mercredi 26 avril 2017

Changer les choses, ou la bêtise au quotidien

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Glané au vol aux informations télé matinales : selon un récent sondage, 47 % des Français estimeraient que seule Marine Le Pen désire vraiment "changer les choses".

Qu'est-ce qui, dans cette affaire, est le plus stupide ? La formulation même de la question ? Sans doute. Qu'un institut de sondage ait jugé bon de la soumettre aux sondés ?  Que ceux-ci aient accepté d'y répondre ? Qu'ils aient estimé pouvoir, en un mot ("oui" ou "non"), donner un avis pertinent ? Que les journalistes de la chaîne télé aient cru devoir relayer une information aussi insane ? Sans doute.

Changer "les" choses : ce qui est le plus stupide dans cette formule, c'est sans doute l'article défini. Si on avait demandé aux sondés si l'intéressée désirait changer "des" choses, au moins les aurait-on incités à faire l'effort de préciser de quelles choses au juste il s'agissait.

Changer "les choses"... Quelles choses au juste ? Les règles de l'économie ? Celles du droit du travail ? Celles du fonctionnement de la justice ? Les relations de la France avec l'Europe ? Le droit de la propriété ? Le mariage pour tous ? Le nombre de fonctionnaires ? L'impôt sur les sociétés ? L'ISF ? La censure sur la presse ? Le droit de manifester ? La législation sur la pêche à la ligne ? Etc etc... Etc. Changer les choses en gros, ou changer les choses en détail ? Changer toutes les choses ou n'en changer que quelques unes ? Comme si gouverner, ce n'était pas, de toute façon, changer les choses, en demi-gros ou au détail, et, de toute façon, au quotidien .

Que 47% des sondés estiment qu'une question aussi grossièrement formulée puisse avoir un sens et qu'ils croient pouvoir lui donner une réponse pertinente ne plaide pas en faveur de leur intelligence, témoigne en tout cas de leur irréflexion, en tout cas de leur hâte irréfléchie à répondre à n'importe quelle question, pour peu qu'elle leur soit soumise par des représentants des médias.

Changer les choses... Formulation grotesque. Et s'il n'y avait que celle-là. Mais nous baignons au quotidien dans un flot de questions stupides et de réponses aussi péremptoires que sommaires. Plus les questions sont sommairement formulées, plus les réponses sont péremptoires.

Une démocratie n'est saine et viable à long terme que si elle est protégée des formes les plus grossières et les plus dangereuses de la démagogie. Cela suppose une éducation suffisante des citoyens qui les prépare à leur rôle politique, au sens étymologique du terme. Education à l'information. Education à la réflexion. Les médias, sur ce terrain, ont un rôle majeur en contribuant à élever le niveau. A condition de s'évertuer à ne pas le tirer vers le bas en multipliant les formes les plus sottes d'un rapport démagogique à leur public.

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