dimanche 4 mars 2018

La guerre des sexes ou Tartuffe 2018

On le sait, la guerre des sexes dure depuis les origines de l'humanité. Tendre guerre parfois, sans doute. Façon d'obtenir de l'autre camp quelques menues concessions. Cela n'empêchera pas la guerre de continuer, sans doute jusqu'à l'extinction du genre humain.

Dans une guerre, tant que la victoire d'un des camps ou  la négociation n'y ont pas mis fin, la désertion, la trahison, sont des crimes passibles de la peine capitale.

Dans la guerre des sexes, j'ai  depuis toujours choisi mon camp. Je suis  un homme. Je suis donc attaché au maintien des avantages, de la supériorité, de la domination du camp masculin. Les revendications des femmes me laissent indifférent ou hostile. Ce sont leurs problèmes, ce ne sont pas les miens. Je ne me suis d'ailleurs jamais intéressé aux femmes qu'en tant qu'objets sexuels, autant dire de proies. J'y ai trouvé largement mon compte, et compte bien profiter encore longtemps de ma situation de mâle dominant.

Toutefois, depuis quelques temps, il faut bien l'avouer, claironner le droit des mâles à dominer les femmes n'a pas bonne presse. L'affaire Weinstein nous aura fait beaucoup de torts. L'ennemi s'est  engouffré dans la brèche. Ainsi, l'attaquer de front n'est pas la stratégie adéquate. Quand on voit beaucoup (beaucoup trop) d'hommes embrasser -- sincèrement ou pas --la cause de l'autre camp, on se dit qu'il convient de mettre -- verbalement du moins -- une bonne dose d'eau dans son vin. On s'attachera donc à proclamer sa sympathie pour la cause des femmes, sa solidarité dans leurs combats. On continuera à n'en  penser pas moins (in petto). Façon habile de préparer la contre-attaque.

Je suis donc devenu un officieux ami des femmes et un soutien de leurs revendications, de façon aussi insincère qu'opportuniste. Cela ne m'est pas difficile, car j'ai toujours été un enthousiaste de la tactique décrite par Molière  dans un passage célèbre de Dom Juan,  que j'ai très légèrement modifié aux endroits stratégiques, histoire de mettre les poings sur les zizis :

"
 Sganarelle -- Quoi ? vous ne croyez rien du tout, et vous voulez cependant vous ériger en homme de bien ?

Dom Juan -- Et pourquoi non ? il y en a tant d'autres comme moi qui se mêlent de ce métier et qui se servent du même masque pour abuser le monde.

Sganarelle -- Ah, quel homme ! quel homme !

Dom Juan -- Il n'y a plus de honte maintenant à cela. L'Hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus ; le personnage d'homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu'on puisse jouer aujourd'hui, et la profession d'hypocrite a de merveilleux avantages. C'est un art de qui l'imposture est toujours respectée, et quoi qu'on la découvre, on n'ose rien dire contre elle. Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement ; mais l'Hypocrisie est un vice privilégié, qui de sa main ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d'une impunité souveraine. On lie  à force de grimaces une société avec tous les gens du parti ; qui en choque un se les jette tous sur les bras, et ceux que l'on sait même agir de bonne foi là-dessus, et que chacun connaît pour être véritablement touchés ; ceux-là, dis-je, sont toujours les dupes des autres, ils donnent hautement dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglément les singes de leurs actions. Combien crois-tu que j'en connaisse, qui par ce stratagème ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau de la cause des Femmes, et, sous cet habit respecté, ont la permission d'être les plus méchants hommes du monde ? on a beau savoir leurs intrigues, et les connaître pour ce qu'ils sont, ils ne laissent pas pour cela d'être en crédit parmi les gens, et quelque baissement de tête, un soupir mortifié, et deux roulements d'yeux rajustent dans le monde tout ce qu'ils peuvent faire. C'est sous cet abri favorable que je veux me sauver et mettre en sûreté mes affaires. Je ne quitterai point mes douces habitudes, mais j'aurai soin de me cacher, et me divertirai à petit bruit. Que si je viens à être découvert, je verrai sans me remuer prendre mes intérêts à toute la cabale, et je serai défendu par elle, envers et contre tous. Enfin, c'est là le vrai moyen de faire impunément tout ce que je voudrai. Je m'érigerai en censeur des actions d'autrui, jugerai mal de tout le monde, et n'aurai bonne opinion que de moi. Dès qu'une fois on m'aura choqué tant soit peu, je ne pardonnerai jamais, et garderai tout doucement une haine irréconciliable. Je ferai le vengeur des intérêts des Femmes, et sous ce prétexte commode je pousserai mes ennemis, je les accuserai de harcèlement sexuel et de viol, et saurai déchaîner contre eux les zélées indiscrètes de #balance ton porc, qui sans connaissance de cause crieront en public contre eux, qui les accableront d'injures et les damneront hautement de leur autorité privée. C'est ainsi qu'il faut profiter des faiblesses des hommes et qu'un sage esprit s'accommode des vices de son siècle . "

Quant à moi, on n'aura pas de peine à deviner ce que sont " mes douces habitudes " en matière de femmes et qu'à l'instar de Dom Juan je continuerai de me divertir à petit bruit. Il est vrai que, dès mon adolescence, le plan-cul de Tartuffe a toujours eu ma préférence.

Ciao les nénettes et à la revoyure. On va voir ce qu'on va voir !

En tout cas, dieu que les classiques sont d'actualité par nos temps troublés !



Additum  --

Je m'avise soudain que, depuis quelques longues années, je vis dans un environnement majoritairement composé de femmes, la plupart jeunes et jolies. Leurs sourires, leur gentillesse, leur sollicitude, leur compétence m'ont aidé à vivre. Que dis-je, elles ont contribué à me sauver la vie, et plutôt deux fois qu'une... Quelle harmonie dans la diversité, quels émerveillements renouvelés, quelle estime et quelle admiration, quelle fascination pour tout dire sont les miennes...  Aïe aïe aïe ! Serais-je un féministe sincère sans le savoir, le contraire de celui que je fais mine d'être ? Tartuffe, au secours !


( Posté par : Johannès Truffaldino, avatar eugènique faucheton )

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