le Zobi, avatar eugènique zob cédé )












Mon adieu à deux gloires nationales

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On abuse ces jours-ci de l'hommage national, un peu trop pour mon goût, en tout cas. Je suis de l'avis d'une commentatrice de la République des livres, cet hommage délirant à l'idole des jeunes et des moins jeunes a quelque chose d'indécent au pays de Brassens.

J'ai 77 ans, étant né en 1940 ( le 9 mai, jour d'une catastrophe nationale, infiniment moins grave, il est vrai, que celle de la disparition de Johnny ).  Il est né en 1943. Nous sommes donc, à peu de choses près, contemporains. Or, à la différence de beaucoup de djeuhnes de mon âge, je ne me suis jamais intéressé à sa musique, à ses chansons pas plus qu'à sa personnalité ni aux épisodes de sa vie et j'ai plutôt traité tout cela avec un souverain dédain. Jusqu'au jour où j'ai appris qu'il était atteint d'un cancer du poumon, un des plus terribles, et je m'incline devant ses souffrances et celles de ses proches.

J'ai traité ailleurs Johnny de "rockeur braillard", exprimant par là mon peu de goût pour sa musique et ses performances vocales. Je me suis demandé d'où venait mon allergie, et je crois qu'elle tient aux références musicales du temps de ma jeunesse. A 17 ans, j'ai eu la chance de posséder un embryon de culture musicale assez solide. Je pouvais m'acheter des disques ; je disposais d'un poste de radio dans ma chambre. Dans le domaine de la musique classique, je connaissais déjà assez bien pas mal de choses. Surtout, j'étais un amateur passionné de musique noire américaine, blues et jazz. C'est pourquoi, un peu plus tard, au début des années soixante à Paris, je trouvais tout naturel et impératif de me précipiter à un concert de Ray Charles au Palais des sports, ou de Big Bill Broonzy, ou de Johnny Hodges. Une des rares chansons de Johnny qui me touche est d'ailleurs "Toute la musique que j'aime". A 17 ans j'admirais Brassens, Brel, Juliette Gréco ; un peu plus tard, Léo Ferré, Dutronc ; un peu plus tard, Souchon et Voulzy ;  plus tard seulement, Eddy Mitchell, dont j'ai toujours trouvé le répertoire bien plus intéressant que celui de Johnny. On comprend que celui-ci est toujours resté très loin du cercle de mes artistes préférés. Question de génération, de profil sociologique, de références musicales, de niveau d'exigence culturelle. L'idole des djeuhnes n'a jamais été bon pour moi que pour le vulgue homme pécusse. Snobinard, va.

Quant à l'autre héros national dont on célèbre ces jours-ci la mémoire, Jean d'Ormesson, je n'ai jamais lu une seule ligne de lui. Question de références littéraires. L'admirateur passionné de Marguerite Duras, de Claude Simon, de Robert Pinget, de Beckett, d'Ionesco, voire de Tournier, n'a jamais éprouvé la curiosité d'ouvrir un de ses nombreux ouvrages. Quelques comptes-rendus dans la presse m'ont suffi pour me faire un jugement. J'aurai sûrement perdu quelque chose, mais il est trop tard pour que je le révise. Et puis Michaux, c'est autre chose que Jean d'Ormesson.


( Posté par : Johnny Bigoudis, avatar eugènique hazebine )

mercredi 6 décembre 2017

Fantaisies nécrologiques

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1/   Heureusement que d'Ormesson et Johnny sont pas canés le même jour : tu imagines le télescopage des hommages sur Antenne 2 ! Reste à savoir qui aura la préséance pour la date de l'hommage national. Bonjour les susceptibilités à vif !    

2/  D'Ormesson : j'ai du mal à comprendre tout ce battage au trépas d'un danseur mondain.

3/  A matin, sur le quai de la gare de *** où j'attendais un train qui se faisait attendre, j'ai entendu dire qu'un certain Johnny Holiday était mort. J'ai demandé qui c'était ; un quidam m'a informé, l'air étonné et quelque peu dédaigneux, qu'il s'agissait d'un champion de skateboard américain. Je ne suis pas un fan de skateboard et j'ai découvert à cette occasion la vogue de cette discipline parasportive dans notre beau pays.

4/ Tous les vrais mélomanes, dont je suis, auront appris avec un ouf de soulagement que ce rockeur braillard avait tiré (mais un peu tard) sa révérence. On aura compris que je ne m'associerai pas à l'hommage national.

5/  La blague transgenre du jour : Johnnette Hallidy tombe sur son vieux complice Claude Le Louche.  "Ah ! mon vieux complice !", qu'elle lui dit. " Hélas, ma vieille, qu'il lui répond, la peau de mes couilles aussi ! "

6/  Aux dernières nouvelles, il serait question d’un grand défilé sur les Champs, cercueil de Johnny en tête, avec la bénédiction et les encouragements du guignol qui nous tient lieu de président. L’affaire vire officiellement au burlesque. Tant mieux. Hier, le déferlement médiatique aidant, j’étais furieux, mais si ça tourne à la franche rigolade, j’opine (de cheval)


( Posté par : Johnny Tepp, avatar eugènique bluesy )

vendredi 1 décembre 2017

Vivement ce soir qu'on se couche !

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" Vivement ce soir qu'on se couche ! "

 Ce voeu impatient de voir arriver au plus vite ce moment bienheureux qui nous délivrera enfin des préoccupations et des tracas de l'existence diurne, combien de fois l'avons-nous entendu autour de nous, combien de fois l'avons-nous prononcé nous-mêmes. Nous aurions tort cependant de n'y voir que l'expression plaisante d'un coup de fatigue passager ou d'une paresse chronique. Au vrai, il convient d'y lire l'aveu, comme souterrain, de la hiérarchie que nous établissons entre les valeurs. Infiniment moins importantes sont pour nous toutes ces occupations engendrées par les nécessités et les pressions de notre existence sociale que ce doux anéantissement de notre conscience qui nous en délivrera, en nous plongeant dans un sommeil qu'il faut souhaiter sans rêve. Mais ces occupations, il faut dire que nous leur accordons généralement un sérieux qu'elles n'ont pas. Montaigne nous avait pourtant prévenus : toutes nos vacations, écrivit-il, sont farcesques.

Que n'aspirons-nous à nous rapprocher autant que possible de cet état de nature dont Rousseau fit l'éloge et où les besoins de l'homme se réduisaient selon lui, à trois : la nourriture, une femelle, le repos. Ce qui lui simplifiait considérablement l'existence, en faisant de lui un animal parmi d'autres. Et encore, mon chat castré ne connaît plus que deux de ces besoins, et quand je considère tout le temps qu'il accorde au sommeil, je me dis qu'il est le plus heureux des chats et infiniment plus heureux que la plupart des hommes.

Une femelle... Jean-Jacques eut la lucidité de pointer ce besoin qui gâcha cette simplicité de l'existence naturelle, puisque la différenciation sexuelle et la reproduction sexuée sont à la source de toutes les formes de la vie sociale, y compris les plus sophistiquées, si l'on en croit Freud. La sagesse -- réservée, empressons-nous de le dire, à une élite restreinte de happy few -- aurait donc pour condition sine qua non un renoncement radical à toute quête de partenaire sexuel. Mais, après tout, rien n'interdit à personne de pratiquer un célibat rigoureux, et l'on a bien tort de critiquer l'Eglise catholique qui l'impose à ses prêtres.

Dans le billet précédent, j'ai fait de la contemplation immobile et rêveuse du monde naturel l'axe majeur d'un art de vivre heureux, suivant en cela la leçon de la méditation de Rousseau dans la cinquième Promenade des Rêveries du promeneur solitaire. Mais le second axe de mon art de vivre heureux serait le sommeil, dont Rousseau ne parle pas.

Contemplation solitaire et paisible du monde naturel / Sommeil (si possible sous une couette bien douillette) : voilà ma conception du bonheur le plus pur et je me fais en cela le disciple de La Fontaine, ce maître du lyrisme bucolique, qui nous en a donné l'incomparable et inoubliable formule dans Le Songe d'un habitant du Mogol :

" Solitude, où je trouve une douceur secrète,
Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais,
Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais ?
Oh, qui m'arrêtera sous vos sombres asiles ?
Quand pourront les neuf Soeurs, loin des cours et des villes,
M'occuper tout entier, et m'apprendre des cieux
Les divers mouvements inconnus à nos yeux,
Les noms et les vertus de ces clartés errantes
Par qui sont nos destins et nos moeurs différentes !
Que si je ne suis né pour de si grands projets,
Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets !
Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie !
La Parque à filet d'or n'ourdira point ma vie,
Je ne dormirai point sous de riches lambris :
Mais voit-on que le somme en perde de son prix ?
En est-il moins profond et moins plein de délices ?
Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices,
Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,
J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords. "


Mais la poésie, m'objecterez-vous, n'est-elle  pas une activité hautement socialisée ? Hautement subversive ici, vous répondrai-je, puisqu'elle se propose de faire l'éloge du choix de tourner le dos à l'agitation sociale, "loin des cours et des villes", de chercher la solitude, loin des hommes, pour s'y trouver, non dans des activités, mais dans des états qui flirtent avec cette ataraxie que vantent certains philosophes et certains mystiques. Ataraxie qui, dans le texte de La Fontaine, apparaît très clairement -- le commentaire de JC le suggère -- comme une préparation à la mort. Contempler sereinement,dormir sereinement, mourir. La mort : le grand sommeil. Sans rêves.  Quelle paix.

La sagesse que nous propose La Fontaine est de stricte obédience épicurienne. Nés de la rencontre aléatoire d'atomes, nous n'avons pas demandé à vivre. Nous subissons la double fatalité de la sexualité et de  la socialisation. La sagesse consiste à lui concéder le moins possible de place, à entrer le moins possible dans le jeu de la comédie sexuelle et de la comédie sociale. Les moyens d'y parvenir-- simples et à portée de tous --  existent. Que philosopher, c'est apprendre à mourir...


( Posté par : Jeannot Lapin, avatar eugènique bucolique )

mardi 28 novembre 2017

Dieux ! Que ne suis-je assise à l'ombre des forêts !

s1479 -


On interprète le plus souvent ce regret de Phèdre à la lumière des deux vers suivants :

Quand pourrai-je au travers d'une noble poussière
Suivre de l'oeil un char fuyant dans la carrière ?

Ce qu'elle dit là, en effet, dans ces trois vers qui comptent parmi les plus beaux que Racine ait écrits, Phèdre l'interprète elle-même un instant plus tard comme l'aveu indirect et involontaire de sa passion pour Hippolyte.

Pourtant, il est rare que l'on se rende compte que, dans le premier de ces trois vers, Racine nous propose la formule d'un art de vivre où les moments de contemplation au sein de la nature, moments de silence, de recueillement et de paix, vous guident avec sûreté loin des mécomptes, des ratages, des dérapages et des souffrances qu'ils provoquent, et des bonheurs fallacieux et aléatoires auxquels la plongée dans l'existence sociale vous expose incessamment. Phèdre elle-même rêve de vivre sa passion à distance, dans une innocente contemplation de l'être aimé.

Rappelons que la contemplation, phase de rêverie, d'abandon  plein de douceur aux rencontres non concertées de choses vues, d'impressions et d'idées, est fort différente de la méditation, active, concertée, volontaire. C'est Rousseau, bien sûr, qui, dans la Cinquième Promenade, a  formulé la plus profonde analyse de la contemplation, en évoquant ses heures de rêverie au bord du lac de Bienne. Disons que, dans ce texte célèbre, il propose une méditation sur le sens de son expérience de la contemplation.

Plus heureux que Phèdre, j'ai moi-même vécu nombre d'instants heureux, assis à l'ombre des forêts. Ma première expérience dans ce domaine remonte au début de l'été 1945. J'avais cinq ans. Ma mère nous emmenait, ma petite soeur et moi, passer l'après-midi dans une belle et vaste pinède  ensoleillée, à quelque distance de notre village de la Sarthe. Je revois les fûts élancés des arbres dont les ramures allaient chercher très haut la lumière, au-dessus d'un sous-bois libre de broussailles. J'ai encore presque dans les narines son parfum ensorcelant. L'orée donnait sur un ciel bleu où, un jour, un Lightning de l'aviation américaine passa à basse altitude, dans un ronronnement paisible.

Le souvenir de ces instants fondateurs est aujourd'hui bien plus vif et clair en moi que celui de tant d'autres épisodes de ma vie, pourtant beaucoup plus récents. Plus tard, j'ai eu la chance de renouveler souvent cette expérience heureuse, au cours de nombreuses promenades. Je me revois encore à l'orée de cette autre pinède, au sommet de la haute dune qui dominait le rivage marin ; les cris des baigneurs, affaiblis par la distance, montaient jusqu'à moi. Ou encore à l'orée d'une autre forêt, aux essences mélangées celle-là, qui s'ouvrait sur un immense panorama où l'on reconnaît presque toutes les montagnes de Provence.

Dieux ! Que ne puis-je encore m'asseoir à l'orée de cette forêt, dont m'éloignent désormais les hasards cruels de la vie ! A l'instar de Rousseau, il m'en reste heureusement le souvenir qui me rend la tranquille griserie de ces instants bénis.


Jean-Jacques RousseauLes Rêveries du promeneur solitaire

( Posté par : Jeannot Lapin, avatar eugènique bucolique )

mardi 21 novembre 2017

#balancetadinde

1478 -


#balancetonporc  : soit. Chacun(e) doit être libre de vider son sac. Cependant, soucieux de rééquilibrer les forces en présence, et en hommage au courageux Alain Finkielkraut, je lance le hashtag :  
                                                           #balancetadinde  !

Je ne doute pas que mon initiative donnera le signal d'un déluge de confidences plus  gratinées les unes que les autres.

Et puisqu'un minimum de courage exige qu'on prêche d'exemple, je me lance :

                                Oui, je l'avoue, j'ai été le dindon de plus d'une dinde !


Additum -

En imaginant ce hashtag. je croyais faire preuve d'une fracassante originalité, jusqu'à ce matin où, consultant internet, j'ai constaté que les hashtags #balancetadinde  ou #balancetatruie  fleurissaient depuis longtemps. De quoi vous décourager de toute tentation d'activisme internautique.


( Posté par : Le peu chéri de ces dames , avatar eugènique mizozogyne )

samedi 18 novembre 2017

Annie Lapétasse ou le pathétique témoignage d'une victime d'abus sexuels

Pas plus tard qu'à matin, sur le site "Balance ton porc.com", j'ai posté le message suivant :

"Je m'appelle Annie Lapétasse. Je suis secrétaire du patron d'une grosse entreprise de la région Pacaca.  L'autre matin, Albert Dugland (c'est mon patron) m'a mis la main au cul en hurlant : "Tiens, prends-ça pour toi, Lapétasse !" Ensuite il a baissé son futal et m'a montré son truc tout  raide en m'invitant à le sucer, moyennant une prime de dix euros  pour la Noël. Vu mes ressources limitées, j'ai jugé bon de m'exécuter. Mais ensuite, sur  le conseil d'une amie, j'ai décidé de porter plainte. Devant monsieur le Juge, mon patron a prétendu que j'avais rêvé tout ça. Et alors ? Le poète n'a-t-il pas dit que le rêve est une seconde vie ?

Bravo pour votre site de délation organisée en ligne qui permet à une pauvre Annie Lapétasse de porter à la face de l'humanité l'injustice atroce qu'elle a subie. Et merci encore. "

Par curiosité, j'ai consulté une partie des messages postés sur le site. La plupart m'ont paru du même tonneau que le mien. Comment, dans tout ce fatras, faire la part exacte de  la calomnie, du fantasme, du délire mythomaniaque ou de la simple farce ?


( Posté par : Annie Lapétasse, avatar eugènique abusée )

vendredi 17 novembre 2017

Le mot le plus long de la langue française

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Pas plus tard qu'à matin, j'ai inventé le mot le plus long de la langue française.

Voici le procès-verbal très verbal de mon invention :


Constitution est un mot qui comporte douze lettres.

Présupposition en compte deux de plus.

De quelqu'un qui, par principe, est hostile à toute forme de présupposition, on peut dire qu'il est antiprésuppositionnel .

L'adverbe qui désigne la façon d'être antiprésuppositionnelle est antiprésuppositionnellement.

Antiprésuppositionnellement compte donc deux lettres de plus que l'abusivement célèbre anticonstitutionnellement.

Antiprésuppositionnellement est donc bien le mot le plus long de la langue française.


On me dira que, tant que ma découverte reste confinée au domaine restreint de mes élucubrations matinales, elle ne risque pas d'être homologuée par l'Académie.

J'ai donc décidé de contacter une douzaine de journalistes et écrivains pour leur proposer -- moyennant une confortable rétribution -- d'introduire dans leurs écrits quelques occurrences de ma trouvaille.

Après quoi, Robert et Larousse ne devraient pas réchigner à la faire figurer dans leurs listes.


Parallèlement à mes travaux linguistiques, je mène des recherches d'avenir dans le domaine de la pharmacopée.

Je viens de proposer à plusieurs laboratoires ma dernière invention, amenée à révolutionner le traitement de quelques affections intestinales et autres :  le présuppositoire .

Riche et célèbre : le pied !


( Posté par : le Pré Suppopo de sa Tante, avatar eugènique lexicographique )

jeudi 16 novembre 2017

La technique de suicide tendance : le gaz carbonique

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Des compagnons et compagnes qui ont partagé ma vie, il n'était pas le moins aimé. Et puis, ce fut la dérive brutale. Je le revois étalé sur le carrelage dans son pipi, me fixant de ses yeux verts toujours vifs. " Vous allez le tenir dans vos bras, pendant que je lui ferai la piqûre qui va l'endormir ", me dit la vétérinaire. " Ensuite, vous partirez, et nous lui ferons l'injection létale ".

A cette époque, il m'arrivait de me dire que les animaux avaient bien de la chance de pouvoir finir ainsi, tranquillement, sans souffrance. Les humains n'avaient pas encore la possibilité d'aller en Suisse ou en Belgique dans une clinique pour en finir à la manière de mon chat. Encore faut-il y être admis et pouvoir régler les frais. Mais il existe d'autres façons, moins compliquées, moins onéreuses et pratiquement non douloureuses, de prendre congé de la vie.

Il y a quelques mois, le célèbre juge Lambert a choisi d'en finir d'une manière fort simple, inspirée par un jeu dangereux en vogue, il y a encore peu, dans les cours de récréation. Il suffit de se procurer un sac en plastique souple comme ceux où l'on entasse les déchets de cuisine. On s'en coiffe, on serre l'ouverture au niveau du cou, à l'aide d'un lacet quelconque ( une cravate dans le cas du juge Lambert ). Puis on attend. Pas longtemps. Quelques minutes suffisent pour que vienne la perte de connaissance brutale, puis la mort par asphyxie ; on s'est contenté d'inhaler le gaz carbonique rejeté par les poumons. On ne saurait imaginer suicide plus simple et pratiquement sans douleur. L'année dernière, un douteux photographe amateur de fillettes avait procédé de la même manière.

L'autre matin s'étalait en première page du Monde ce gros titre surdimensionné : " Bientôt, il sera trop tard ". Il s'agissait de l'alarme lancée par quelque 1500 scientifiques à propos des catastrophes de plus en plus menaçantes engendrées par notre mode de vie. En particulier, le taux de CO2  ne cesse d'augmenter dans l'atmosphère terrestre qu'on peut comparer, en somme, à l'intérieur d'un sac plastique ; nous en respirons tous le contenu . Le jour où le CO2 atteindra le seuil critique au-delà duquel les poumons des humains déclareront forfait, l'humanité toute entière disparaîtra dans un gigantesque suicide collectif.

Mais après tout, ce jour-là, les gens qui ont à peu près mon âge n'y seront plus. Après nous, le déluge carbonique !


Additum -

Il existe peut-être une forme de suicide encore plus simple et économique que le sac en plastique. Elle consiste tout bonnement à retenir sa respiration jusqu'à ce que mort s'ensuive. Le suicide en apnée, en somme. Il paraît que cette technique fut en vogue dans l'Antiquité, parmi les membres de telle secte philosophique. Je n'y crois pas trop, pour ma part. En tout cas, il faut une sacrée dose de volonté !


( Posté par : Didi Occis de Carbone, avatar eugènique en phase terminale )

mardi 14 novembre 2017

Tombée enceinte !

1474 -


Il m'arrive de suivre, sur la 2, une émission du  début de l'après-midi, où des femmes viennent confier leurs déboires ou leurs coups de chance. Dans leurs propos revient souvent une expression que je trouve d'une insondable vulgarité : " tomber enceinte ". " Je suis tombée enceinte ", nous confie l'une ou l'autre de ces dames, sans qu'on sache trop si elle a perçu l'événement comme un bonheur ou comme une catastrophe ; on pencherait plutôt pour la seconde interprétation, tant elles semblent faire l'aveu semi-conscient d'une épouvantable tuile.

" Tomber enceinte " : l'expression, à ranger aux côtés de quelques autres, comme " tomber malade " ou " tomber des nues ", auxquelles, d'ailleurs, elle fait irrésistiblement penser, est si fréquemment employée que personne, ou presque, ne s'amuse plus de ce qu'elle a de burlesque, surtout dans la bouche de celles à qui c'est arrivé. " Enceinte " n'est déjà pas très heureux. Allons, mesdames, efforcez-vous de trouver une formule plusse distinglée, par exemple, comme on dit dans les bonnes familles :

" La comtesse de Hautecloque est tombée en cloque ".

Une amie m'a confié : " Je suis tombée amoureuse et, après ça, je suis tombée enceinte. Quand je l'ai appris, j'en suis tombée sur le cul. "

C'est ce qui s'appelle enchaîner les tuiles.


( Posté par : Jeannot le spermato, avatar eugènique mimisogyniquetamère )

dimanche 12 novembre 2017

Tous atteints de la maladie d'Alzheimer

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Lu récemment une courte nouvelle de Jerome K. Jerome, l'auteur du célébrissime Trois hommes dans un bateau. Elle s'intitule The absent-minded man, que la traduction dont je dispose rend par L'homme distrait, ce que je ne trouve pas très heureux. Il s'agit en effet moins de banales distractions que d'absences mémorielles. Le narrateur nous y parle d'un de ses amis, qui souffre de telles absences spectaculaires de mémoire, oubliant des rendez-vous pourtant calés de longue date, confondant les uns avec les autres. A la fin, après l'avoir perdu de vue un certain temps, il le retrouve par hasard une nuit, dans une rue d'une quelconque station balnéaire, affalé au bord d'un trottoir, incapable de se rappeler dans quel hôtel ou quelle maison d'hôte il a laissé sa femme ( certains prétendent que, le jour des noces, il avait tout bonnement oublié qu'il en avait déjà épousé plusieurs autres ).

A l'époque où la nouvelle a été publiée (1895), la maladie d'Alzheimer n'avait pas encore été décrite par le médecin allemand qui lui a donné son nom (1906). C'est pourtant bien à elle que l'on songe en lisant cette histoire plus inquiétante qu'humoristique ; en tout cas, l'humour y est plutôt noir.

Cependant, le cas  du personnage mis en scène par Jerome K. Jerome reste relativement bénin, puisqu'il se souvient ( après coup ) des rendez-vous manqués et qu'il a une femme ( quoique, apparemment, il aît oublié qu'il en avait épousé d'autres ).

Quoi qu'il en soit, cette histoire nous rappelle à quel point la mémoire est indispensable à la constitution de notre personnalité, à quel point elle conditionne notre aptitude à la vie sociale, à quel point elle est indispensable à toute vie sociale. Tout se passe en effet comme si ce qu'on a oublié n'existait plus, n'avait jamais existé, en tout cas pour qui ne se souvient plus. L'oubli anéantit le passé.

J'ai fait tout récemment l'expérience de ces ravages. C'était en rangeant ma bibliothèque. J'ai constaté que de nombreux ouvrages que j'avais attentivement lus, souvent il y a de nombreuses années, mais parfois voici deux ou trois ans seulement, ouvrages qui, en les lisant, avaient retenu tout mon intérêt, m'avaient passionné même, n'avaient laissé aucune trace dans ma mémoire, au point que j'étais incapable de formuler, même  sommairement, ce dont il y était question. C'est comme si je ne les avais jamais lus.

Pensant aux souvenirs qui me restent de mon passé, au cours d'une vie déjà bien longue, je constate que le nombre de souvenirs relativement précis encore présents à ma  mémoire et que je n'ai pas trop de peine à convoquer est remarquablement restreint. Il s'agit d'ailleurs souvent du souvenir de cadres de vie ( les maisons où j'ai habité ) , d'actes ou de situations répétés,  souvent anodins d'ailleurs, plutôt que d'événements précis et de quelque importance. Des années entières de ma vie n'ont déposé en moi à peu près aucune trace, et il me semble que ce ne sont pas les années les plus éloignées du présent. Il m'arrive d'être sidéré de l'étendue de ces espaces du temps de ma vie dont il ne me reste à peu près aucun témoignage intime. Comme d'autres, j'aurais été bien inspiré de tenir un journal pour pallier ces difficultés mémorielles.

Bien sûr, il est possible que beaucoup d'autres personnes jouissent d'une mémoire bien meilleure que la mienne ; il est probable aussi que  les problèmes de santé graves que j'ai dû affronter ces dernières années n'ont pas arrangé les choses. Pourtant je ne puis m'empêcher de me dire que, de toute une vie, il  ne reste dans la mémoire d'un être humain que des traces assez insignifiantes, signe peu contestable de l'insignifiance de toute existence humaine.

Mais, après tout, et si l'oubli massif de ce que nous avons vécu, loin de devoir être perçu comme une fatalité tragique, ne devait pas plutôt être accepté par nous comme une  chance ? Il nous dispense, en tout cas, de la rumination nostalgique, morose, cruelle, d'un passé qui, de toute façon, ayant sombré corps et biens, a cessé de nous encombrer et de nous concerner. En nous débarrassant du fardeau du passé, l'oubli nous rend une légèreté, une allégresse juvéniles. Nos actes passés ne nous engagent plus, l'oubli nous permet de devenir un autre : nous voilà dispensés d'aller à confesse. Ne comptez pas sur moi pour faire l'aveu piteux de mes turpitudes : j'ai tout oublié !

Au diable le passé, vive le présent !

Jerome K. JeromeThe absent-minded man  (nouvelles bilingues, diffusion Le Monde )


( Posté par : Piotr Alzimémère, avatar eugènique évanescent )

mercredi 1 novembre 2017

Eugène vend (1) : "L'Homme et ses symboles" (C.G. Jung)

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J'ai décidé d'utiliser ce blog pour proposer à la vente des objets en ma possession, essentiellement des livres et des disques (vinyle). Chaque objet proposé à la vente sera décrit. Il sera proposé  à un prix justifié par son état, sa rareté etc. La vente pourra faire l'objet d'une enchère, si plusieurs acheteurs se présentent. Le contact entre vendeur et acheteur(s) se fera par e-mail, courrier, téléphone. L'objet vendu pourra être expédié par la poste  ou récupéré au domicile du vendeur.

Le premier ouvrage que je mets en vente est le suivant :

L'Homme et ses symboles, conçu et réalisé par C.G. Jung , Robert Laffont (1982)

Ouvrage relié sous jaquette illustrée.

Etat : très bon. Seule la jaquette est très légèrement écornée en-haut et en-bas.

Publié pour la première fois en anglais en 1964, l'ouvrage contient des textes de C.G. Jung, John Freeman, Marie-Louise von Franz, Joseph L. Henderson, Jolande Jacobi, Aniéla Jaffé. Nombreuses illustrations, en couleur et en noir.

Dernier ouvrage de Jung, L'Homme et ses symboles a été conçu comme une introduction à sa pensée, à l'intention du grand public. Les textes des autres auteurs que Jung ont été relus et approuvés par lui.

Catégorie : sciences humaines


Prix : 130 euros  ( frais de port compris ), à comparer aux prix proposés sur les sites de vente en ligne les plus connus.


Si cette proposition vous intéresse, contactez-moi sur ma messagerie : thebes-moloch@orange.fr



Additum   ( 13 novembre 2013 ) -

Personne ne s'étant présenté pour acheter ce superbe ouvrage, je vais sans doute bientôt le retirer de la vente. Cela me permettra de le lire : voilà bientôt trente ans qu'il attend mon bon plaisir sur les rayons de ma bibliothèque !

Prochaine proposition de vente : Terrains à vendre au bord de la mer, de Henry Céard .

dimanche 29 octobre 2017

La biographie n'est pas une science exacte ( 2 )

Juste avant de me lancer dans la lecture de Madame Proust, d'Evelyne Bloch-Dano, j'avais achevé une autre biographie, consacrée, celle-là, à Charles Péguy, intitulée Charles Péguy / L'inclassable, dont l'auteur, Géraldi Leroy, avait déjà consacré à Péguy une étude intitulée Péguy entre l'ordre et la révolution.

On ne peut guère imaginer d'ouvrages plus dissemblables que ces deux-là. Le travail d'Evelyne Bloch-Dano porte sur un personnage dont le principal mérite est d'être la mère d'un grand écrivain, et qui n'a laissé elle-même que peu de témoignages sur sa vie. L'auteure, je l'ai dit, n'hésite pas à faire largement appel à son imagination pour reconstituer des épisodes de cette vie en visant la plus grande vraisemblance possible. Cette vie se déroula pour l'essentiel dans l'intimité du cercle familial. Géraldi Leroy, lui, nous parle d'un écrivain qui fut un peu le contraire de Proust ; Péguy fut un militant et un homme public autant  qu'un écrivain, et son oeuvre "engagée" fut écrite essentiellement pour défendre des positions politiques, idéologiques, morales religieuses. Autant le travail d'Evelyne Bloch- Dano est centré sur l'intimité des relations familiales, autant Géraldi Leroy s'intéresse assez peu à la vie intime de Charles Péguy, homme marié, père de famille. Son but principal est de retracer, documents tirés de l'oeuvre de Péguy à l'appui, son parcours intellectuel et l'évolution de ses engagements.

Péguy l'inclassable ? On découvre dans ce livre une pensée polarisée, en effet, comme l'indiquait le titre du précédent ouvrage de Leroy, par l'ordre et par la révolution. Cette fois, au lieu de ce sous-titre, "L'inclassable", celui de "De la révolution à l'ordre" aurait parfaitement convenu pour résumer le parcours de l'animateur des Cahiers de la Quinzaine. L'année 1905 ( date ronde ) peut être considérée comme le moment où le Péguy première manière, militant socialiste déterminé, proche à certains égards des anarchistes, admirateur fervent de Jaurès, ardent dreyfusard, fait place à un Péguy beaucoup plus critique à l'égard de l'idéologie socialiste, témoin férocement ironique de la récupération politicienne et de l'affadissement de l'idéal dreyfusiste, patriote et nationaliste de plus en plus affirmé, vouant aux gémonies, Jaurès, son ancienne idole, devenu l'ennemi à abattre en priorité. Romain Rolland évoquera plus tard ces propos intolérablement haineux de Péguy en 1913 :

" Dès la déclaration de guerre, la première chose que nous ferons sera de fusiller Jaurès. "

De ses préférences et de ses amitiés de naguère, Péguy va s'éloigner de façon spectaculaire et  peu glorieuse. Géraldi Leroy écrit :

" Les années 1906/1909 ont connu une exceptionnelle agitation sociale avec un paroxysme sous le gouvernement Clemenceau (25 octobre 1906-20 juillet 1909). Très curieusement, Péguy observe un silence total sur ces graves événements. Mais son sentiment à leur égard n'est pas douteux : il en réprouve l'esprit de même qu'il en condamne les inspirateurs. "

La crise de Tanger ( 1905 ) déclenche chez en lui  un accès de fureurs anti-allemandes et une conversion à un nationalisme aussi ombrageux, aussi  entier, aussi fanatique pour tout dire, que l'avaient été ses positions socialisantes et dreyfusardes. Les passages des Cahiers de la Quinzaine  et d'autres textes cités par Géraldi Leroy, étalent plus d'une fois ces dispositions haineuses de Péguy pour qui a le malheur de ne pas partager son avis, aggravées par une tendance à la mauvaise foi la plus déplaisante. J'avoue n'avoir été guère séduit par la personnalité de ce Péguy tel qu'il se dévoile dans les pages de ce livre. Son nationalisme exacerbé et sans nuance lui dicte par exemple ces lignes burlesques évoquant les effets de la défaite de 1870 :

" Du plus loin que je remonte, c'est bien l'impression d'outrage qui est l'impression dominante ; la France était de toute antiquité, par droit de naissance, par droit divin, comme une reine des nations ; [...] nous avions accoutumé de parler en maîtres, ou du moins en arbitres et de traiter les affaires des peuples ; nous parlions un langage naturellement universel, volontiers prophétique, mais toujours de bonne et de grande compagnie ; [...] quand les autres peuples avaient leur politique à eux, leur politique individuelle de pauvres peuples simples peuples ; nous n'avions pas, nous, de politique à nous, de politique individuelle ; notre politique était toujours, au fond, la politique de l'humanité, disons la politique divine ".

La France, vue par Péguy, est :

" [...] je dirai un peuple unique parmi les peuples modernes, le seul dont  la destinée fût éminente et singulière, le seul qui fût comparable aux anciens peuples élus, comparable au peuple d'Israël, comparable au peuple hellénique, et au peuple romain, le seul peuple de tout le monde moderne, le seul qui dans les aberrations du monde moderne eût conservé la droite ligne de ce qu'était l'ancienne humanité, le seul qui dans les étroitesses et dans les spécialisations du monde moderne eût conservé le sens et le goût de l'ancienne humanité ; le dernier peuple humain vraiment ".

Etc. Il y a dans ces outrances quelque chose de puissamment moliéresque. Qui a dit que Péguy était un de nos grands auteurs comiques, d'un comique involontaire, bien entendu ? Moi.

Le temps où les Cahiers de la Quinzaine dénonçaient l'oppression  coloniale est bien révolue. Pour le Péguy d'après 1905, la colonisation est une des gloires de la France qui, par ce moyen, apporte la civilisation au monde.

Géraldi Leroy évoque assez rapidement l'oeuvre poétique de Péguy, constatant que l'auteur de la Tapisserie de Notre  Dame est resté fidèle aux formes les plus traditionnelles, alors qu'en 1913 Guillaume Apollinaire publie Alcools, recueil d'une toute autre modernité. Quant à moi, la poésie de Péguy m'est toujours tombée des mains, tant en raison de sa forme désuète que d'une thématique qui me puait au nez. Au vrai, les plus authentiques et solides qualités poétiques de Péguy me paraissent vivifier ses plus remarquables oeuvres en prose comme Notre jeunesse , L'Argent ou Victor-Marie, comte Hugo.

Dans L'Argent suite, Péguy chante les vertus d'un peuple dont le "travail était une prière. Et l'atelier un oratoire ". Il écrit :

" Il fallait  qu'un bâton de chaise fût bien fait. C'était entendu. C'était un primat. Il ne fallait pas qu'il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu'il fût bien fait pour le patron ni pour les connaissances ni pour les clients du patron. il fallait qu'il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même. Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était aussi exactement aussi parfaitement faite que ce qu'un voyait. "

On peut trouver ces considérations historiquement et sociologiquement hasardeuses. Il n'empêche que, dans ces lignes célèbres, Péguy pose un problème qui  reste d'une actualité brûlante. Ce problème est celui de la déroute du sacré dans un monde moderne obsédé par l'argent, par le profit. Nous savons les effets catastrophiques de cette déroute en un temps de capitalisme mondialisé. L'autre jour, à la télévision, on interrogeait, en Guyane, le promoteur d'un projet de création d'une exploitation d'un gisement aurifère. L'intéressé faisait valoir les quelques dizaines de milliers d'emplois dont ce projet accoucherait. Piètre justification, dès lors que ces emplois sont voués à disparaître quand la mine aura cessé d'être rentable. Au vrai, il ne s'agit que de générer du profit, au détriment d'un environnement qui en subirait les effets délétères et de la population qui y vit.

Que Péguy pose le sacré comme une valeur fondamentale pour les humains, j'opine ! Mais n'allons pas sacraliser l'écrivain, et surtout le penseur Péguy ! L'intérêt du livre de Géraldi Leroy est, selon moi, avant tout, qu'il nous invite à relire Péguy sans a priori , en privilégiant ce qu'il y a de moderne dans une réflexion qui s'élabora en un temps et  dans une société pas si éloignés des nôtres, tant s'en faut.

Dans L'Argent suite, Péguy développe, à propos des ouvriers et des paysans de son enfance, un récit qui relève du mythe. Ce récit est mythique autant que le récit biblique ou que l'épopée de Gilgamesh. Si Péguy admire autant Victor Hugo, c'est que, dans les Misérables comme dans la Légende des siècles , celui-ci est capable d'élaborer des récits puissamment vivifiés par leur dimension mythique. Quel qu'il soit, le mythe est toujours au service de la sacralisation des valeurs. Une société peut-elle se passer de récits mythiques ?


mardi 24 octobre 2017

La biographie n'est pas une science exacte (1)

1470 -


A la question de savoir si la biographie  est une science ou un art, on aurait sans aucun doute raison de répondre : les deux. Quant à moi, je me dis que l'art l'emporte nécessairement sur la science, pour des raisons qui tiennent en particulier au rapport personnel  entre le biographe et l'objet de son étude : chez le premier, dans quelle mesure son étude est-elle influencée, orientée par des facteurs affectifs tels que la sympathie, l'empathie, l'admiration, une communauté de vues, de choix idéologiques  etc. ? D'autre part, même quand son travail s'appuie scrupuleusement sur des documents abondants et vérifiables, la place de l'imagination n'est jamais réduite à néant, qu'il s'agisse de prudentes suppositions ou de hardies reconstitutions. Ainsi, aucune biographie n'est jamais définitive ; il restera toujours une part d'inconnu.

Il se trouve que je viens de lire deux ouvrages qui, relevant tous deux du genre biographique, me paraissent à l'opposé l'un de l'autre quant à l'approche, à la méthode, à la couleur. Le premier, qui a, en son temps, reçu le prix Renaudot de l'essai, est en effet plutôt un essai biographique qu'une biographie à visée "scientifique". Il s'agit de la première biographie de Jeanne Proust, la maman de Marcel. Son auteur, Evelyne Bloch-Dano, l'a très sobrement intitulée Madame Proust . Sur cette femme remarquable, les documents et témoignages ne manquent pas mais la plupart émanent du fils, et, qui plus est, même si la correspondance en contient une part non négligeable, se rencontrent au sein d' oeuvres romanesques -- Jean Santeuil et A la recherche du temps perdu . L'auteur ne saurait ne pas tenir compte du décalage ménagé par la fiction romanesque avec la réalité. C'est d'ailleurs ce qu'elle fait fort intelligemment. Elle-même, faute de documents précis, s'autorise à reconstituer, avec un louable souci de vraisemblance, certains épisodes vécus, comme dans le chapitre 8 intitulé Les beaux jours d'Auteuil  où une assez longue séquence descriptive s'ouvre par cette phrase : " Imaginons ..." . Ce passage, entre autres, nous montre ce que peut l'imagination quand elle est guidée par une vaste et solide culture, historique notamment.

Plus qu'à Jeanne, les quatre premiers chapitres sont consacrés, pour l'essentiel, à ses ascendants et à son groupe familial. Son père, Nathé Weil, est un Juif alsacien qui a fort convenablement réussi dans le monde de la finance, tandis que son grand-père, Baruch Weil, a fait fortune grâce à sa fabrique de porcelaine. La réussite personnelle des membres de la famille Weil, leurs choix de vie, sont très représentatifs de l'ascension sociale d'une partie de la communauté juive de France, entre le dernier quart du XVIIIe siècle et la guerre de 1870. Baruch et Nathé Weil, comme d'autres membres de leur parentèle, ont résolument choisi la France, dont les lois révolutionnaires ont ouvert aux Juifs les portes de l'assimilation. Ils se signalent par un patriotisme souvent passionné. Entre autres manifestations de leur volonté d'assimilation, citons pour leurs enfants le choix de prénoms chrétiens et, bien sûr des mariages avec un(e) conjoint(e) n'appartenant pas à la communauté : ce sera le cas de Jeanne, qui épousera le docteur Adrien Proust.

Racontée par Evelyne Bloch-Dano, l'histoire de Jeanne s'apparente à une saga familiale où le brillant docteur Proust et son fils Robert tiennent des rôles importants.

Ce livre, écrit avec une allègre justesse, retient sans peine l'attention de son lecteur. Mais au fond, y a-t-il une si grande différence entre un tel récit où, je l'ai dit, l'imagination tient une grande place, et un bon roman ? Evoquant une scène célèbre de Du côté de chez Swann, Evelyne Bloch-Dano écrit :

"  A cinq reprises, Marcel Proust va mettre en mots " le baiser du soir ". Plus il avance dans le temps, plus la scène s'élabore, s'enrichit de notations, de parenthèses, de métaphores, de personnages. Plus elle gagne en romanesque, plus elle se leste de la vérité profonde que le romancier va puiser à la source même du souvenir. Cette vérité ne réside pas dans les détails biographiques, mais dans l'essence du vécu qu'il parvient de mieux en mieux à capter. "

Capter " l'essence du vécu " : cette ambition qui fut celle de Proust romancier n'est elle pas tout autant celle de l'auteur de cette émouvante biographie ? La proximité de leur démarche nous conduira, en tout cas, à relativiser la pertinence de la classification des oeuvres de l'esprit en "genres", dont le talent se plaît à transgresser incessamment les frontières.

Quoi qu'il en soit, dans sa tentative pour atteindre le vécu réel de Jeanne, Evelyne Bloch-Dano en est souvent réduite à confronter les différentes versions du témoignage de son célèbre fils. Entre Bonaparte et Jeanne Proust, les biographes du premier disposent d'une masse de documents sur les faits les mieux attestés. Jeanne, elle, n'a guère d'autre titre de gloire que d'avoir enfanté un futur grand romancier. Femme discrète, elle ne fut pas tentée de s'épancher sur son propre cas. Le résultat est que cet essai biographique se présente le plus souvent comme une bonne introduction à un aspect important de l'oeuvre de Marcel. Nous ne pourrons jamais nous approcher davantage de ce que fut le "vécu réel" de Jeanne. Mais qu'est-ce au juste qu'un vécu  " réel " ?  Inaccessible par essence, même pour la première concernée.

Et si Jeanne avait vécu bien plus longtemps, au point d'être témoin de la publication de l'oeuvre majeure de son fils ? Elle eût peut-être alors été tentée de proposer son propre témoignage, par exemple dans un livre intitulé "Moi, Jeanne Proust". Mais si elle avait vécu, son fils, dont on connaît l'exquise délicatesse, n'aurait-il pas choisi de reporter sine die la publication de Du côté de chez Swann ? Peut-être d'ailleurs serait-il mort avant de s'y être résolu. Notre histoire littéraire ne serait pas ce qu'elle est. Damned ! En somme, pour que Proust devînt le célèbre auteur de la Recherche, libéré du respect de toute autre exigence que ses propres exigences artistiques, il était nécessaire que sa maman mourût.

Que maman ne soit pas morte à temps pour libérer son fiston chéri de scrupules légitimes mais encombrants pourrait donner matière à une intéressante fiction romanesque. On peut imaginer, par exemple, que Marcel soumet à maman le manuscrit de Du côté de chez Swann . Indignation de l'intéressée : elle reproche à Marcel de l'avoir présentée, dans la  célèbre scène du baiser, sous un jour trop nunuche, et le papa sous un jour vraiment nounouille. Elle suggère des modifications, voire une suppression de l'épisode. Refus de fiston. Brouille temporaire. Fiston consent à reporter sine die l'envoi du manuscrit à un éditeur.  Un peu plus tard, Marcel révèle à maman qu'il est pédé. Consternation. Elle en parle à papa, qui se tape une crise de fureur, déshérite son fils, etc. Le fils se tape une méga-crise d'asthme, qui lui sera fatale. Ses derniers mots : " Quel artiste le monde va perdre sans le savoir ! ". Avant de mourir, il a confié ses manuscrits à Robert, son frère cadet. Celui-ci, indigné de l'étroitesse d'esprit de ses parents, envoie Du côté de chez Swann à Gaston Gallimard qui, sur le conseil de Gide, décide de le publier. Jeanne se pointe chez Gaston et l'abat d'un coup de parabellum. Elle est guillotinée. Adrien se jette du haut de la Tour Eiffel. Etc.


Evelyne Bloch-DanoMadame Proust   ( Grasset)

vendredi 20 octobre 2017

MOI AUSSI !

1469 -


C'était l'été dernier. J'étais allé au cinoche sur les Champs. Confortablement affalé dans mon fauteuil au fond de la salle, je savourais les épisodes du dernier nanard franco-français. Comme il faisait chaud, j'avais mis un short léger. Voilà-t-y pas qu'une main fureteuse s'attarde sur ma cuisse droite, remonte, déboutonne, s'empare de ma zigounette, obtenant en moins de deux une raideur conséquente . Illico je me retourne vers mon harceleur, et voilà-t-y pas que je reconnais en lui le célèbre Emmanuel M..... !!! -- Vous ! que je m'esclame illico -- Si tu me tètes le jonc, qu'il me répond, je te fais le serment de t'exonérer de la TGV ... de l'IVG ... de la CSG veux-je dire, jusqu'à la fin de tes jours." Pareille proposition mérite réflexion, d'autant que mon contrat avec le journal de Tintin, qui courait de 7 à 77 ans, vient d' espirer. " Je vous demande le temps de la réflexion, que je lui rétorque. -- D'accord, qu'il me fait. T'auras qu'à me communiquer ta décision sur mon e-mail : manu-le-mac-rond@elysee.com.

A peine remis de mon émotion, voilà-t-y-pas qu'une main fureteuse s'attarde sur ma cuisse gauche, remonte, redéboutonne, s'empare de ma zigounette, obtenant en moins de deux, bon, je passe sur les détails. Illico je me retourne et voilà-t-y pas que je reconnais Brigitte ! -- Vous ! que je m'esclame. -- J'ai toujours craqué sur les ados prépubères dans ton genre, qu'elle me rétorque. Qu'est-ce que t'attends pour t'occuper de ma bondoufle. Si tu t'y prends bien, je t'exonère de la TSF." Je lui représente que la chose mérite réflexion. " D'accord, qu'elle me fait. T'auras qu'à me communiquer ta décision sur mon mail : brigitta-macaron@elysee.com."


Pas de CSG ni de TSF jusqu'à espiration, je n'hésite pas longtemps. Au volant de ma juvaquatre (héritage de papa), je rédige mon e-mail d'acceptation, en commençant par Manu, à tout saigneur tout honneur. Mais voilà-ty-pas que se présente sur un passage clouté un quidam pas si quidam que ça car je reconnais en lui Jean-Luc Méchant-Lion. C'est bien lui, enfin ... c'était lui. Les pare-chocs en acier inoxydable de la juvaquatre de papa ne papardonnent pas. 

M'éloignant fissa du lieu de mon forfait, je rédige un nouveau mail à Emmanuel M..... " Je viens de repasser Jean-Luc Méchant-Long, que je lui dis, faites quelque chose pour moi, sinon y a rien de fait. "  Voilà-t-y pas qu'il me répond : " Non seulement tu es bandant mais tu es notre Jeanne d'Arc. Un authentique héros national. Pour te récompenser, Je t'exonère à vie de l' ISF !"

Brigitte ? ma foi... Botoxée à mort, certes, mais c'est tout de même plus dans mes âges que les greluches prépubères dans la culotte desquelles je glissais naguère ma menotte au cinoche ... Parmi elles, la jeune Agnès Bouzin, promise à un bel avenir médico-médiatico-poulitique, en dépit du trauma que je suis supposé lui avoir infligé ce jour-là (1). Baste ! Elle peut toujours tenter de faire le buzz sur mon dos : y a prescription. Quoique, paraît-il, Manu-le-Mac (rond) aurait l'intention de réformer tout ça...

Quoi qu'il en soit, nous revoilà la semaine suivante au cinoche des Champs, Manu, Brigitte et moi, ma main gauche dans la foufoune de l'une, ma droite sur le zizouri de l'autre. Mais voilà-t-y pas que deux pognes musclées s'abattent sur mes épaules. " Tu es fait, mon coquin ! " me hurle le pandore dans les oneilles. " Y m'a agressé le zigomar ! " s'esclame Manu. " Il a fourré sa sale patte dans ma foufoune ! ", rajoute la Brigitte.

Trahison ! A qui se fier ! Voilà qui m'apprendra à me sacrifier pour une grande cause nazionale .

Sans compter qu'avec l'ADN de Jean-Luc Méchant-Lion sur le pare-chocs de la juvaquatre, j'en prends au moins pour quinze ans.

Bof. Vu l'état de mes tuyaux, j'en ferai que cinq.


Note 1 - Trauma...trauma... Et pourquoi qu'au contraire l'Agnès n'aurait pas découvert ce jour dans l'extase les merveilleuses réalités de l'amour ? hein ? Qui me prouvera jamais le contraire ?

Additum  (24 octobre 2017 ) -

Trêve de blague à papa. Lu ce jour dans Le Monde un très remarquable entretien avec Juliette Binoche. Il y avait longtemps que je n'avais pas lu des propos aussi intelligents, lucides, utiles. Juliette se fait une claire et haute idée de ses responsabilités envers elle-même, de ses droits et de son art. Merci !

( Posté par : Petrus Joxus, avatar eugènique érotomaniaque )

mardi 5 septembre 2017

Rendre la vie supportable

1468 -


" Travaillons sans raisonner, c'est la seule façon de rendre la vie supportable ", dit, à la fin du roman, un des personnages du Candide de Voltaire.

Je ne sais pas si travailler sans raisonner est la seule façon de rendre la vie supportable. Je doute même qu'elle soit la meilleure. Tout dépend évidemment de ce qu'on entend par "raisonner" mais je me demande ce que, du côté de F.O. ou de la C.G.T., on pense de cette façon de travailler, qui ressemble à celle du boeuf de labour.

Quoi qu'il en soit, ce qui est le plus important dans cette formule voltairienne, c'est moins la solution qu'elle propose que le problème qu'elle pose.  Ce qu'affirme Voltaire ici, c'est que la vie est insupportable tant qu'on n'a pas trouvé de moyens pour la rendre supportable.

Car enfin, regardons les choses en face : nés sans savoir pourquoi et sans l'avoir demandé, nous sommes promis, au terme de quelques années d'existence terrestre, à cette "fin miteuse " dont parlait Sartre, à laquelle préludent les souffrances de la maladie, de la déchéance, de la perte des êtres chers, etc. En attendant ce dénouement sans gloire, la plupart d'entre nous auront dû se battre, souvent sans grand succès, pour s'assurer une existence pas trop malheureuse et des conditions de vie à peu près décentes. Et encore avons-nous la chance (relative) de vivre sur un des rares coins de la planète où les humains accèdent, en majorité, à des conditions d'existence décente.

Aussi est-on fondé à se demander, avec Sophocle, s'il vaudrait mieux ne pas être né. Camus avait raison : le seul problème philosophique sérieux est celui du suicide. L'acharnement de toutes les sociétés, la nôtre comprise, à jeter l'opprobre sur le suicide et à interdire toute aide à ses candidats est révélateur de leur peur de voir un nombre trop considérable de leurs membres céder à la tentation.

Tout-à-l'heure, rangeant la vaisselle récemment lavée, je restai en contemplation devant un verre de cristal finement guilloché (c'est comme ça qu'on dit ?). Et je me disais que tout l'effort collectif de l'humanité, avait été, depuis la nuit des temps, de se rendre la vie supportable, par d'innombrables moyens, les uns très simples, très frustres même, les autres éminemment sophistiqués. Dans ce registre, du point de vue de la fin visée, l'art de langer un bébé vaut le message biblique et celui de guillocher (?) un verre de cristal vaut les plus hautes productions de la littérature et de l'art. C'est du moins mon sentiment.

Bien entendu, on ne peut pas dire que les humains aient collectivement réussi à rendre la vie pleinement supportable, ne serait-ce que pour avoir si souvent  cru que, pour se rendre la vie supportable, il fallait rendre celle des autres insupportable.

Quoi qu'il en soit, Voltaire, à la fin de Candide, pose fortement, avec raison, la nécessité de rendre la vie supportable. Rendre la vie supportable est l'objectif de tout art de vivre.

Quant à moi, je me dis que, pour rendre la vie supportable, il faut commencer par tâcher de se rendre sa propre vie supportable. Et pour y arriver (c'est du moins mon point de vue), une des conditions sine qua non est de tâcher d'aider les autres à rendre leur vie supportable. C'est d'ailleurs la base de toute existence sociale.

J'ai 77 ans, et je me dis que si, vers 20 ans et même avant, je m'étais fixé ce double  objectif, j'aurais perdu moins de temps et j'aurais évité un certain nombre de grosses erreurs que je passe mon temps à regretter. Mais enfin, il n'est jamais trop tard pour se réformer.

Rendre la vie supportable : tâche quotidienne, multiforme, infime et très haute, acharnée, sans cesse à reprendre, qui me renvoie inévitablement à mon rapport à moi et à mon rapport aux autres.

Rendre la vie supportable : c'est désormais mon mot d'ordre.

Quantum est in me .


Posté par : le Petit ratiocineur , avatar eugènique intermittent.

vendredi 1 septembre 2017

France 2 ou l'école de la vulgarité


1467 -


Actuellement, dans les séquences publicitaires de France 2, repasse en boucle une réclame particulièrement antipathique pour une firme de repas diététiques à l'adresse des gens qui se trouvent trop gros. Créneau porteur, dans un pays où les obèses représentent un pourcentage non négligeable de la population. D'une voix d'ado prépubère attardée, une greluche dont le visage lourdingue atteste qu'elle a abusé du maquillage nous informe que Marjolaine a perdu, depuis  un samedi qu'elle ne situe pas dans le calendrier, une bonne centaine de kilos, tandis que son haltère eh gros Dukhôn Dugland en a perdu deux cents depuis une date non précisée. " Et vous, nous apostrophe la  greluche, avec une agressivité vulgaire au possible,vous attendez QUOI ? " ; Eh ben, on attend de peser cinq cents kilos, ma brave grognasse.

Au cas où on attendrait de n'en peser que cent cinquante, la boîte nous promet sept jours de repas gratuits. Après, évidemment, ce sera différent. Pendant un moment, nos annonceurs nous ont même promis une remise de cinquante pour cent sur sept repas promis comme gratuits. Si je ne me trompe, cinquante pour cent de gratuit, ça fait zéro. Les concepteurs de la pub ont tout de même fini par saisir l'ineptie de la proposition et l'ont foutue au panier. Ouf !

L'après-midi, vers 17h, France 2, une chaîne décidément très branchée sur la question bouffe, sert à son public une émission appelée "Chérie, c'est moi le chef" : des couples y rivalisent d'habileté pour réaliser une recette de cuisine généralement pas facile. C'est le mari qui est aux fourneaux ; la femme lui donne ses directives depuis une cabine, par micro interposé. Cela donne à peu près : "Eh ben, qu'est-ce que tu attends pour découper tes radis ?... Mais, mais non ! pas comme ça ! Mais qu'est-ce qui m'a foutu une tourte pareille ! Mais qu'est-ce que t'attends pour l'y foutre dans ton chinois, gros naze ? "

Etc. De quoi vous  dégoûter du marida.

Cependant, l'avantage de cette émission sur la pub précédemment évoquée, c'est qu'elle ne se prend pas au sérieux et que son propos avoué est de faire rire, et non d'inciter les gens à casser leur tirelire.

Quoi qu'il en soit, si vous avez d'autres distractions pour vos après-midi, n'hésitez pas !



Posté par: Le petit gros ahuri, avatar eugènique télémaniaque 

















mardi 29 août 2017

Les Noirs sont pas mal non plus

1466 -


Selon de récentes infos, dans moins de cinquante ans, la population de la planète sera composée, à 75 %,  de Noirs.

Alors, les Blancs, oh, eh, hein, bon ...

D'autant que les Noirs sont pas mal non plus.

Les Noirs sont pas pour des prunes.
















Le veto m'a dit : " Prenez-le dans vos bras, je vais l'endormir. Ensuite, vous partirez, et  je lui ferai l'injection létale ".

Il s'est endormi dans mes bras, et il est parti sans souffrir.

Et nous ? Pourquoi pas nous ? Ce qu'on accorde aux animaux, pourquoi nous le  refuse-t-on ? L'euthanasie est un  geste si simple et si humain.

jeudi 24 août 2017

Les Blancs sont des êtres supérieurs !

1465 -


Victime probable d'une crypto-sympathie pour les nazos-fachos amerlauds, il m'a déclaré ce matin, sans ambages :

" Ou tu proclames que, blanc comme je suis, je suis d'une espèce supérieure, ou je te griffe. "

On pense bien que  je me suis exécuté.

D'autant qu'il a les yeux bleus.

Un bonze-Aryen, en somme.


Comble d'humiliation, il a ajouté : "J'exige qu'à ta mort tu te fasses incinérer et qu'on déverse tes cendres dans ma litière."

J'ai consenti en pleurant.




Ouais ... Pas si blanc que ça, vu de près

mardi 15 août 2017

Du Galibier à l'Izoard à biclou (7)

Cette fois, c'est décidé ! Pleins gaz direction Mont-Dauphin, que j'entrevois au bout des lignes droites. Et si on changeait de côté un peu pour voir ? C'est pas mal aussi, du côté de l'Est. Je ne sais plus si c'est de la Roche de Rame ou de Saint-Crépin que je partis pour rejoindre une haute vallée que surmontaient de longues crêtes, assez molles il est vrai, parsemées de lacs. Je me rappelle qu'on peut atteindre à biclou la rupture de pente au-delà de laquelle s'ouvre cette haute vallée, jadis  occupée par un glacier. On peut même biclouter bien au-delà.


Les lacs du Lauzet., au-dessus de Saint-Crépin

Poursuivant sa route plein Sud, le bicloutier ne saurait ignorer les magnificences de Mont-Dauphin. Parmi elles, l'église baroque, que l'on comparera à celle de Briançon (vide supra).

Eglise Saint-Louis, Mont-Dauphin

De Mont-Dauphin, on poussera jusqu'à Eygliers, d'où, empruntant la D 37, on s'en ira dominer les gorges du Guil, jusqu'au-dessus de la Maison du Roy.

Hameau de Gros, commune d'Eygliers


Mais, au pied des vaubanesques fortifs, voici que le Guil a rejoint la Durance, et que le peloton vire plein Ouest. Quant à nous, nous nous autoriserons une bicloutesque escapade en direction de Risoul, perché là-haut, que nous rejoindrons par une série de larges lacets, dans une ambiance forestière, avant d'atteindre le lac du Pré du Laus.

Lac du Pré du Laus, Risoul
Au Sud-Est, le col de Saluces ! On ne saurait s'y dérober. Vue plongeante sur les alpages de Vars.

Le pic de Chabrières (2746 m), au Sud du col de Saluces (2444 m)
Bon, il est temps de redescendre, sinon nous ne rejoindrons jamais l'Izoard dans les temps. Mais à Saint-Clément-sur-Durance, nous bifurquerons à nouveau, vers le N/N/O,  et le parc national des Ecrins pour remonter ( à biclou ) le long vallon qui nous mènera à la cabane de Saint-Clément, au pied du haut vallon du Couleau, dominé par le pic de Rochelaire et la tête de Vautisse.

La cabane de Saint-Clément

Posté par : Le Bicloutier nostalgique, avatar eugènique pédo-cyclo-touristique

( La suite au prochain numéro )

lundi 14 août 2017

Inutile pléonasme


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Notre championne du disque, médaillée de bronze aux championnats du monde, s'appelle Malvina Robert-Nichon.

J'ai beau être un  enthousiaste partisan des avancées féminines, j'ai pensé qu'entre robert et nichon, on pouvait choisir, de façon à éviter cette fâcheuse redondance pléonastique..

N'en rajoutons pas !


Posté par : Le petit calembarbouilleur, avatar eugènique vermotisant

samedi 12 août 2017

Petite histoire d'une vocation (partiellement) ratée

1462 -


Ce mardi 25 juillet, il achève la quatrième et dernière des cures de ce qu'il appelle sa "potion magique". Dans son cas, cette métaphore drôlatique semble correspondre à la réalité, ce qui, malheureusement, n'est pas toujours le cas. Le passage dans le tuyau, lui aussi magique, il y a quatre mois, à la fin de la précédente cure, avait indiqué une régression des nodules péritonéaux, de surcroît "non fixants" (entendez qu'ils ne fixaient pas le glucose radioactif dont son friandes les cellules déviantes).

Cette fois, huit jours se passent sans que le grand manitou ait validé le signal d'un nouveau passage dans le tuyau. Il est vrai qu'il était en vacances. Mais, deux semaines sont maintenant passées, il est revenu de vacances, et toujours pas de signal.

Il a beau se dire que, si le signal arrive, ce sera le début d'une nouvelle séquence de crises d'angoisse (quel sera le verdict du tuyau ?), il commence à se faire des films : le grand manitou l'a oublié, ou bien (pour une raison mal connue) il ne l'aime pas, ou il y a des choses qu'on veut lui cacher. Le mail et l'appel téléphonique adressés au grand manitou sont restés sans réponse. Or une date butoir (le 23 août) se rapproche à toute allure, celle où il doit se rendre à Marseille prendre l'avis du grand manitou n° 2 (ou n° 1) qui décidera s'il y a lieu d'ouvrir aux fins de nettoyage, ou non. Le passage dans le tuyau doit donc avoir eu lieu avant, et l'avis de son confrère éclairé par les lumières du tuyau doit lui être parvenu avant.

Le jeudi 8 au soir, submergé par l'angoisse, après avoir longuement tergiversé, il décroche le téléphone  et appelle le grand manitou sur son portable, pour en avoir le coeur net. Il est onze heures du soir. Il le trouve chez lui, peut-être au pieu. Pas content, le grand manitou, qui lui signifie sèchement que, si tout le monde en faisait autant, vous comprenez que ça deviendrait invivable. Il s'excuse platement. L'autre lui a tout de même indiqué que, son tuyau, il s'en occupe. Le lendemain, aux heures ouvrables, il rappelle le grand manitou pour renouveler ses excuses ; l'autre lui confirme que, du tuyau, il s'occupe.

De fait, ce samedi, il reçoit le mail libérateur. L'angoisse se dissipe instantanément, comme nuée d'orage. Ben, tu vois qu'on ne t'avait pas tout-à-fait oublié. Va donc l'aider à sortir de son lit, à rejoindre son fauteuil, à lui préparer son repas. Il n'est que temps.

Il revoit ce vieux dans sa chaise roulante, que le grand manitou s'apprêtait à pousser jusqu'à la radio. Ben, qu'est-ce que vous attendez, pignait le vieux, qu'est-ce que vous attendez pour m'y emmener, à la radio ? Il s'était dit, l'entendant hurler, que tout de même, il n'en était pas là. Ben si, il en est là.

Il a deux ans. C'est un petit garçon aimant et très sage. Il paraît qu'il aimait beaucoup chanter, devant un public acquis d'avance à son talent. Un jour, il déclare tout de go, sans prévenir, qu'il ne chantera plus. Malgré son jeune âge, sa mère l'envoyait régulièrement dans le village acheter du pain, le journal. Maintenant, il refuse obstinément d'y aller.

Le secret de ces revirements n'était pas bien malaisé à percer : une petite soeur était née, et le petit garçon, jusque là le petit roi de la maison, était jaloux. Sa mère était sans doute la mieux placée pour le comprendre, surtout qu'elle était institutrice, et même directrice d'école. Mais Françoise Dolto n'avait pas encore expliqué aux mères ces choses-là, et puis la maman du petit garçon était fort occupée. Elle n'avait pas de temps à perdre. Elle a donc résolu, pour briser la résistance de son fils, de recourir à la manière forte, selon une méthode digne de la rue Lauriston : il est vrai qu'on était en 1942. Elle a donc rempli d'eau bien froide une grande bassine, celle qui servait aux lessives, elle a soulevé son petit garçon par les pieds, la tête en bas, et elle l'a descendu doucement, jusqu'à ce que le bout de son nez effleure l'eau froide.

Le petit garçon est terrifié. Il croit que sa maman chérie va le noyer, il croit que sa maman chérie veut le tuer. Du coup, lui, il veut bien tout ce qu'elle voudra.

Car cette mère tortionnaire, cette mère imbécile, il l'adore. Il  continuera de l'adorer longtemps, même après ça. Mais dès lors une malédiction s'est installée en lui : l'adoration se double d'une défiance glacée. Quand on a au fond de soi ce noeud de vipères, cela ne vous prépare pas à éviter de trop voyantes contradictions dans les relations amoureuses ou amicales qu'on aura plus tard.

Le grand manitou  et son confrère (celui de Marseille) ne sont pas sa mère. Ils ne l'ont pas mis au monde. Mais ils lui ont sauvé la vie ; ils l'ont rendu à la vie ; ils lui ont fait ce cadeau royal de sept  (bientôt huit) années de vie. C'est pourquoi, à eux deux, ainsi qu'à tous les membres de leurs équipes qui l'ont aidé à se maintenir à flot, il se sent une reconnaissance sans réserve. Il les aime, sans réserve. Du moins le croit-il. Car cette reconnaissance qui ressemble à de l'amour, au fond de lui s'entrelace à une défiance glacée.

On passe sa vie à oublier à quel point on dépend des autres. à quel point on ne saurait exister sans les autres. Ce sont les autres qui, à chaque instant, et de mille et une manières, vous maintiennent à la surface du flot de la vie. Ces multiples liens de dépendance, c'est la chance et la malédiction de toute vie.

C'est ainsi que, depuis le premier jour de leur rencontre, elle n'a cessé, à chaque instant, de l'aider à vivre, d'illuminer  sa vie de sa présence d'ange de Roublev. Et quand, voici sept ans, la question de la survie s'est posée pour lui, elle a toujours été près de lui, affairée à aplanir les difficultés du quotidien.

Mais c'est maintenant son tour à elle. Cela s'appelle les séquelles d'un AVC. C'est le langage massacré. C'est la marche hésitante, presque impossible sans le secours d'une main, ou du déambulateur. Ce sont les mille et une difficultés du quotidien.

Il est devenu ce qu'on appelle un aidant, presque vingt quatre heures sur vingt quatre. Ce n'est pas une corvée, c'est une  joie-souffrance de tous les instants. Il est près d'elle ; il rit avec elle ; ils sont ensemble ; ils sont heureux.

C'est ainsi qu'il cède à l'appel d'une vocation que, jadis (ou naguère ?) l'ignorance, le peu de sensibilité, le manque d'imagination d'une mère avait failli faire taire en lui, pour toujours. Mais cette  vocation-là était peut-être, en lui, plus forte que tout.


( Posté par : L'aidé-aidant, avatar eugènique (parfois) contradictoire

lundi 7 août 2017

Du Galibier à l'Izoard à biclou (6)

Ah, la belle descente sur l'Argentière-la-Bessée ! C'est là qu'il est prudent de solliciter les freins du biclou. Quelle belle petite ville ! Et puis, c'est qu'on voit de loin l'entrée de la vallée du Fournel, qui sera notre prochain détour. Très resserrée d'abord, dans les parages des anciennes mines d'argent, exploitées depuis les Romains, puis s'élargissant confortablement, elle nous conduit ( à biclou, mais oui) loin à l'intérieur des montagnes, jusqu'à l'Ourmance, paradis du chardon bleu. Ensuite, c'est la haute vallée. Vues magnifiques sur les crêtes de Dormillouse. Le GR 541, qui l' emprunte, nous conduirait jusqu'au Pas de la Cavale, dans les parages du Sirac (voir chapitre précédent). Balade sans grande difficulté, un peu monotone peut-être. Sur la droite on peut monter (à biclou, mais il faudra forcer sur les pédales) au col de la Pousterle, qui ouvre sur les alpages de Puy-Saint-Vincent. Beau parcours forestier, surtout dans les hauts. Belles balades à partir du col.

Vallon du Fournel

Près du col de la Pousterle. Au fond, le Pelvoux

Retour à l'Argentière. Nous voilà à nouveau sur la RN94, plein pot vers Mont Dauphin. Mais qu'aperçois-je, à droite ? L'entrée de la vallée de Freissinières, que nous remonterons ( à biclou ! à biclou ! ) jsqu'au pied du plus charmant hameau des Hautes-Alpes : Dormillouse.

Dormillouse (1726 m)

Au-dessus de Dormillouse, on atteindra sans peine les lacs Palluel (2472 m) et Faravel (2386 m).

Lac Palluel

Lac Faravel
Beaucoup plus longue, par contre, sera, vers l'Ouest, la montée au col de Freissinières (2782 m), d'où l'on peut atteindre le lac des Estaris et Orcières-Merlettes.

Du col de Freissinières vers l'Est. Merci Geol.Alp
Mais il est plus que temps de rejoindre notre RN 94 !

(La suite au prochain numéro)

Posté par : Le bicloutier impénitent, avatar eugènique cycoltouristico-pédestre