mardi 5 septembre 2017

Rendre la vie supportable

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" Travaillons sans raisonner, c'est la seule façon de rendre la vie supportable ", dit, à la fin du roman, un des personnages du Candide de Voltaire.

Je ne sais pas si travailler sans raisonner est la seule façon de rendre la vie supportable. Je doute même qu'elle soit la meilleure. Tout dépend évidemment de ce qu'on entend par "raisonner" mais je me demande ce que, du côté de F.O. ou de la C.G.T., on pense de cette façon de travailler, qui ressemble à celle du boeuf de labour.

Quoi qu'il en soit, ce qui est le plus important dans cette formule voltairienne, c'est moins la solution qu'elle propose que le problème qu'elle pose.  Ce qu'affirme Voltaire ici, c'est que la vie est insupportable tant qu'on n'a pas trouvé de moyens pour la rendre supportable.

Car enfin, regardons les choses en face : nés sans savoir pourquoi et sans l'avoir demandé, nous sommes promis, au terme de quelques années d'existence terrestre, à cette "fin miteuse " dont parlait Sartre, à laquelle préludent les souffrances de la maladie, de la déchéance, de la perte des êtres chers, etc. En attendant ce dénouement sans gloire, la plupart d'entre nous auront dû se battre, souvent sans grand succès, pour s'assurer une existence pas trop malheureuse et des conditions de vie à peu près décentes. Et encore avons-nous la chance (relative) de vivre sur un des rares coins de la planète où les humains accèdent, en majorité, à des conditions d'existence décente.

Aussi est-on fondé à se demander, avec Sophocle, s'il vaudrait mieux ne pas être né. Camus avait raison : le seul problème philosophique sérieux est celui du suicide. L'acharnement de toutes les sociétés, la nôtre comprise, à jeter l'opprobre sur le suicide et à interdire toute aide à ses candidats est révélateur de leur peur de voir un nombre trop considérable de leurs membres céder à la tentation.

Tout-à-l'heure, rangeant la vaisselle récemment lavée, je restai en contemplation devant un verre de cristal finement guilloché (c'est comme ça qu'on dit ?). Et je me disais que tout l'effort collectif de l'humanité, avait été, depuis la nuit des temps, de se rendre la vie supportable, par d'innombrables moyens, les uns très simples, très frustres même, les autres éminemment sophistiqués. Dans ce registre, du point de vue de la fin visée, l'art de langer un bébé vaut le message biblique et celui de guillocher (?) un verre de cristal vaut les plus hautes productions de la littérature et de l'art. C'est du moins mon sentiment.

Bien entendu, on ne peut pas dire que les humains aient collectivement réussi à rendre la vie pleinement supportable, ne serait-ce que pour avoir si souvent  cru que, pour se rendre la vie supportable, il fallait rendre celle des autres insupportable.

Quoi qu'il en soit, Voltaire, à la fin de Candide, pose fortement, avec raison, la nécessité de rendre la vie supportable. Rendre la vie supportable est l'objectif de tout art de vivre.

Quant à moi, je me dis que, pour rendre la vie supportable, il faut commencer par tâcher de se rendre sa propre vie supportable. Et pour y arriver (c'est du moins mon point de vue), une des conditions sine qua non est de tâcher d'aider les autres à rendre leur vie supportable. C'est d'ailleurs la base de toute existence sociale.

J'ai 77 ans, et je me dis que si, vers 20 ans et même avant, je m'étais fixé ce double  objectif, j'aurais perdu moins de temps et j'aurais évité un certain nombre de grosses erreurs que je passe mon temps à regretter. Mais enfin, il n'est jamais trop tard pour se réformer.

Rendre la vie supportable : tâche quotidienne, multiforme, infime et très haute, acharnée, sans cesse à reprendre, qui me renvoie inévitablement à mon rapport à moi et à mon rapport aux autres.

Rendre la vie supportable : c'est désormais mon mot d'ordre.

Quantum est in me .


Posté par : le Petit ratiocineur , avatar eugènique intermittent.

vendredi 1 septembre 2017

France 2 ou l'école de la vulgarité


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Actuellement, dans les séquences publicitaires de France 2, repasse en boucle une réclame particulièrement antipathique pour une firme de repas diététiques à l'adresse des gens qui se trouvent trop gros. Créneau porteur, dans un pays où les obèses représentent un pourcentage non négligeable de la population. D'une voix d'ado prépubère attardée, une greluche dont le visage lourdingue atteste qu'elle a abusé du maquillage nous informe que Marjolaine a perdu, depuis  un samedi qu'elle ne situe pas dans le calendrier, une bonne centaine de kilos, tandis que son haltère eh gros Dukhôn Dugland en a perdu deux cents depuis une date non précisée. " Et vous, nous apostrophe la  greluche, avec une agressivité vulgaire au possible,vous attendez QUOI ? " ; Eh ben, on attend de peser cinq cents kilos, ma brave grognasse.

Au cas où on attendrait de n'en peser que cent cinquante, la boîte nous promet sept jours de repas gratuits. Après, évidemment, ce sera différent. Pendant un moment, nos annonceurs nous ont même promis une remise de cinquante pour cent sur sept repas promis comme gratuits. Si je ne me trompe, cinquante pour cent de gratuit, ça fait zéro. Les concepteurs de la pub ont tout de même fini par saisir l'ineptie de la proposition et l'ont foutue au panier. Ouf !

L'après-midi, vers 17h, France 2, une chaîne décidément très branchée sur la question bouffe, sert à son public une émission appelée "Chérie, c'est moi le chef" : des couples y rivalisent d'habileté pour réaliser une recette de cuisine généralement pas facile. C'est le mari qui est aux fourneaux ; la femme lui donne ses directives depuis une cabine, par micro interposé. Cela donne à peu près : "Eh ben, qu'est-ce que tu attends pour découper tes radis ?... Mais, mais non ! pas comme ça ! Mais qu'est-ce qui m'a foutu une tourte pareille ! Mais qu'est-ce que t'attends pour l'y foutre dans ton chinois, gros naze ? "

Etc. De quoi vous  dégoûter du marida.

Cependant, l'avantage de cette émission sur la pub précédemment évoquée, c'est qu'elle ne se prend pas au sérieux et que son propos avoué est de faire rire, et non d'inciter les gens à casser leur tirelire.

Quoi qu'il en soit, si vous avez d'autres distractions pour vos après-midi, n'hésitez pas !



Posté par: Le petit gros ahuri, avatar eugènique télémaniaque