lundi 19 février 2018

Paul Robeson today ?

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Parmi ses suppléments cuculturels, Le Monde a récemment réédité un double album consacré au negro spiritual et au gospel. Les interprètes en sont Marian Anderson, Paul Robeson et Mahalia Jackson. Les dates des enregistrements ne sont pas précisées mais on peut les faire remonter aux décennies 40 et 50 pour les deux premiers, à des années un peu plus récentes pour la troisième.

J'avoue que j'ai eu du mal à supporter l'écoute des interprétations de Paul Robeson. Ringard au possible. La voix est belle, certes, mais complètement inexpressive. L'ensemble est gâché par un parti-pris de solennité creuse, très vite assommante. Robeson est accompagné par un quarteron de violons très désenchantés, aux ressources techniques limitées. Cela s'améliore un peu -- très peu -- quand un ou deux chanteurs lui donnent la réplique  dans des morceaux plus vifs et plus rythmés.

On appréhende assez facilement le principal propos de l'interprète : il s'agit de faire admettre au public blanc que la musique noire est, après tout, digne d'intérêt. Peut-être pas autant que les lieder romantiques, mais tout de même. Paul Robeson fut, à l'époque, l'oncle Tom affecté à cette mission. Le tribut à payer est lourd : adieu l'authenticité, adieu l'émotion ; adieu le charme, adieu l'invention. Pour s'en convaincre, il suffit de ré-écouter, par exemple,  la visite d'Armstrong au Good Book.

Les interprétations de Marian Anderson sont à peu près  du même tonneau. L'album contient une photo d'elle en tailleur de ville, très impressionnée, devant le rideau de scène du Metropolitan Opera House de New York. Quel honneur, pour la négresse de service, de fouler les planches d'une scène où se produisirent nombre de cantatrices ( blanches, le temps de Barbara Hendricks n'était pas encore arrivé ) !

Avec Mahalia Jackson, l'écoute devient nettement  plus supportable. C'est que la voix et le style de l'interprète s'éloignent beaucoup moins de l'ambiance dans laquelle les musiciens noirs de l'époque se produisaient généralement, et de l'esprit de leur musique.

Cet album fait mesurer, en tout cas, à quel point toute musique -- et pas seulement les musiques noires américaines -- est tributaire des tendances fortes et des enjeux du milieu socio-culturel dont elles sont une manifestation. Les interprétations de Paul Robeson ne sont plus écoutables aujourd'hui, mais elles gardent un intérêt historique.


Spirituals et Gospel Songs, Marian Anderson, Paul Robeson, Mahalia Jackson  ( Le Monde de la musique sacrée )


( rédigé par : Johnny Guitare, avatar eugènique negro-spiritueux )





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