dimanche 2 juillet 2017

Au revoir, Simone ! Une béatification laïco-médiatique

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Le déluge d'hommages médiatiques engendré par l'annonce du décès de Simone Veil m'a d'abord inspiré cette rafale de blagues rageuses et douteuses. Sur la fin ,je reviens à plus de sérieux. N'empêche qu'un peu plus de mesure dans l'hommage n'eût rien enlevé à la sincérité. Avons-nous donc tant besoin de pseudo-saintes laïques ?


A 89 balais, la VIEILle vient de casser sa pipe.
On va quand même pas nous en chier toute une pendule.
Mais si, mais si, c'est bien parti pour ça.

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Eh bien, j'y vais de ma pendulette, moi zaussi. On ne dira pas que l'événement m'aura laissé indifférent.

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C'est sûr que la mère Veil aura grandement oeuvré pour le progrès.
N'empêche que, question innovations, à l'IVG je préférerai toujours le TGV.

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C'est vrai qu'elle a inventé aussi le BCG. Grosse innovation, le BCG.
Et la CSG aussi, c'est elle ! Grosse avancée sur le terrain social, la CSG.
A propos d'avancée, n'étale donc pas tes nichons sur la table, Simone !

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C'est  sûr que le TGV a été une grosse avancée technologique, mais de là à cloquer la Simone au Panthéon ...
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Allez, en voiture, Simone !
-- Quelle voiture ?
-- La voiture balai. Celle qui porte le dossard 89.

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Vendredi : à l'annonce que la vieillarde (dont personne ne se souciait plus depuis des lustres) a tiré sa révérence, emballement médiatique sans précédent, émotion générale, rétrospectives, célébration quasi religieuse de la défunte. C'est à croire que, dans le reste du monde, il ne se passe rien.
Samedi : personne n'en parle plus. Dans la rue, je croise une connaissance et lui dis : " Vous savez que Simone Veil est morte ? -- Qui ça ? ". J'allume la télé, il n'est question que du Tour de France. C'est à croire que, dans le reste du monde, il ne se passe rien. La Simone elle aussi est passée à la trappe. Je suis un peu scandalisé. Décidément, dans ce pays, les occasions de communion nationale ne font pas long feu.
Et pourtant, la Simone, pour les gens de ma génération du moins, quelle référence ! quel flambeau à l'horizon de nos doutes ! C'est en lisant La Condition ouvrière que j'ai pu vérifier la justesse des analyses de Maurice Thorez. Les élans mystouiques de La Pesanteur et la grâce m'ont subjugué. Et  pour combien d'entre nous Mémoires d'une jeune fille rangée et Le Deuxième sexe sont des livres de chevet ? Sans oublier la carrière d'actrice de Simone :  Casque d'orL'Armée des ombresLe Chat  (où elle et Gabin nous offrirent un duo de vieux schnocks inoubliables), quels chefs-d'oeuvre !
Ah là là ... Adieu, Simone, et merci pour tout.

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-- Simone Veil est morte.
-- Ah ... l'auteur de Mémoires d'une jeune fille rangée...
-- Non. Celle-là, c'est Simone de Beauvoir.
-- Vous avez raison. Simone Veil, c'est celle qui joue dans  Casque d'or .
-- Non. Elle, c'est Simone Signoret.
-- Ah... bon. Ah oui : c'est celle qui a écrit : La Pesanteur et la grâce  !
-- Non. Elle, c'est Simone Veil mais avec un W.
-- J'y suis ! C'est  celle qui a fait le TGV !
-- Non. Elle, c'est l'IVG.
-- Bof ... TGV ...IVG..., c'est synagogue...

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Blagues moisies à part, la loi Neuwirth sur la contraception, la loi Veil sur l'IVG, c'était hier, et nous savons que les héritiers de ceux qui, à l'époque, s'opposèrent avec tant de rage et de haine, n'hésitant pas à la couvrir d'intolérables injures, à celle qui présentait cette loi libératrice n'ont pas désarmé. Le battage médiatique qui a suivi l'annonce de sa mort m'a fortement agacé, je l'avoue. Pourtant, il avait au moins la vertu de nous rappeler que le combat pour la liberté des femmes et pour leur égalité avec les hommes continue, même dans nos contrées relativement avancées sur ce terrain. Honneur donc à celle qui, naguère, le mena avec une exemplaire intransigeance.

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Au fait, Veil, Weil, Beauvoir, Signoret : elles sont, à peu de choses près, de la même génération, ces femmes libres et courageuses, exemplaires à tant d'égards. Honneur à elles !
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A matin, rencontré dans la rue une dame de ma connaissance. " Chère amie, que je lui dis, ôtez-moi d'un doute : cette Simone Veil dont on parle tant, c'est bien elle qui a lancé le TGV ? ". Elle me regarde, quelque peu interloquée, puis, réfléchissant, sourcils froncés : "Voyons, voyons ... le TGV , dites-vous...".
J'ai subitement compris que je ferais mieux de garder pour moi mes blagues à deux sous.

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Un quart d'heures plus tard, dégustant mon allongé à ma terrasse habituelle, je découvre la Une du Monde . Photo surdimensionnée de Simone. En dessous (je n'invente pas), le titre suivant : " Transports / Malgré la mise en service de deux nouvelles lignes, le TGV s'essouffle ".
Damned ! Heureusement qu'elle est  morte juste à temps pour ne pas avoir à lire ça !

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Sur le site de la République des livres, un contributeur se fend de ce commentaire particulièrement naïf ou niais (les deux sans doute) :

" Simone Veil mérite bien le Panthéon, non pas tant pour sa loi que comme représentante du Judaïsme, partie intégrante du génie français ".

On aimerait savoir en quoi consiste au juste le judaïsme de l'intéressée, en dehors du fait qu'elle est née Juive. A ma connaissance, pas plus que ses parents, elle ne pratiquait la religion de ses ancêtres. En quoi précisément le judaïsme de l'intéressée est-il partie intégrante du "génie français", entité problématique dont la recette est sans doute aussi introuvable que la pierre philosophale ? L'auteur de cette déclaration ronflante et creuse serait sans doute bien en peine de fournir une réponse précise et pertinente.

Que faut-il admirer au juste en Simone Veil ? Sûrement pas d'avoir eu la chance d'être revenue vivante des camps de la mort, à la différence des membres de sa famille qui y périrent. D'en être revenue vivante ne mérite aucunement notre admiration mais  toute la compassion dont nous sommes capables. En revanche, avoir su mobiliser toutes les ressources qui lui permirent de surmonter pareil traumatisme, cela mérite notre admiration. Beaucoup de rescapés des camps n'y parvinrent pas.

Quant à la loi sur l'IVG (1975), les éloges dithyrambiques de l'ancienne ministre de la santé de Giscard dont les médias nous ont abreuvés finiraient par nous faire oublier que, comme la loi Neuwirth sur la contraception (1967), cette loi répondait au souci de nos gouvernants de l'époque de rattraper le retard de la législation française sur les pays européens les plus avancés en la matière. Rappelons-nous que, dans les années 60, en France, une femme ne pouvait avorter que de deux façons, recourir aux services d'une faiseuse d'anges avec tous les risques que cela comportait, ou aller se faire opérer dans un pays européen qui autorisait la contraception (la Grande-Bretagne par exemple), à condition d'en avoir les moyens. Avant son entrée au gouvernement Chirac, Simone Veil ne fut pas, à ma connaissance, une militante féministe luttant pour le droit des femmes à la contraception et à l'avortement. Ce combat est à porter presque entièrement au crédit d' associations telles que le Planning familial. Cela n'enlève rien au courage et à la lucidité de Simone Veil dans son action pour faire adopter sa loi mais il ne faudrait tout de même pas faire d'elle la pasionaria féministe qu'elle ne fut pas ni la militante obstinée d'un combat qu'elle ne rejoignit, en 1975, que parce que Giscard et Chirac en avaient décidé ainsi. Ses positions en la matière furent celles, modérées, de la femme politique du centre droit qu'elle était.  Rappelons que, des années plus tard, elle participa à une manifestation de la Manif pour tous contre le mariage homosexuel.

De ce coup d'éclat de 1975, elle sut ensuite retirer brillamment les dividendes au long d'une carrière de notable de haut vol fort classique ( Conseil constitutionnel, présidente de l'Assemblée Européenne, Académie Française ). Je ne vois pas trop ce qu'il convient d'admirer là-dedans.

Elle a eu le mérite fort louable d'oeuvrer pour la pérennité de la mémoire de la Shoah.

Les personnalités de l'envergure de Simone Veil méritent autre chose qu'une admiration béate, approximativement fondée, autre chose qu'une espèce de canonisation hâtive engagée sous le coup d'une émotion largement convenue. Ce dont nous avons besoin, c'est de savoir qui furent précisément ceux dont nous pensons qu'ils ont quelque titre à notre reconnaissance.



Posté par : La Blague (moisie) à papa  , avatar eugènique subi

1 commentaire:

Anonyme a dit…

N'empêche qu'on a déversé des tombereaux d'injures sur elle quand elle a présenté sa loi sur l'IVG. Ne pas oublier cela quand on voit la médiatisation actuelle.