jeudi 6 décembre 2018

Contre la pulsion de mort, oui à la pulsion de vie !

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Je viens de finir de lire Le Mal qui vient, de Pierre-Henri Castel (éditions du Cerf). L'auteur, sans fournir précisément ses raisons -- sans doute considère-t-il que chacun aujourd'hui sait à quoi s'en tenir -- affirme que la fin de l'humanité est proche. Nous faisons partie des dernières générations de notre espèce, avant l'apocalypse finale, que l'auteur situe, non pas dans quelques millions d'années, mais dans quelques siècles, trois ou quatre au mieux. Les effets sur les comportements individuels et collectifs de cet anéantissement de l'espèce seront catastrophiques : les derniers humains s'abandonneront à leurs penchants les plus cruels, les plus antisociaux, trouvant dans l'exercice du Mal, sous ses formes les plus abominables, les jouissances qu'un Bien désormais vaincu et inutile ne leur fournira plus. Ainsi triomphera cette pulsion de mort, découverte -- inventée -- par Freud et qu'il oppose à la pulsion de vie. Pierre-Henri Castel, psychanalyste de son état, n'a garde de l'oublier.

Pourtant, il ne faudrait pas sous-estimer la force de cette pulsion de vie, capable de contrebalancer à tout instant la violence de la pulsion de mort, même au moment où celle-ci paraît sur le point de tout submerger. Cette pulsion de vie, l'auteur l'évoque armée de griffes acérées et quelques peu sanglantes,  car ce n'est pas un pacifisme bêlant prêt à tendre la joue gauche qui permettra de faire reculer l'adversaire.

Je me figure qu'à chaque instant de notre vie pulsion de vie et pulsion de mort s'affrontent et que l'une, incessamment, l'emporte sur l'autre. La pulsion de mort est consentement à la mort, consentement souvent installé dans l'être depuis longtemps ; la pulsion de vie, je la vois comme un sursaut incessamment renouvelé, comme un choix violent, joyeux, exalté dans le moment présent.

A la table où nous dînons chaque soir, ma femme et moi, notre commensal est un septuagénaire affecté d'une toux grasse, crachotante, irrépressible, résultat d'années de tabagisme et de consommation d'alcool. Il nous avouait ce soir que, faute d'avoir été fourni en temps voulu de sa ration de clopes, il avait moins toussé et respiré mieux. Je lui ai donné le conseil suivant : la prochaine fois que vous serez sur le point d'avaler la fumée d'une cigarette, prenez celle-ci et jetez-la loin de vous, ou, mieux, piétinez-la avec rage en la couvrant d'imprécation, dans un accès de haine aussi joyeux que furibard. Ainsi triompherez-vous de cette pulsion de mort tapie en vous sous la forme du poison nicotinien, produit de ces industriels du tabac dont les profits sont inséparables de votre lente mise à mort, sans compter que vous pourrez consacrer à des achats plus heureux les sommes ahurissantes que vous déposez sur l'autel de la mort.

Je me suis avisé, ce disant, que l'attitude des pouvoirs publics à l'égard de la consommation de tabac ne manquait pas d'hypocrisie. La seule attitude véritablement saine et irréprochable serait de l'interdire purement et simplement ; au lieu de quoi, on prélève dans la poche du contribuables des sommes considérables sous la forme de taxes. Le pouvoir politique exploite ainsi -- ce n'est pas le seul cas -- la pulsion de mort dissimulée dans l'inconscient de chacun.

De taxes ? Tiens, tiens. sujet d'actualité s'il en est. L'hypocrisie de ceux qui nous gouvernent n'est pas moins grande quand ils dénoncent la violence des (de certains) gilets jaunes. Car enfin, cette violence, ce sont eux qui l'ont suscitée en exerçant sur le peuple une violence non moins grande. Car enfin, qui nous a demandé notre avis au moment de supprimer l'ISF, d'augmenter lourdement la CSG, puis d'inventer cette malencontreuse taxe "écologique" sur les carburants ? Les gilets jaunes (souvent des femmes chargées de famille) aux revenus plus que modestes veulent préserver les moyens financiers réduits qui leur permettent de vivre. De vivre, en somme de permettre à leur pulsion de vie de triompher sur la pulsion de mort, qui est renoncement, soumission et abandon passif au désespoir. Les promoteurs d'une fiscalité injuste, écrasante, sont au service de la mort et de la pulsion de mort.

En somme, dans son principe, la révolte des gilets jaunes me paraît des plus saines, en tant qu'elle est manifestation collective éclatante de la pulsion de vie, dans toute sa force.

Tout le problème, sans doute, dans notre société comme dans toute autre, reste à concilier la pulsion de vie des uns avec celle des autres. Si possible dans l'harmonie et dans la joie. On s'y met tous ?

mercredi 21 novembre 2018

La fin des manuscrits d'écrivains ?

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J'ai appris que la BNF avait acheté récemment une série de manuscrits d'écrivains célèbres, dont celui de Zazie dans le métro. Je doute que la cote de tous ces manuscrits réunis approche celle d'un dinosaure récemment exhumé des sables d'un désert des U.S.A., qui a largement dépassé le million d'euros en salle des ventes. Peut-être celle d'une des vertèbres de la bestiole ?

Pourtant le manuscrit d'écrivain fera bientôt figure de dinosaure d'un autre âge et la hausse de sa cote devrait suivre celle de sa rareté. La fin du XIXe siècle en aura sans doute sonné le glas. Quel écriveron se soucie aujourd'hui de coucher ses pensées au bic sur papier hygiénique non dentelé ? Prend-il seulement la peine de noter la succession des variantes du work in progress ? C'est peu probable. Nous n'aurons plus droit qu'à la version définitive. Ce sera triste car les variantes sont les seules traces de la maturation d'une oeuvre dans le cervelas de son producteur.

A moins que des écrivants, dédaigneux de droits d'auteur qui, de toute façon, resteront fort inférieurs aux revenus non déclarés d'un PDG de multinationale expert dans l'art de frauder le fisc, ne proposent sur la toile ces variantes successives aux intervenautes qu'ils autoriseront  peut-être même à proposer leurs propres variantes. On verrait là naître un genre littéraire nouveau.

lundi 19 novembre 2018

Faut-il soutenir les gilets jaunes ?


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C'est que je suis déjà un fervent supporter des gilets de flanelle, des jaquettes flottantes et des chaussettes noires. Ce serait par trop me disperser.

Et puis, cette couleur jaune, c'est pas beau. S'ils avaient choisi d'arborer des gilets rose fuschia ou vert amande, je me serais sans doute laissé séduire. Mais ce jaune, ça fait vraiment pisseux ; c'est pas une trouvaille.

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Il y a des gens qui soutiennent les gilets jaunes. Il y en a qui, sans les soutenir, les "comprennent". Quant à moi, je m'interroge. Depuis que j'écoute les explications que nous ont fournies M. Macron et son premier ministre, j'avoue qu'elles ne m'ont guère éclairé sur les justifications de ces nouvelles taxes sur les carburants. Leur raison d'être est, paraît-il écologique. Soit. Mais fallait-il s'obstiner à les maintenir, et même à les décider, en une période où toujours plus nombreux sont nos compatriotes qui se demandent comment ils vont parvenir à joindre les deux bouts jusqu'à la fin du mois ? Qu'est-ce qui est le plus important et le plus urgent ? Promulguer des taxes "écologiques" qui ne produiront leurs effets qu'à moyen terme (et encore) ou tâcher de protéger le pouvoir d'achat des Français les plus démunis ( soit la grande majorité d'entre eux). Macron  tient des discours de premier de la  classe et de technocrate averti, sans se soucier apparemment de savoir s'ils seront de nature à éclairer et à convaincre ceux auxquels il prétend les adresser. Son discours se veut pédagogique, mais la première vertu d'une pédagogie, c'est d'être adaptée à son auditoire. On en est loin.

Et puis, si l'on veut éviter de faire descendre dans la rue des gens furieux des mesures qu'on veut leur appliquer, il existe pour cela une disposition dans notre Constitution : le referendum. On me dira qu'organiser un referendum pour une simple histoire de taxes sur les carburants, c'est se compliquer la vie pour pas grand-chose. Mais peut-être notre pratique du referendum est-elle désuète à l'époque d'internet et du numérique tous azimuts. Pourquoi ne pas installer, dans chaque mairie, un ou plusieurs guichets électroniques auxquels des cartes d'électeur new-look (sur le modèle des cartes bleues) donneraient accès. On pourrait ainsi multiplier à moindre frais les occasions de recourir au referendum. Un gouvernement projetant de prendre des mesures dont il craindrait l'impopularité pourrait se prémunir contre les conséquences nuisibles d'une décision trop rapide en soumettant son projet à l'avis des électeurs, dans un délai suffisant : êtes-vous d'accord pour que soient instituées ces nouvelles taxes sur les carburants ? Voici nos raisons. Vous avez un mois pour donner votre avis. Si le résultat du vote était négatif, on s'abstiendrait. Après tout,  dans une démocratie, c'est le citoyen qui décide. On ne voit pas pourquoi on exigerait de lui une confiance aveugle et une morne obéissance à un président élu pour cinq ans, sous prétexte qu'on l'a élu.

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Additum  ( 30 novembre 2018)  --

Décidément, je ne soutiens pas les gilets jaunes, même si, comme d'aucuns, je les "comprends". C'est que ce mouvement à peine organisé a multiplié, depuis son apparition, les dérapages plus ou moins graves, et que trop nombreux sont ceux de ses membres qui se sont mis, à diverses occasions, et de diverses façons, hors-la-loi, et aussi en dehors des règles écrites et non écrites qui régissent la vie en société, qui plus est, dans une société démocratique. Comme tous les citoyens de ce pays, je vis en paix avec mes concitoyens, grâce à des règles et des lois inséparables des institutions  qui permettent le bon fonctionnement de notre démocratie. Les violer quotidiennement et massivement met gravement en danger l'existence même de cette démocratie et la possibilité du vivre ensemble. Que l'actuel gouvernement ait, jusqu'ici, traité sans intelligence les revendications des gilets jaunes est une chose, mais il existe, pour contester sa politique, des procédures prévues par la loi.

Je respecte les lois de mon pays et j'attends de mes concitoyens qu'ils les respectent aussi. Les gilets jaunes, qui ne les respectent pas, ne peuvent donc, selon moi, être soutenus.

J'ai entendu l'autre jour à la radio que près de 50% des Français ne saisissaient pas la raison d'être de l'impôt. Si la chose est vraie, ce serait le signe d'un recul effarant de l'esprit civique, conséquence d'un recul encore plus effarant du minimum de culture politique qu'on est en droit d'espérer des citoyens dans un pays civilisé. Rappelons à ceux que gêne le mot "impôt" qu'il a un synonyme : "contribution". Les contribuables sont des contributeurs à l'effort collectif. Que leur contribution soit proportionnée à leurs ressources est inséparable de la justice sociale : c'est peut-être ce que l'actuel gouvernement a, de plusieurs façons, ignoré.

Peut-être une bonne façon de sensibiliser à l'utilité de l'impôt ceux qui la nient serait-elle, d'une part, de les exempter d'impôt, et d'autre part, parallèlement, de les exclure de toutes les formes d'aide sociale qui n'existent pas sans l'impôt. Je vois d'ici la tête furibarde qu'ils feraient.

En attendant, vive l'instruction civique, et pas seulement pour les jeunes scolarisés. Reconnaissons toutefois que l'actuel gouvernement, qui nous a tant parlé de pédagogie, n'a vraiment jusqu'ici guère brillé dans ce domaine.

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Additum  ( 30 novembre au soir) --

Comme il serait aisé, quand on y songe, de mettre fin à la crise des gilets jaunes et de rétablir du même coup l’ordre et la paix sociale dans ce pays. Un petit groupe d’hommes d’accord entre eux et résolus à prendre le petit lot de décisions qui s’imposent ( on devinera aisément à qui et à quoi je pense) y suffirait. Le sieur Macron s’est définitivement déconsidéré par son absence de sens politique et son obstination. Par chance, il se trouve ce soir loin de la France. Il faut que ceux et celles qui en ont la possibilité grâce à leur place dans nos institutions politiques saisissent cette occasion sans perdre un instant. Demain matin, tout ébaubis, les citoyens de ce pays apprendraient par les étranges lucarnes la fin de la crise mais aussi celle du régime présidentiel de la Ve République. L’entrée en scène des forces armées dans le cadre de l’état de siège suffirait à rétablir l’ordre sans violences, ou presque. C’est l’issue que je souhaite de tout mon coeur de citoyen aimant son pays. Je crois que je vais rêver cette nuit d’un conseil des ministres impromptu au cours duquel, Edouard Philipe ayant été mis en minorité, l’incapacité mentale de l’actuel président ayant conduit à sa destitution, le général de Villiers ayant été nommé chef d’état-major de nos armées, les bonnes décisions seraient prises. Putsch (presque) parfaitement légal, en somme. Dieu des chrétiens, si tu permets cette issue, je jure de croire en toi !

Traiter le problème des gilets jaunes

1533 ---


J'ai vivement apprécié les propos d'Edouard Philipe sur la  2 à 20 heures dimanche. Maintenant les positions du gouvernement, il n'a pas cédé un pouce de terrain. On s'en félicite, pour l'instant. Cependant, si les gesticulations des gilets jaunes se poursuivent et, sans doute, s'aggravent, il va bien falloir se résoudre à leur casser la gueule, en donnant la troupe, ne serait-ce que pour éviter que des citoyens lambda justement indignés ne s'en chargent. Il n'y a pas qu'aux Etats-Unis qu'on décroche les fusils du râtelier quand cela devient vraiment nécessaire. Une guerre civile commence quand les uns ne considèrent plus les autres comme leurs compatriotes ni leurs concitoyens et réciproquement, mais seulement comme de foutus salauds à éliminer. Tirer dans le tas devient alors pour les membres des deux camps une incomparable source de plaisirs.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie
N'ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie.

Mais rassurons-nous : la hardiesse, comme l'appétit, vient en mangeant.

L'avantage de ces gilets jaunes, c'est qu'ils désignent à tout un chacun ceux qui les portent comme des cibles de choix et aisées à atteindre. Je m'étonne que quelques citoyens, isolés ou en groupe, n'aient pas encore ouvert le feu. surtout que, leurs barrages continuant d'être maintenus après la tombée de la nuit, il devient possible de contourner les manifestants sans grand risque pour en aligner quelques uns tout en se ménageant une retraite sûre. Je possède pour ma part des fusils et armes de poings en excellent état et j'ai dû me raisonner (me raisonner!) plusieurs fois ces jours derniers pour renoncer à partir en chasse. Et puis seul, c'est moins drôle. Il faudrait que je me trouve quelques joyeux partenaires. On se répartirait les cibles. moi, je me chargerais des femmes.



Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoi qu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C'est l'Ennui ! -- l'oeil chargé d'un pleur involontaire
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
-- Hypocrite lecteur, -- mon semblable, -- mon frère !








vendredi 16 novembre 2018

Vive les gilets blancs !

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Je l'avoue, je suis un fervent partisan du mouvement des gilets jaunes. mais, tout désireux que j'étais de leur manifester ma sympathie, je n'ai pu joindre aucun responsable. Heureusement, j'ai remarqué que les membres du mouvement arboraient leur fameux gilet sur leur tableau de bord, ce qui permettait de les repérer aisément.

Je me suis donc rendu en ville ce matin et ai prospecté plusieurs grands parkings, après avoir fait l'emplette d'un lot de gros feutres indélébiles  et de bombes de peinture. Puis j'ai orné les carrosseries de véhicules ornés du gilet en les couvrant d'inscriptions enthousiastes à la gloire du mouvement ( "Il faut tuer Macron", "Brûlons la Préfecture", "Ecr... les flics", etc.), de caricatures de Macron, j'en passe et des meilleures. Dans l'excès de ma ferveur, j'ai bien dû balancer quelques coups de talon dans les portières et quelques coups de poinçon dans les pneus, mais c'est secondaire. En une matinée, j'ai pu traiter une bonne cinquantaine de véhicules.

Ce serait drôle si d'autres enthousiastes suivaient mon exemple.

Vive les gilets jaunes !

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Disciple d'Epicure, je me demande si casser la gueule à un gilet jaune est un plaisir naturel et nécessaire, un plaisir naturel mais non nécessaire, ou un plaisir ni naturel ni nécessaire. Un plaisir à coup sûr, certes, pour beaucoup  de mes compatriotes. C'est pourquoi je conçois qu'ils souhaitent de tout leur coeur que demain, ça saigne abondamment et que bon nombre de gilets jaunes restent au tapis. Et que ce ne soient ni la police ni l'armée qui fassent le travail mais des citoyens légitimement exaspérés comme ils le sont eux-mêmes. Après tout, le mouvement des gilets jaunes semble spontané : un mouvement anti-gilets jaunes -- le mouvement des gilets rouges par exemple -- ne le serait pas moins. C'est ainsi que débutent les guerres civiles. En tout cas, voir nombre de ces affreux gilets jaunes virer au rouge sang, quelle volupté ce serait peut-être pour un épicurien confirmé .

J'en doute.  Les plaisirs nés de de la haine sont incontestables. mais la haine est une passion, sans doute la plus violente de toutes, dont les effets sur l'âme sont comparables à ceux d'un alcool très fort. Or, comme toutes les passions, la haine génère chez celui qui s'y abandonne troubles et souffrances, l'éloignant donc d'autant de cet état d'ataraxie qui doit être le but du sage. Comment donc se prémunir contre la haine, comment éloigner de soi ce breuvage impur et toxique dans un monde où les brandons du proche incendie couvent incessamment sous les cendres du précédent ?

En fait, la sagesse épicurienne, telle du moins que je me la figure, consiste à se tenir à distance de la vulgaire agitation d'un monde au sein duquel nous sommes, bon gré mal gré, contraints de vivre. J'avoue que si l'agitation des gilets jaunes était réprimée dans le sang, au fusil d'assaut, à la mitrailleuse, au bazooka, j'en aurais peut-être (qui sait...) un plaisir extrême, que j'aurais cependant la décence et la prudence de garder pour moi. Divertissons-nous à petit bruit, à l'instar du Dom Juan de Molière au cinquième acte. Mais pour que cette éventualité prenne vraiment forme, il y faudrait sans doute un coup d'Etat qui jetterait à la poubelle nos actuelles institutions démocratiques et la Déclaration des Droits. Je n'y verrais certes aucun inconvénient. Mais il ne semble pas que le mollasson Macron ait envisagé cette option. Il en est à s'excuser d'avoir été aussi piteux. Ce n'était vraiment pas la peine d'avoir cultivé pendant des années, en bon technocrate qu'il est, un mépris de fer pour la populace que l'élite, dont il fait partie, a pourtant eu, depuis toujours, la vocation de mener droit, fût-ce à la schlague. Il n'aura pas eu le courage d'assumer celui qu'il est, tant pis pour lui et pour nous.

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Une morte en Savoie et quelque 200 blessés : bilan modeste encore mais qui peut encore être amélioré. Le combat n'est pas terminé. D'aucuns (je n'en suis pas) saluent les courageux automobilistes qui ont  tenté de forcer les barrages, et notamment cette mère de famille qui a expédié une manifestante chez Saint Pierre, voir si des fois il porterait un gilet jaune. Quant à moi, je me suis borné à taguer au total une bonne centaine de véhicules arborant sur leur tableau de bord le fameux gilet. Leurs propriétaires en seront pour les frais de remise en état.

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Avis à mes concitoyens intéressés : je lance ce soir le mouvement des gilets blancs. Blanc écru : on est écolo ou on ne l'est pas. Les gilets blancs se donnent pour consigne de promouvoir la sagesse épicurienne sous la forme la plus pacifique et amicale qui soit. Certains objecteront que ce qui précède peut donner l'impression que je ne suis pas la personne la plus qualifiée pour lancer ce mouvement. Il n'empêche : on peut toujours progresser sur la voie de la sagesse. Et je donne l'exemple, en lançant cette proclamation solennelle : la paix soit sur les gilets jaunes !

Dès demain, je la tague en série sur leurs bagnoles !



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mercredi 14 novembre 2018

La meilleure défense contre l'antisémitisme (et d'autres aberrations)

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Je suppose que, pour un antisémite,  son antisémitisme est une source de plaisirs. Casser du Juif est pour lui une source de ces plaisirs spécifiques. Ainsi, l'attentat de Pittsburgh a-t-il dû le jeter dans la jubilation.

Je me considère comme un modeste disciple d'Epicure. On sait que, pour les épicuriens, la recherche du plaisir est fondamentale. C'est le but de la vie. Mais Epicure distingue trois sortes de plaisirs : les plaisirs naturels et nécessaires, les plaisirs naturels et non nécessaires, les plaisirs non naturels et non nécessaires. Il conviendrait que le sage s'en tienne aux premiers, et, s'il n'y parvient pas, à tout le moins aux deux premiers des trois ; mais qu'il s'abstienne rigoureusement, en tout cas, des plaisirs qui ne sont ni naturels ni nécessaires, car ils sont inévitablement une source de troubles et de souffrances.

A l'évidence, les plaisirs de l'antisémitisme ne sont ni naturels ni nécessaires car, si c'était le cas, tous les humains en éprouveraient le désir, en tant que plaisirs naturels, comme ceux de manger à sa faim, apaiser sa soif, se prémunir du froid ; or ce n'est manifestement pas le cas. Le sage doit donc s'en abstenir, comme d'une inévitable source de troubles et de souffrances. Le sage ne saurait donc être antisémite (entre autres aberrations -- elles sont nombreuses --).

Il est une autre valeur fondamentale de l'épicurien qui le prémunit de l'aberration antisémite : l'amitié. Sans elle, pas de plaisir de vivre.  L'amitié, source des plaisirs les plus naturels et les plus nécessaires qui soient. L'épicurien reconnaît en lui comme primordiale la disposition naturelle à l'amitié. Cette disposition s'adresse, en principe, à tous les humains. Cela ne veut pas dire que l'épicurien s'écriera, à l'instar d'un personnage de Molière : "Messieurs, ami de tout le monde !", mais il sera l'ami sincère de tous les humains qui manifesteront envers lui des dispositions amicales sincères. Il ne sera donc pas l'ami de tous les Juifs ; pour des tas de raisons légitimes, il refusera son amitié à certains d'entre eux, comme à bien d'autres humains ; mais il proposera son amitié à la plupart d'entre eux, comme à la plupart des humains. Mais, en tout cas, il s'abstiendra de nouer des amitiés fondées sur la culture d'une haine commune.

Etre à la fois épicurien et antisémite est donc rigoureusement impossible. L'antisémitisme est une des nombreuses aberrations dont la sagesse épicurienne nous prémunit rigoureusement, comme elle nous prémunit de toutes les passions qui sont source de troubles et de souffrances, et parmi elles, au premier chef, la haine. La haine : de toutes les passions la moins compatible avec la sagesse épicurienne.



mardi 13 novembre 2018

La fin d'Israël

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J'ai rêvé qu'à la suite d'une illumination collective, la population israélienne se convertissait massivement à l'Islam. Baptisé P.M.U. (Palestine Musulmane Unifiée), le nouvel Etat s'apprêtait à jouer un rôle régional de premier plan. Malheureusement, la moitié de la population s'étant ralliée au sunnisme et l'autre au chi-isme, ça tournait tout de suite mal. N'empêche : Netanyahou recyclé en Mohammed ben Mohammed, c'était farce. J'en ris encore.


dimanche 11 novembre 2018

Deux volets d'une vie

                                               

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Curieux que le destin du sieur Pétain se résume à deux guerres et à deux séquences de quatre années chacune : 1914/1918 et 1940/1944. Dans la seconde, le vainqueur de Verdun se retourne en vieille catin d'Adolf Hitler. Du Général Pétain au Maréchal Putain ... Curieux aussi que les noms des deux villes résumant ce destin-- Verdun et Vichy -- commence par un V : du V de la victoire au V de la vidange ?


                                                 1914-1918  :  Général Pétain

                                                 1940-1944  :  Maréchal Putain


Le vainqueur de Verdun ? Les vrais vainqueurs de Verdun, ce sont tous ces morts qu'on honore aujourd'hui.

dimanche 4 novembre 2018

L'antisémitisme, complot contre l'Amérique ?

1529 ---


Le récent attentat de Pittsburgh a ravivé les craintes d'une recrudescence de l'antisémitisme aux Etats-Unis. Selon Maurice Samuels, professeur à l'Université Yale, les agressions contre des Juifs ont augmenté de près de 60% entre 2016 et 2017. Il analyse les causes du phénomène dans un article publié dans Le Monde du 1er novembre 2018. La politologue Célia Bertin, de son côté, y décrit la résurgence de la violence politique dans un pays où de multiples déclarations du président en exercice n'ont cessé de jeter de l'huile sur le feu.

" Aux Etats-Unis, l'antisémitisme n'est pas mort ", écrit Maurice Samuels. Au vrai, y est-il jamais mort ? Sa persistance et la violence de ses manifestations, au moins depuis le  début du XXe siècle, n'ont guère à envier à ce qui s'est passé dans les divers pays d'Europe occidentale, et pour des motifs tout-à-fait semblables. On observe une recrudescence particulièrement forte aux approches de la Seconde Guerre mondiale : les Juifs sont accusés de pousser à la guerre un pays qui n'y aurait que trop à perdre. En 1940, à l'instigation du sénateur Burton K. Wheeler, est créée la ligue America First, dont le président Trump a récemment repris le mot d'ordre. Ses membres se posent en partisans de la non-intervention et dénoncent régulièrement les Juifs comme fauteurs de guerre.

A l'époque, parmi les antisémites les plus virulents et les plus influents, on compte notamment le magnat de l'industrie Henry Ford, les prédicateurs catholiques Charles Coughlin et Gerald L.K. Smith, ou Fritz Kuhn, leader du Bund, organisation nazie qui compta jusqu'à 25 000 membres, etc.

A cette période troublée, Philippe Roth a consacré en 2004 un de ses meilleurs romans, Le complot contre l'Amérique ( The Plot against America ). L'oeuvre est singulière et particulièrement excitante car il s'agit d'une uchronie ( un récit remplaçant les événements historiques réels par d'autres, inventés ). Roth imagine qu'aux élections de la fin de l'année 1940, Roosevelt, qui avait fait campagne comme adversaire résolu du nazisme et du fascisme, est battu par Charles Lindbergh, le célèbre aviateur, qui le premier traversa l'Atlantique sur son Spirit of Saint-Louis.

Or Charles Lindbergh est connu pour son admiration pour Adolf Hitler et le nazisme. IL a fait plusieurs séjours en Allemagne et a été décoré par Goering en 1938 pour services rendus. Même si son attitude envers les Juifs est loin d'être aussi hostile que celle d'un Henry Ford, il les dénonce régulièrement comme fauteurs de guerre. Arrivé au pouvoir, il ne tarde pas à donner des gages aux nazis : signature d'un pacte de non-agression avec Hitler, réception en grande pompe de Ribbentrop à la Maison Blanche. Il prend une série de mesures d'une inquiétante ambiguïté à l'égard des Juifs dont elles semblent viser à saper la cohésion. Cela s'accompagne dans le pays d'une montée des déclarations et actes antisémites qui culmine à la fin de l'année 1942, lorsque Lindbergh disparaît à bord de son avion personnel. Le vice-président Wheeler dénonce clairement les Juifs comme coupables de cette disparition. On procède à des arrestations de personnalités juives, dont certaines étaient pourtant associées de près au pouvoir de Lindbergh, et des pogroms antisémites se déchaînent dans tout le pays. Heureusement pour les Juifs et pour les Américains, Roosevelt est réélu président à la fin de l'année 1942.

Ce dénouement en forme de happy end n'est sans doute pas la trouvaille la plus heureuse du romancier. Elle s'accompagne d'autres inventions peu vraisemblables, comme le déplacement à la fin de l'année 1942 de l'attaque de Pearl Harbor par les Japonais, attaque qui donna le signal de l'entrée en guerre des Etats Unis aux côtés des Alliés. Roth aurait été mieux inspiré, à mon avis, de laisser son lecteur, à l'instar des personnages du roman, dans l'expectative et dans la crainte de ce qui risquait d'arriver, avec un Lindbergh toujours au pouvoir et des antisémites toujours plus influents et actifs.

L'essentiel du  roman décrit les effets de ces événements et de cette atmosphère sur une famille juive de Newark, banlieue de New-York où  vit une importante communauté juive. Cette  famille est celle de Philip Roth, âgé de neuf ans en 1942 et narrateur de l'histoire. Bien sûr, c'est un Philip Roth septuagénaire qui raconte, mais le narrateur semble encore très proche du gamin qu'il a été et que j'aurais pour ma part tendance à considérer comme un surdoué assez exceptionnel.

La force, l'intensité et la beauté du  roman, son pouvoir d'emporter la conviction tiennent certainement au  fait que la narration repose sur des souvenirs d'enfance encore très vifs. J'ai beaucoup admiré la précision concrète d'un récit qui entremêle autant d'informations avec une rigoureuse clarté, fait vivre avec autant de vraisemblance et de présence les personnages ( le père et la mère de Philip Roth, son cousin Alvin, la tante Evelyn etc. ). La vigueur et la verdeur d'une écriture qui donne une large place à l'humour sont pour beaucoup dans la réussite de l'ensemble et dans le plaisir qu'on prend à la lecture.

Dans une ambiance d'inquiétude virant à l'angoisse et à la peur hystérique, les uns et les autres affichent  leurs choix personnels. Le père exprime avec force son amour pour sa patrie américaine et sa fierté d'être citoyen américain qu'il concilie sans problème avec son attachement à son identité juive et à sa communauté. La politique menée par Lindbergh lui paraît une trahison des idéaux inscrits dans la Constitution des Etats-Unis. Son neveu Alvin en vient au contraire à renier violemment cette identité juive au cours d'un affrontement avec son oncle qui tourne au pugilat sanglant. La tante Evelyn, quant à elle, soutient, aux côtés de son mari, le rabbin Bengelsdorf, une politique dont le but affiché d'assimilation des Juifs à la société américaine dissimule sans doute une démarche de rejet.

Ainsi, à travers les réactions des uns et des autres se trouve posée, au coeur du roman, la question de la situation individuelle et collective des Juifs américains dans un pays travaillé depuis toujours par des tentations antisémites qui connaissent un regain de vigueur exceptionnel dans le contexte d'une crise politique et géopolitique elle-même exceptionnelle.

Travaillé par l'angoisse engendrée par un climat d'antisémitisme de plus en plus agressif, au coeur du désordre des  réactions violemment contrastées des membres de sa famille, l'enfant qu'était Philippe Roth en vient, dans les dernières pages du roman, à envisager de fuguer loin de chez lui pour rejoindre dans le Nebraska le refuge créé par le père Flanagan pour venir en aide aux enfants abandonnés :

" Le père Flanagan leur tenait lieu de père à tous, sans distinction de race ou de confession. la plupart d'entre eux étaient catholiques, certains protestants, mais il y avait aussi quelques petits Juifs nécessiteux, cela je le savais par mes parents, qui comme des milliers d'autres familles américaines avaient regardé le film (1) la larme à l'oeil et faisaient depuis un don annuel autant qu'oecuménique au Village des Garçons. Du reste je ne me présenterais pas comme Juif en arrivant à Omaha. je dirais -- m'exprimant enfin à voix haute -- que je ne savais pas qui j'étais ni d'où je venais. Que je n'étais rien ni personne  [...] "

Mon nom est Personne. Comment échapper à la haine et à la violence meurtrière qu'elle engendre autrement qu'en rejoignant l'utopie d'une société où l'on ne demanderait pas constamment à chacun de décliner son appartenance à un groupe défini par ses caractères raciaux, ethniques ou religieux ?

On connaît la triple question -- qui n'a pas seulement une visée métaphysique -- posée par Pascal dans les Pensées : " Que sommes-nous ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ". 

A quoi un autre philosophe non moins sagace répondit un jour :

" Je suis moi, je viens de chez moi, et j'y retourne ".

C'est bien suffisant.

En tout cas, le questionnement posé par Philip Roth dans ce roman paru en 2004 reste absolument actuel.


Philip Roth ,   Le complot contre l'Amérique   ( Gallimard )

Philip Roth,   La tache   (Gallimard )

Pierre Dac ,   Mes pensées


(1)  Des Hommes sont nés,  avec Spencer Tracy




dimanche 28 octobre 2018

Noces barbares à Pittsburgh

1528 ---


Pittsburgh.  Un fanatique crible de balles des Juifs réunis dans une synagogue, où l'on procédait à une circoncision. Pratiquée rituellement sur des enfants hors d'état de donner un consentement valable, la circoncision, comme l'excision, est un crime. Un crime de sang.

A Pittsburgh, le sang s'est mêlé au sang. Noces barbares. La violence appelle la violence. Le crime appelle le crime. La barbarie appelle la barbarie. Le sang appelle le sang.

lundi 15 octobre 2018

Une belle saison pour les champignons

1526 ---


D'aucuns racontent que, faute de pluies suffisante, on manquera de champipis cet automne.

Je m'inscris en faux contre cette ânerie.

La preuve : ce bolet de taille exceptionnelle.

Hauteur : 2m20

Largeur : 1m50

De quoi se préparer une belle omelette pour 4.



dimanche 14 octobre 2018

Canonnisons le Pape

1525 ---


Le 10 octobre dernier, le Pape François a déclaré qu'avoir recours à l'avortement était assimilable au recours à un tueur à gages.

Pour avoir carillonné une des plus belles çonneries de l'année, je propose de canonniser le Pape François.

Dans le cul, au 75 sans recul.

A blanc, bien entendu : couleur favorite du vieux niais.



dimanche 7 octobre 2018

#balancetonchat

1525 ---


A matin, prétextant une pluie diluvienne et sa prétendue incapacité à se servir d'une litière, Monsieur Bébé (c'est son nom !) a pissé dans la véranda.

Je le hais !

Aidez-moi !



vendredi 5 octobre 2018

On a les héros nationaux qu'on peut

1524 ---


Après le braillard Johnny, c'est au tour du crooner Aznavour de recevoir les honneurs nationaux, avec présence et discours de l'ineffable macaron. La France de ce début du XXIe siècle se reconnaît dans les zéros qu'elle peut. Il est décidément bien fini le temps où ce pays célébrait en grande pompe un Victor Hugo ou, à la rigueur, un Malraux. Les écrivains de l'envergure d'un Camus, d'un Sartre ou d'un Claude Simon se sont fait la malle depuis belle lurette. Peut-être un jour un Modiano ? En attendant, nous n'avons plus à nous mettre sous la dent que des producteurs de rengaines. Line Renaud bientôt au Panthéon ? Il est vrai que l'Académie Nobel a couronné Bob Dylan, et c'est vrai que la chansonnette, c'est aussi de la poésie, et souvent d'excellente qualité. Et c'est vrai qu'une seule chanson d'Aznavour laisse loin derrière elle les oeuvres complètes d'un Bernard-Henry Lévy. Mais enfin, au braillard Johnny ou au crooner Aznavour, j'ai toujours préféré Brassens, Brel ou Léo Ferré qui, eux, n'eurent droit à aucun hommage national. C'est ma préférence à moi, comme chante un autre de mes préférés.

Mais quoi : le nonagénaire Aznavour dans la cour des Invalides, cela vaut tout de même mieux que le dernier de nos jeunes soldats tués au Mali ou ailleurs. Faites l'Aznamour, pas la guerre.

lundi 24 septembre 2018

Le nom de Zemmour : une insulte à la France ?

1523 --


" Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît "  (Michel Audiard)


Sur un plateau de télévision, Eric Zemmour a déclaré à l'animatrice Hapsatou Sy que son prénom était " une insulte à la France ".

L'intéressé n'en est pas à sa première énormité, ayant déjà été condamné en justice pour incitation à la haine raciale. Ses propos récents ont en tout cas soulevé une vague d'indignation, en particulier parmi les journalistes du Figaro, qui emploie Zemmour comme chroniqueur.

Eric Zemmour aurait pourtant dû, avant de les tenir, se rappeler qu'il fut une époque, pas très lointaine, où le patronyme de Zemmour était très officiellement considéré comme une insulte à la France. Le porter vous valait d'être mis à l'écart de la communauté des Français, avant de recevoir son ticket d'accès aux chambres à gaz.

Tout de même, qu'un Juif tienne des propos dignes d'un Nazi, cela laisse rêveur. Passe encore s'il réserve à ses proches ses insanités, mais qu'il les profère publiquement dans les médias, sans être aussitôt mis sur la touche avant d'en répondre devant la justice, voilà qui pose problème.

Les propos plus récents de Zemmour sur Pétain et les Juifs, sur Maurice Audin, achèvent de le poser en tenant des positions de la droite la plus réactionnaire, la plus obtuse, la plus simpliste, la plus dédaigneuse de la réalité des faits, la plus nostalgique des choix les moins défendables de gouvernants d'une époque récente. C'est à peu près à quoi se résume l'intérêt du personnage.


On lira avec profit les textes de Guy Sorman, de Tania de Montaigne et de Gérard Noiriel, très éclairants sur le cas Zemmour, dans Le Monde du 30 septembre 2018.

La seule question qui importe  est de savoir quelle proportion de citoyens français se reconnaît dans les opinions de Zemmour. Le danger des connards de son espèce, c'est qu'ils font bloc. On voit ce que ça a donné au plan politique, par exemple dans les présidentielles aux Etats-Unis, et plus récemment au Brésil.

Zemmour m'apparaît comme un spécialiste du bullshit, tel que l'a défini Harry Frankfurt dans l'Art de dire des conneries. Jean-François Marmion, dans Psychologie de la connerie, décrit ainsi le bullshit :

" Le bullshit est un type de discours qui consiste littéralement à dire n'importe quoi, sans se soucier de savoir si c'est vrai ou faux. La forme typique en est le bavardage, mondain ou du café du commerce, mais qu'on rencontre le plus souvent dans le journalisme et la publicité. Le bullshitter est celui qui "dit des conneries", raison pour laquelle le livre de Frankfurt a été traduit par L'Art de dire des conneries. mais pratiquer le bullshit n'est pas faire, ni même dire des choses absurdes ou connes. C'est mépriser systématiquement non seulement les règles du vrai et du faux, mais la valeur du vrai lui-même. Frankfurt insiste sur le fait que le bullshitter n'est pas un menteur, car le menteur respecte la norme du vrai et en a besoin pour accomplir son mensonge. Le bullshitter au contraire n'en a cure. Mais il est tout sauf con, ou producteur de connerie. Il est au contraire intelligent, mais il se fout de la vérité. C'est pourquoi il est plus approprié de désigner le bullshit par le terme de foutaise."

dimanche 16 septembre 2018

Aussaresses = Barbie

1522 --


L'EHPAD que je fréquente régulièrement accueille deux anciens soldats de l'armée française qui, tous deux,  participèrent aux opérations en Algérie. L'un appartenait à un régiment parachutiste qui fut engagé dans la bataille d'Alger. Ont-ils eux-mêmes torturé ? Je n'en sais rien et ils ne se sont pas confiés à moi à ce sujet. Mais, alors que je leur faisais part de mon approbation des récentes déclarations d'Emmanuel Macron, ils ne m'ont pas caché leur hostilité à sa prise de position. L'un d'eux, désireux de justifier l'emploi de la torture, l'a présentée comme une réponse aux atrocités perpétrées contre les soldats et civils français par les rebelles algériens, reprenant ainsi un argument soutenu à l'époque par le colonel Trinquier dans son livre La Guerre moderne : selon lui, ces "terroristes" ou "guerilleros", dissimulés au sein de la population, s'excluaient de la protection des lois de la guerre proclamées par la Convention de Genève, dont la France était signataire. Un tel argument devrait pouvoir être identifié sans difficulté dans les propos tenus, pour se justifier, par les agents de la Gestapo et  autres sbires nazis, militaires notamment, en particulier par ceux qui furent traduits en justice après la guerre.

Si  des acteurs de la torture en Algérie avaient été traduits en justice après 1962 -- sanction à laquelle tous échappèrent en vertu des lois successives d'amnistie, notamment dans l'affaire Audin -- certains d'entre eux auraient certainement eu recours à un argument qu'on retrouve  dans la défense d'un Klaus Barbie ou d'un Adolf Eichmann : j'obéissais aux ordres ; je ne pouvais m'y soustraire sous peine de m'exposer -- ainsi que ma famille -- à de lourdes représailles.

On peut trouver sidérant qu'une dizaine d'années seulement après la chute du nazisme et la révélation des sinistres méthodes utilisées par la Gestapo contre la Résistance, les opposants politiques, les Juifs, les forces armées de la France, Etat démocratique signataire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme inspirée par notre propre Déclaration des Droits, se soient abaissées à les reprendre, tout en les "perfectionnant". Elles n'avaient d'ailleurs pas attendu le début de la guerre d'Algérie pour les mettre en oeuvre, notamment en Indochine. Dès 1951, dans un article du Nouvel Observateur, Claude Bourdet posait la question : Y a-t-il une Gestapo en Algérie ?

Cette question du reniement par la France des principes fondateurs et fondamentaux de sa démocratie et des responsabilités multiples et complexes des uns et des autres reste largement ouverte, même si beaucoup de recherches et de découvertes ont fait avancer la cause de la vérité. L'ouverture des archives officielles, annoncée par le Président de la République, notamment dans l'affaire Maurice Audin, y contribuera grandement.

Mais sans aucun doute l'avancée essentielle de la déclaration d'Emmanuel Macron, c'est la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français. Si la torture a été systématiquement utilisée en Algérie contre des Algériens et contre des Français, c'est que l'Etat l'a permis, c'est que l'Etat l'a voulu. L'Etat : non une abstraction mais les responsables politiques de l'époque, membres du gouvernement, députés des Assemblées, membres notamment d'un parti socialiste qui, en cette affaire, tourna le dos à ses principes humanistes.

Cependant, ceux qui torturèrent en Algérie ne sauraient s'exonérer de leurs propres responsabilités, en les rejetant sur ceux qui le leur permirent et le leur commandèrent : ils renieraient ainsi leur propre liberté. Ils pouvaient toujours refuser d'exécuter des ordres injustes et humainement monstrueux, même s'ils n'étaient pas protégés, comme le sont nos soldats d'aujourd'hui, par la reconnaissance du droit de refuser d'exécuter des ordres contraires aux conventions internationales existantes. Certains le firent, du reste. Le cas le plus connu est celui du général Pâris de Bollardière, mais il fut loin d'être le seul . Gloire et honneur à lui et à eux.

Le caractère systématique de l'emploi de la torture en Algérie est frappant. Systématique aussi fut son emploi par la Gestapo. Des deux côtés, les arguments pour le justifier sont au fond les mêmes. Il y eut bien, comme le pressentait Claude Bourdet, une Gestapo française en Algérie. Pourtant, un monde semble séparer la démocratie française des années 50/60 et la dictature nazie. Comment deux systèmes apparemment antagonistes ont-ils pu se rejoindre pour exercer contre des êtres humains la pire des violences ? C'est  que l'emploi systématique de la torture en Algérie est lui aussi, parmi d'autres formes de violence, le produit d'un système fondé sur la violence, produit de la  violence et ne subsistant que par la violence : le système colonial. Jusqu'au milieu des années 60, les diverses formes que prend l'Etat français après 1945 sont prises au piège d'une situation qui remonte au milieu du XIXe siècle. C'est en 1848 que le territoire de l'Algérie est divisé en départements français. Aucun régime, aucun gouvernement, jusqu'en 1962, n'a osé remettre en question cette monstruosité. Applaudissons Emmanuel Macron pour avoir déclaré, lors d'une visite en Algérie, que le colonialisme est un crime contre l'humanité. Quand on a volé sa terre à un peuple et qu'on lui dénie tout droit sur elle, on peut s'attendre au pire. Le pire aurait été pour la France le triomphe, sur son sol, d'une tyrannie militaire semblable à ce qu'ont connu divers pays d'Amérique latine.

Il n'y a pas de différence entre un Klaus Barbie et un général Aussaresses. C'est qu'il n'y a pas de différence entre les Résistants français, entre 1940 et 1944, et les patriotes algériens qui combattirent pour la libération de leur terre. Les uns et les autres embrassèrent la même cause et, dans une lutte inégale, eurent recours aux mêmes armes.

Crime contre l'humanité, la torture en Algérie fut le produit de cet autre crime contre l'humanité : la colonisation de l'Algérie.


On lira avec profit sur la question (sans jeu de mots) le remarquable article de l'encyclopédie en ligne Wikipedia, Torture pendant la guerre d'Algérie .


Frédéric GrosDésobéir    ( Albin Michel )

samedi 15 septembre 2018

Totem et ta bague

1521 ---


J'ai suivi, l'autre soir, sur la 5, un reportage sur la localisation de la tombe de Gengis Khan dans un massif montagneux de Mongolie. J'ai appris que les Mongols d'hier et d'aujourd'hui, chez qui les croyances chamaniques et bouddhiques font bon ménage, divinisent et vénèrent des entités naturelles telles que les massifs montagneux ou les forêts. Gengis Khan vénérait une montagne où il était né et où il se réfugiait occasionnellement pour échapper à ses ennemis.

La conviction où stagnent les desservants et les croyants des trois monothéismes, judaïque, chrétien et islamique, d'adhérer à la seule religion vraie m'a toujours laissé rêveur. Car après tout, ils n'ont jamais été en mesure de fournir leurs preuves. Surtout, ils sont convaincus que leur religion est supérieure à toutes les formes de polythéisme.

Dans un petit bouquin publié aux Belles Lettres, Maurizio Bettini a récemment  développé  un éloge du polythéisme très convaincant. Il y montre notamment à quel point le monde païen a pratiqué une vertu à peu près ignorée des monothéistes : la tolérance.

L'autre jour, mon fils et sa compagne sont allés se promener dans une de nos belles forêts, dans la montagne du Haut Var. Ils y ont repéré une agréable clairière et s'y sont installés. Mon fils a repéré un morceau de bois "mort" ( à peu près 50 cm de long ) aux formes séduisantes. Sculpteur sur bois à ses heures, il l'a modifié pour en faire une sorte de statue-totem. Au moment de repartir, au lieu d'emporter son oeuvre, il a préféré l'offrir à la forêt, qui les avait si bien accueillis. Il l'a donc déposée sur le sol, en remerciant la forêt, à haute et intelligible voix. Puis, ayant fait quelques pas au moment de partir, baissant les yeux, il a aperçu quelque chose qui brillait dans l'herbe, à ses pieds. C'était une bague, en or, finement gravée, ornée d'une pierre semi-précieuse.

On peut préférer voir là une simple coïncidence. On peut aussi se dire que la forêt, remerciant à son tour mon fils, lui faisait ce cadeau, en forme d'alliance, qu'il porte à présent au doigt. C'est ce que, pour ma part, je crois.


Maurizio BettiniEloge du polythéisme  ( Les Belles Lettres )

Richard PowersL'Arbre-Monde  (Le Cherche-Midi )




samedi 28 juillet 2018

Oh ! L'eau rime !

1520 ---


Emmanuel Macron

Est manuel, mac rond ?

Aime à Noël maquereau

Est manuelle, ma queue ronde ?

Emma nue, elle m'a que rond

*

François Hollande

France, oie aux landes

*

Nicolas Sarkozy

Nique, ô las, ça : haricot ? Zizi !

Nigaud las : ça recause. Hi !

*

Jacques Chirac

Jacuzzi raque

Jacques chie. Rrrrrrrac !

*

François Mitterrand

France soit mythe errant !

France, sois mite errante !

*

Valéry Giscard d'Estaing

Va, elle rit : j'hisse quart d'intestin !

Valet Régis, gardez ce teint

Phalle érigé : squale destin !

*

Georges Pompidou

Chaud orage, bombyx doux

Chaud rejeu, pompe itou

*

Général de Gaulle

Gêne et râle : décolle !

Gêné râle de goal

J'en ai ras l'de Gaule

*

Jean-Paul Sartre

Champ, pôle tartre

*

Simone de Beauvoir

Si mon nez était beau ... voire

Six Monet... des beaux ! Voir !

*

Albert Camus

Ale ! Bière ! Came ! Hue !

*

Michel Houellebecq

Miche, elle ? Ou elle bec ?

*

Samuel Beckett

SAMU hèle, B. quête !

ça mue, elle : biquette ?

*

Marguerite Duras

Mare, gué ..., rites durs, ah !

Narguez rites du rat

*

Jean d'Ormesson

J'endors mes sons

*

Chasse ! hue ! Fi ! Gomme ça !

*

Han ! gore ! Hun !


Si c'est rond, c'est point carré

Cicéron c'est Poincaré !

Six cerfs ont sept points carrés

Six cerfs ont sept pots (un carré)

Six cerfs ont sept pots incas à raies


( Posté par : O. Lorim , avatar eugènique des jantés )

mercredi 25 juillet 2018

La différence entre le Président de la République et moi

1519 ---


Quelle est la différence entre le Président de la République et moi ?

Elle est la suivante :

Quand le Président de la République déclare : " Alexandre Benalla n'a jamais été mon amant ", on n'est pas obligé de le croire. On peut même légitimement nourrir un sérieux doute.

Tandis que si je déclare la même chose, on me croit tout de suite.


N.B.  --   On observe que, sur la question, Brigitte observe de Conrart le silence prudent.


( Posté par :  Eugène )


mardi 24 juillet 2018

L'indécence au sommet

1518 ---


Ma femme et moi sommes retraités. Depuis le début de l'année, nos revenus sont amputés de plus de 80 euros chaque mois, au titre de l'augmentation de la CSG. Dans l'intérêt de la communauté nationale, on nous a imposé ce sacrifice.

Sacrifice d'autant plus important pour nous que, depuis le début de l'année, ma femme est hébergée dans un EHPAD. Ce n'est pas donné.

Le sieur Benalla, naguère chauffeur d'un ministre de Hollande qui l'aurait licencié pour faute professionnelle grave, a suivi des formations pour devenir agent de sécurité. En dehors de ses aptitudes à faire le coup de poing, on ne voit pas quelles éminentes qualités justifierait les confortables émoluments dont il a bénéficié jusqu'à une date récente ( peut-être en bénéficie-t-il encore) et qui friseraient (dépasseraient) les 10 000 euros mensuels, ainsi que le privilège d'être hébergé dans un bâtiment dépendant de l'Elysée, sans doute aux frais de la princesse ( la princesse, c'est nous). Sans compter sa promotion au rang de lieutenant-colonel de la gendarmerie.

Selon le Préfet de police de Paris, l'affaire Benalla est le produit d'un copinage malsain. Disons plutôt sordide. Selon d'autres, le sieur Macron ne participerait pas à ce copinage. Rien n'est moins sûr.

Quoi qu'il en soit, de telles pratiques, dignes d'une république bananière, déconsidèrent notre démocratie. Elles sont une insulte à chacun des citoyens de ce pays.

En tout cas, les responsabilités du sieur Macron en cette affaire ne font aucun doute. Au lieux, son cas relève de l'inconscience et de l'incompétence ; au pire, de la complicité.


( Posté par : Eugène )

dimanche 22 juillet 2018

Croisons, croisez : 3/ Baron Empain

1517 ---


C'était dans le quartier de l'Opéra, voici quelques décennies. Je m'apprêtais à traverser un rond-point, empruntant sagement le passage clouté ( ils l'étaient encore, à l'époque ). Et voilà-t-y pas que je suis doublé par un grand escogriffe dégingandé en qui je reconnais illico ... le baron Empain. Quelques mois auparavant, ses ravisseurs l'avaient libéré.

Et là, j'ai commis l'erreur de ma vie. Au lieu de sortir mon flingue de mon petit sac, de braquer le baron, de le conduire dans une cave toute proche et de le séquestrer jusqu'à versement d'une rançon conséquente, je n'ai rien fait. Strictement rien ! J'ai passé mon chemin, et lui le sien.

Certes, je n'avais pas de flingue dans mon petit sac, je n'avais pas loué de cave à proximité, Mais j'aurais pu prévoir !

Ce jour-là, je me baladais dans le quartier en compagnie de ma chère et tendre à qui je faisais visiter la capitale, encore inconnue d'elle, que je croyais. Je venais de la laisser seule pour je ne sais plus quelle raison. Ayant traversé le passage clouté, je m'engage sous des arcades d'une rue de ce quartier très bourge, et voilà-t-y pas que je croise ma chère et tendre, qui fait mine de ne pas me reconnaître. Je me retourne, et voilà-t-y pas que je la vois en train d'aborder un monsieur très bien sur lui, et voilà-t-y pas qu'après un bref con s'il y a bulle, il s'engagent dans une entrée d'hôtel très bourge façon  Lutetia.

Qu'est-ce qu'ils ont pu bien foutre ensemble dans cet hôtel, je me le demande encore. J'avoue que, là encore, j'ai manqué d'esprit d'initiative.

J'ai le sentiment que ce jour-là, ma vie a basculé.


( Posté par : Jeannot-le-Nigaud, avatar eugènique à retardement )






jeudi 19 juillet 2018

Un fragment de mon roman en cours de rédaction

1514 ---


Sur le tard, voici que je me suis :mis en tête d'écrire un roman. Comme j'ai fort peu d'imagination, je me suis directement inspiré des modestes aventures de ma vie ; en somme ce "roman" est une autobiographie déguisée. Seuls les noms sont changés. Ainsi l'épisode dont on va lire un extrait démarque une aventure de mes vingt-cinq ans. Je l'ai retenue parce qu'elle me paraissait au goût du jour et suffisamment divertissante :

" Annie Prat, bien qu'elle n'eût que quinze ans, jouissait d'une grande popularité auprès des garçons. Elle appartenait à la légende de Limoges. Cette légende n'avait pas été forgée de toutes pièces comme il arrive parfois ; dans son cas, la réalité dépassait la fiction. Pleine d'expérience ( elle avait commencé sa carrière amoureuse à douze ans ), il lui suffisait d'une demi-heure pour étancher la soif sexuelle de ses jeunes amis. Elle devait respecter cet horaire afin d'en satisfaire le plus grand nombre possible.
   Derrière l'écran d'argent du cinéma Le Globe, il y avait une grande pièce où étaient rangées les lettres qui servaient pour les titres  de la façade (elles s'éclairaient le soir au néon ), les uniformes des ouvreuses, des serviettes, du savon et différents accessoires. Dans un coin étaient roulés les tapis de la salle et des escaliers qui servaient une saison sur deux. C'était sur cette pile de tapis que la légende d'Annie était née. C'était là qu'elle offrait son corps le plus souvent, encore qu'il lui  arrivât de se contenter d'une voiture en stationnement ou d'un banc dans une avenue déserte.
   On ne pouvait pas dire qu'Annie était jolie, pas plus qu'on ne pouvait dire qu'elle était laide. Elle ressemblait à toutes les écolières de la ville, et si honnête était son comportement quand elle allait à l'école ou en revenait, ses livres sous le bras, avec la même petite jupe et les mêmes souliers plats que ses camarades, qu'une personne non avertie n'aurait japamis pu se douter des orgies nocturnes auxquelles elle se livrait. Il y avait deux êtres en elle. Miss Jekyll, la petite fille sans maquillage, les cheveux sagement tendus par une barrette, et Miss Hyde.
   En dépit de la renommée d'Annie, trois personnes ignoraient tout de sa conduite. Deux étaient naturellement ses parents, des gens fort honorables qui gagnaient difficilement leur vie ; la troisième, du moins jusqu'à un certain vendredi soir, étaitt moi.
   Tous deux, nous fîmes connaissance à la buvette du Globe. Je lui offris un verre de limonade. Elle l'avala d'un trait et me remercia d'un sourire. Je souris en retour. Elle dit : "Voulez-vous vous asseoir à côté de moi ? "
   Nous nous installâmes au troisième rang des fauteuils d'orchestre. Annie appuya son genou sur le mien et commença à se trémousser. Nos mains se joignirent. Au moment où je constatais avec horreur que mes paumes étaient moites, elle me saisit la main droite et la posa sur sa cuisse gauche. Elle se servit de sa main à elle pour juger de mon degré d'excitation. Trouvant que celui-ci n'était pas négligeable, elle demanda à être embrassée. Dans mon émoi, je n'y avais pas pensé. Les lèvres de la fille se collèrent aux miennes, dans un élan vital tellement désespéré que j'eus l'impression de faire du bouche-à-bouche à une personne blessée mortellement dont le coeur bat encore. "

On se doute que j'ai arrangé à ma façon ce souvenir de mes vingt-cinq ans. Je fais manifestement d'Annie le portrait d'une foutue salope, de façon à lui faire porter toute la responsabilité. Dans la scène du cinéma notamment, j'ai inversé les rôles. En réalité, c'est moi qui pris l'initiative, me livrant sur la malheureuse (malheureuse ? tant que ça ?) à d'intolérables attouchements sexuels sur mineure de quinze ans tombant sous le coup de la loi. De toute façon, je m'en fous : il y a prescription (enfin, je crois). Bien sûr, j'ai changé le nom et le prénom de la victime. Hi hi.

Suite de l'épisode ( chapitre III de mon roman ) :


Quelques uns s'en sont sans doute aperçus : j'ai plagié dans mon prétendu roman autobiographique un passage d'un roman célèbre. Mais comme je tiens à m'en assurer, je soumets mes éventuels lecteurs au Quiz suivant :

1/ Quel est le titre du roman que j'ai pompé ?

2/ Qui en est l'auteur ?

Deux carambars à qui trouvera les deux bonnes réponses.


( Posté par Eddy le Plagiste, avatar eugènique littérhâbleur )


mercredi 18 juillet 2018

Rataboum !

Comme tout un chacun, j'accède à internet par l'intermédiaire d'une page d'accueil concoctée par mon fournisseur d'accès, en l'occurrence la maison Orange. J'ai souvent  remarqué la tendance des concepteurs de cette page à multiplier les titres raccrocheurs, dont la niaiserie semble avoir été mesurée à l'aune de la débilité supposée des internautes.

1515 (Marignan) ---


Ce mercredi 18 juillet 2018, le record semble battu. Est-ce l'effet de la victoire des Bleus ? C'est probable. Qu'on en juge :

" Les Bleus à l'Elysée : Laura Flessel tape du poing sur la table "

" Victoire des Bleus : l'énorme coup de gueule de Nicolas Batum "

" Les Bleus ont provoqué des tremblements de terre "

" La parade des Bleus a failli tourner au drame ".

On pourrait croire qu'avec un (progressif) retour au calme, les commentaires vont se calmer aussi. Ce serait négliger qu'il n'y a pas que les Bleus qui foutent la pagaille :

" Coup de tonnerre dans le secteur du prêt-à-porter "

" Dramatique feu d'artifice en Moselle "...


Sans compter : " Johnny bientôt au Panthéon ? ".

Alors là, c'est le méga-choc !


Si les amateurs de sensations fortes n'en ont pas pour leur argent, c'est à désespérer. 

En tout cas, il est clair que, pour les concepteurs de la page d'accueil Orange, la meilleure façon d'accrocher l'intérêt des internautes, c'est que ça pète tous azimuts.


Je rêve d'une page d'accueil façon revue Esprit !  Mais faut pas rêver.


( Posté par : Le Pétophile secoué, avatar eugènique ébahi )

lundi 16 juillet 2018

Vive l'Afrance !

L'Afrance est le titre d'un film d'Alain Gomis sorti en 2001. Il y est question des tribulations d'un étudiant sénégalais, tiraillé entre son pays d'origine et sa patrie d'adoption.

L'Afrance sera peut-être un jour l'orthographe du nom de notre pays. L'orthographe actuelle conserve le souvenir des envahisseurs de jadis. C'était l'époque des "grandes invasions". La composition ethnique de la France s'en trouva considérablement affectée.

Aujourd'hui, le territoire de la France est à nouveau , depuis déjà bien des décennies,  le lieu de changements ethniques majeurs. Les populations  d'origine africaine y sont de mieux en mieux représentées. On peut penser que, dans peu d'années, l'augmentation de leurs effectifs sera de plus en plus spectaculaire, compte tenu des mouvements migratoires en cours, appelés à s'amplifier sous l'effet de facteurs bien connus.

La composition de l'effectif de notre belle équipe de France de football est un indice très parlant, parmi beaucoup d'autres, de ces évolutions. Pour près de la moitié, ses membres sont d'origine africaine ou antillaise. Citoyens français pur sucre, d'ailleurs, étant nés dans la région parisienne, la région toulousaine, la région lyonnaise etc. Le président Obama vient de déclarer : "Tous ces gars ne ressemblent pas, selon moi, à des Gaulois, mais ils sont français, ils sont français". On ne saurait mieux dire.

Un jour lointain peut-être, la France s'appellera l'Afrance. Pourquoi pas. Cela ne me gênera pas, en tout cas, vu que je suis né d'une mère éthiopienne, juive falasha, et d'un père sénégalais.

Ainsi donc, vive l'Afrance, plus que jamais pays de la diversité ethnique, pour le meilleur, comme on vient de le voir à Moscou !


(  Posté par : N'Golo, avatar eugènique Afrançais )




mercredi 11 juillet 2018

Une demi-finale déconcertante

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Comme beaucoup de téléspectateurs, je me suis laissé tenter par la demi-finale de la Coupe du Monde.

J'avoue avoir été déçu ! Toutes les règles du jeu semblaient avoir été inopinément changées : sur un terrain beaucoup trop grand, deux équipes à l'effectif double de l'effectif réglementaire s'affrontaient. Alors que, normalement, il est interdit de toucher le ballon du pied, mais seulement de la main, les joueurs se l'échangeaient à grands coup de tatane. Le plus étonnant était que les paniers avaient été disposés au ras du sol ; résultat : plus aucun de ces spectaculaires bonds dont les équipes de NBA nous ont abondamment gratifiés dans le passé.

Pour tout dire, toutes ces innovations m'ont paru incongrues. Si encore on avait remplacé onze joueurs par onze joueuses en tutu, on aurait pu monter une chorégraphie qui, sans atteindre les sommités du Bolchoï ( auquel, du reste, on aurait pu emprunter son orchestre ), n'aurait pas laissé d'être distrayante.

J'ai remarqué aussi que le joueur français ( ? ) qui a marqué le panier victorieux était tout noir, comme d'ailleurs plusieurs de ses coéquipiers. " Une épidémie  ? " ai-je demandé à mon ami Jules Faurisson qui regardait le match avec moi. " Tu n'y es pas, m'a-t-il répondu. L'équipe est sponsorisée par Banania.".

Par Banania ? Tout s'explique. Mais est-il bien licite que dans une compétition de ce niveau, une équipe se fasse sponsoriser par une entreprise privée ?

Je m'interroge.

Toutefois, dans l'attente de la finale, crions ensemble très fort : " La Françafrique vaincra ! ".


N.-B.  ---

Renseignements pris, tous les joueurs Noirs de l'équipe sont, bien entendu, d'authentiques Français, nés à Paris, Toulouse, etc. Mon ami Jules Faurisson peut aller déguster son Banania. Foin de la Françafrique, et vive la France !

( Posté par : Blaise de Montutuydit, avatar eugènique sportsman )






vendredi 6 juillet 2018

Claude Lanzmann est mort

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Comme le plupart des gens, je pense, je ne connais guère Claude Lanzmann que par Shoah , le film qui le fit connaître du grand public, tout en popularisant par son titre ce terme hébreu qui désigne aujourd'hui couramment l'entreprise d'extermination des Juifs par les Nazis.

Dans ma mémoire, Shoah a subi, cependant, les dommages de bien d'autres oeuvres cinématographiques et littéraires. Il ne m'en reste aujourd'hui que quelques vagues images.

Cependant, l'imprécision du souvenir n'a pas fait disparaître la forte impression que me fit alors ce film. Bien qu'informé depuis longtemps sur la Solution Finale, j'eus le sentiment de découvrir, le jour où je l'ai vu, toute l'ampleur et toute l'horreur humaine de l'entreprise nazie. Sont particulièrement importants, dans le film, à cet égard, les témoignages d'anciennes victimes et d'anciens tortionnaires.

Shoah, me paraît aujourd'hui garder toute son importance, à une époque où resurgissent des formes plus ou moins virulentes d'antisémitisme. Il contribue puissamment à ce travail de mémoire qui s'impose à nous et aux générations qui vont nous suivre.

Pour l'effet révélateur qu'il eut sur moi et qui ne manquera pas de s'exercer dans l'avenir sur bien d'autres, honneur à vous, Claude Lanzmann. et merci.



Dieu est-il antisémite ?

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Lu ce matin l’article d’un blog sur la responsabilité des Juifs dans la mort du Christ. L’auteur envisage quatre appréciations du degré de leur responsabilité, la plus radicale posant que les Juifs portent l’entière responsabilité de la mort de Notre Seigneur Jésus, les Romains n’ayant été que les exécutants. Si l’on retient cette hypothèse, on peut envisager que Dieu le Père, dans son incommensurable et terrrifiante colère, ait jeté sa malédiction sur le peuple Juif dans sa totalité, de génération en génération, jusqu’à la fin des temps. Ainsi, les Juifs d’aujourd’hui, représentants d’un peuple définitivement maudit, continueraient de porter le poids des conséquences du châtiment divin. Dans cette perspective, un Adolf Hitler, un Mohammed Merah, un Amédy Coulibaly peuvent apparaître comme les agents (plus ou mois conscients) de la volonté divine. On peut imaginer qu’ils se croisent aujourd’hui au Paradis, par un effet de la grâce divine. Enfin — last but not least ? — peut se poser la douloureuse et terrifiante question : Dieu est-il antisémite ? J’imagine que ces hypothèses étroitement liées n’ont pas fini d’être agitées par les théologiens dans leurs débats.

Les récentes prises de position du Pépé François sur la responsabilité des Juifs dans la mort de Notre Seigneur Jésus m’ont tout l’air de faire partie de ce genre de propositions lénifiantes délivrées par les autorités à l’intention des masses lectrices assidues de la presse du coeur.

Si Dieu, dans son incommensurable et terrrifiante colère, a voulu la Shoah comme punition des Juifs pour avoir envoyé Son Fiston à la mort, rien n’empêche de porter plainte en justice contre Dieu pour antisémitisme et crime contre l’humanité.

A ceux qui trouveraient cette hypothèse par trop baroque, je ferai observer qu’à l’instar de chacun de mes semblables, je suis en droit de proclamer que Dieu le Père est mon fils.

L’hypothèse d’un Dieu antisémite (1/ de toute éternité 2/ seulement depuis la mort du Christ ) est théologiquement tout aussi admissible qu’une foule d’autres propositions du même tonneau. Il suffit, après tout, d’y croire. Personnellement, je pense que, pour s’être obstiné à faire scier de mille et une façons le peuple juif depuis au moins Moïse (exil en Egypte, à Babylone, contraintes morales burlesques, domination romaine etc. etc.), Dieu est antisémite de toute éternité.

Dieu fait naître Son Fils Juif parmi les Juifs ! Alors là, comme coup de pied en vache, ça dépasse de loin l’exil à Babylone. Imaginons en effet un instant que Dieu ait fait naître le Christ Chinois chez les Chinois : que de problèmes auraient été évités !

Et surtout si Dieu l’avait voulu ! Mais l’antisémitisme de Mengele est d’abord l’antisémitisme de Dieu. Ce Dieu antisémite s’est employé à protéger Son Serviteur jusqu’au bout. Et maintenant le Mengele se pavane sans doute dans Son paradis. Ah, c’est du propre !

Et dans l’hypothèse plausible d’un Dieu antisémite, pendant que Mengele se pavane au paradis (en compagnie d’Adolf Hitler, Reinhardt Heydrich etc.), Louise et ses copines subissent les tortures de l’Enfer. Ah, c’est vraiment du propre ! je suis épouvanté !

Si, selon l’hypothèse de certains théologiens, Dieu est antisémite, il faut s’attendre à ce que Ses fidèles le soient aussi en très grand nombre. Dans ce cas, l’actuelle législation réprimant l’antisémitisme aboutit à mettre hors la loi ce très grand nombre de fervents croyants. On peut alors s’attendre à ce que nombre d’entre eux fassent passer la loi de Dieu avant celle des hommes. C’est d’ailleurs, semble-t-il, ce qui s’est produit dans le cas d’un Mohammed Merah ou d’un Amédy Coulibaly. Persuadés d’accomplir la volonté de Dieu, ils s’attendaient à être reçus au paradis après leur mort, tandis que leurs victimes iraient droit en enfer. Qu’en est-il réellement ? Mystère et Gouledebaum.


( Posté par : le petit théologien débutant, avatar eugènique inquiet )


mardi 3 juillet 2018

Croisons, croisez ... 2/ Régis Debray

Je le revois, prenant place dans ce cinéma du quartier latin, à deux ou  trois rangs devant le mien. Il me reconnaît, m'adresse un salut amical et ... ce fut tout, comme dit Flaubert à la fin de L'Education sentimentale. Il est vrai que nous étions 44 dans cette khâgne, où nous étions tous deux inscrits, lui comme externe, moi comme interne. Tout le monde ne pouvait pas connaître tout le monde ni se lier d'amitié avec tout le monde.

Quelques années plus tard, je me revois, bidasse dans mon camp de Fréjus, prenant connaissance  dans la presse de ses tribulations colombiennes.

J'ai lu récemment son dernier opus, Bilan de faillite . Je ne crierais pas au chef-d'oeuvre. Ce n'est pas que ce qu'il y évoque soit sans intérêt, loin de là, mais son écriture m'y a insupporté. Il y a longtemps que je tolérais mal son goût immodéré pour la formule, l'aphorisme. Mais là, il en abuse. Tout ce clinquant à répétition gâche le propos. A son bilan de faillite, il devrait bien ajouter le choix de cette écriture. Régis Debray n'est pas un écrivain de talent.


Régis DebrayBilan de faillite  (NRF Gallimard)

dimanche 1 juillet 2018

Vel'd'Hiv' et souvenirs d'enfance

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Je me souviens que mon père, ancien policier parisien, pétainiste et antisémite convaincu, nous emmenait chaque année au Vel’ d’Hiv’, le jour anniversaire de la rafle, à laquelle il avait participé avec enthousiasme, « histoire de fêter ça » (c’était son expression). Au bar, où nous trinquions — au champagne (c’était la seule fois de l’année où il nous permettait de boire de l’alcool) –, il pérorait : « N’oubliez jamais, les enfants, que, ce jour-là, votre père a participé à une action authentiquement nationale et sociale, une action pro-française s’il en fut en ces années-là ». Nous l’écoutions, d’autant plus ravis que la séance se terminait par une distribution de cadeaux, des poupées, baptisées « juives » pour la circonstance, que, de retour à la maison, nous lardions rituellement de coups d’aiguilles avant de les entasser dans des sortes de petites baraques en bois peintes de couleurs vives, fabriquées par Papa, et dont le seuil s’ornait d’une pancarte qui disait « chambre à gaz ». Dans la chambre à côté, Papa honorait maman qui, tout en ouvrant largement les cuisses et en lâchant les gaz, chantait à tue-tête : « Maréchal, nous voilà ! « . Il s’agissait de fabriquer un petit frère « authentiquement français » (nous étions déjà douze). J’ai eu une enfance pas piquée des — pas des aiguilles — des hannetons !

Je me souviens aussi que, endoctrinés par mon père, nous fondâmes, mes frères et moi, un groupe d’action baptisé par nous « Vel’ d’Hiv’ / Nique Anne Frank », au sein duquel nous menâmes, dans les décennies 50/80 du siècle dernier, nombre d’actions antisémites, dont certaines se soldèrent bel et bien par des assassinats. Mais bah : il y a prescription. Et puis, comme dit Jean-Paul à la fin des « Mots », j’ai changé…

Je me souviens encore que, les années passant, mon père parvenait de plus en plus difficilement à satisfaire ma mère, même si elle serrait davantage les cuisses. Aussi, toujours fidèle à ses convictions, lui avait-il fabriqué en bois un modèle réduit de Torah, pour s’en servir de godemiché.

Il s’en servait aussi, à l’occasion. A l’intérieur, il avait inséré la totalité du texte microfilmé. Ce qui lui permettait de proclamer : « Ma femme et moi, la Torah, on se la fout au … « 

J'insiste sur le fait qu'il n’existe dans ces fragments de récit aucune trace d’humour, même involontaire. Il s’agit en effet d’authentiques souvenirs d’enfance et de jeunesse, que je me suis efforcé de retracer avec le plus grand souci d’objectivité.

Pendant l’Occupation, nous habitions, mes parents, mes frères et moi, rue Saint Maur. Mon père, policier parisien, et ma mère, employée autochtone des services de la Gestapo, ne cachaient pas leurs farouches opinions pétainistes et antisémites. Après la guerre, ma mère s’est plus d’une fois vantée devant nous d’avoir dénoncé 130 Juifs, dont aucun ne revint. Aujourd’hui, heureuse centenaire pensionnaire d’un EHPAD de la Côte d’Azur, elle se félicite d’avoir pu fêter la mort d’un Juif à chacun de ses anniversaires. Comme l’un de mes frères lui faisait remarquer que le compte n’y était pas et que ça faisait nettement plus d’un Juif par an , « Tu comprends, lui a-t-elle répondu avec un malicieux sourire, je me suis réservé une marge, pour le cas où je deviendrais doyenne de l’Humanité ».
Il est certain que, comme le chantait Maxime Le Forestier, on ne choisit pas ses parents.
Nul plus que moi n’admire le civisme héroïque des policiers parisiens qui protégèrent des Juifs et je ne saurais en minimiser l’efficacité. Mais, hélas, et comme chacun sait, tous ne furent pas de ce bord-là, à commencer par mon père. En retraçant ces authentiques souvenirs d’enfance et de jeunesse, j’ai voulu apporter ma modeste pierre à l’édifice de la vérité historique, toujours en cours de construction. Rien de fictif ni même de microfictif dans mes modestes révélations. Après la guerre, nombre de collègues de mon père, souvent mieux placés que lui dans la hiérarchie, étaient toujours aussi furieusement antisémites que lui et ne s’en cachaient guère. Je peux citer des noms, si vous voulez. N’idéalisons pas ce qui ne doit surtout pas l’être, hélas. Hélas.
Si j’avais voulu écrire une microfiction, elle atteindrait les dimensions de celles de Régis Jauffret. Mais ce n’est, hélas, pas le cas. Je n’ai fait qu’enchaîner d’authentiques souvenirs vécus, me pliant aux lois de la cruelle mémoire. Il n’y a là que vérité nue, plus nue encore que Maman sous l’officier S.S. qui fut, un temps, le rival de Papa. Un Papa consentant, comme le laissa plus tard entendre sa femme ? je n’ose le croire.
Constatons que, question turpitudes de la vie de famille, les premières des « Microfictions 2018 » de Régis Jauffret sont largement aussi gratinées que ma modeste microsaga familiale, totalement vraie, elle, hélas. Hélas. Et, à la différence de mes authentiques souvenirs vécus, l’humour y est, et du meilleur. Noir de noir, bien entendu.


Régis JAUFFRET Microfictions   ( NRF/ Gallimard ) 


Rédigé par  : Josip Goebbels, avatar eugènique très attardé )