vendredi 8 décembre 2017

Mon adieu à deux gloires nationales

1482 -


On abuse ces jours-ci de l'hommage national, un peu trop pour mon goût, en tout cas. Je suis de l'avis d'une commentatrice de la République des livres, cet hommage délirant à l'idole des jeunes et des moins jeunes a quelque chose d'indécent au pays de Brassens.

J'ai 77 ans, étant né en 1940 ( le 9 mai, jour d'une catastrophe nationale, infiniment moins grave, il est vrai, que celle de la disparition de Johnny ).  Il est né en 1943. Nous sommes donc, à peu de choses près, contemporains. Or, à la différence de beaucoup de djeuhnes de mon âge, je ne me suis jamais intéressé à sa musique, à ses chansons pas plus qu'à sa personnalité ni aux épisodes de sa vie et j'ai plutôt traité tout cela avec un souverain dédain. Jusqu'au jour où j'ai appris qu'il était atteint d'un cancer du poumon, un des plus terribles, et je m'incline devant ses souffrances et celles de ses proches.

J'ai traité ailleurs Johnny de "rockeur braillard", exprimant par là mon peu de goût pour sa musique et ses performances vocales. Je me suis demandé d'où venait mon allergie, et je crois qu'elle tient aux références musicales du temps de ma jeunesse. A 17 ans, j'ai eu la chance de posséder un embryon de culture musicale assez solide. Je pouvais m'acheter des disques ; je disposais d'un poste de radio dans ma chambre. Dans le domaine de la musique classique, je connaissais déjà assez bien pas mal de choses. Surtout, j'étais un amateur passionné de musique noire américaine, blues et jazz. C'est pourquoi, un peu plus tard, au début des années soixante à Paris, je trouvais tout naturel et impératif de me précipiter à un concert de Ray Charles au Palais des sports, ou de Big Bill Broonzy, ou de Johnny Hodges. Une des rares chansons de Johnny qui me touche est d'ailleurs "Toute la musique que j'aime". A 17 ans j'admirais Brassens, Brel, Juliette Gréco ; un peu plus tard, Léo Ferré, Dutronc ; un peu plus tard, Souchon et Voulzy ;  plus tard seulement, Eddy Mitchell, dont j'ai toujours trouvé le répertoire bien plus intéressant que celui de Johnny. On comprend que celui-ci est toujours resté très loin du cercle de mes artistes préférés. Question de génération, de profil sociologique, de références musicales, de niveau d'exigence culturelle. L'idole des djeuhnes n'a jamais été bon pour moi que pour le vulgue homme pécusse. Snobinard, va.

Quant à l'autre héros national dont on célèbre ces jours-ci la mémoire, Jean d'Ormesson, je n'ai jamais lu une seule ligne de lui. Question de références littéraires. L'admirateur passionné de Marguerite Duras, de Claude Simon, de Robert Pinget, de Beckett, d'Ionesco, voire de Tournier, n'a jamais éprouvé la curiosité d'ouvrir un de ses nombreux ouvrages. Quelques comptes-rendus dans la presse m'ont suffi pour me faire un jugement. J'aurai sûrement perdu quelque chose, mais il est trop tard pour que je le révise. Et puis Michaux, c'est autre chose que Jean d'Ormesson.


( Posté par : Johnny Bigoudis, avatar eugènique hazebine )

Aucun commentaire: