dimanche 29 avril 2018

L'espace-mouvement

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De l’autre côté de la baie vitrée qui me fait face, les feuillages s’inclinent doucement dans le vent, s’abaissent, se redressent, miroitant çà et là au gré de la lumière ; si je regarde à gauche, dans la grande salle d'à-côté, les mêmes se font voir sous un autre angle, plus sombres mais plus imposants, en reflet sur le jeu complexe des vitrages intérieurs qui découpent l'espace, démultiplient les images,   me découvrant aussi, tantôt la croupe de Patricia, tantôt le profil adorable de Martine. La symphonie des conversations, mêlées de chansons de rires et et de cris, atteint un pic puis retombe, pour s’élancer encore. Je suis le mouvement de ses beaux yeux à elle, attentifs à tout. Je devine ce qu'elle regarde, comme, hier, le reflet dans le toit blanc du sol de la terrasse où  furetait un chat blanc, presque le sosie du sien qu'elle n'a plus revu que photographié ; mais peut-être était-ce lui, venu nous faire la grâce de se montrer. Je suis mêlé à tout ce mouvement, emporté par tous ces mouvements, partie prenante de tout ce que je perçois. Je pense à la joie tragique célébrée par Clément Rosset. Je me dis qu’il fallait être culotté comme le jeune homme de vingt ans qu’il était alors pour parfumer de tragique une joie d’exister qui, à cet âge, en général, se fout bien du tragique. C’est plutôt là un sentiment de vieillard. Mais peut-être Rosset, même à cet âge, avait-il expérimenté des situations qui vous font vivre tragiquement votre joie de vivre. La philosophie d’un homme est toujours fonction de sa situation, comme eût dit Jean-Paul. Moi, tout à ma joie de l’instant, sans aucune préoccupation du passé ni de l’avenir, emporté par le mouvement du monde, je suis loin de tout sentiment du tragique. A la faveur d’un changement d’orientation d’un des vitrages intérieurs, le profil de Martine se dessine maintenant sur la croupe de Christiane, sur un fond de feuillages agités par le vent, se détachant eux-mêmes sur le fond verdoyant des collines. Les nuages viennent masquer le soleil. Quelques gouttes viennent toquer sur le toit léger de la véranda. Vive le changement dans le mouvement, plus émouvant que le mélo qui fait pleurer Margot !

mercredi 25 avril 2018

Eloge de l'hypocrisie

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Je viens d’achever la lecture d’un ouvrage que je recommande,  Eloge de l’hypocrisie ,     d’Olivier Babeau. Ouvrage d’un grand intérêt, même si les démonstrations ne sont pas toujours suffisamment approfondies, surtout dans la seconde partie. La principale vertu de l’hypocrisie, selon l’auteur,    est de mettre de l’huile dans les rouages de la vie sociale, de façon à la rendre supportable, et même possible.  Un exemple simple en est la politesse puérile et honnête :     « Comment allez-vous, cher ami »  peut  masquer  utilement    un moins amène  «  T’as toujours ta tronche de crétin, pauvre gond  ».     Cette forme d’hypocrisie  nécessaire touche tous les aspects de la vie sociale (économiques, politiques, religieux etc.). Elle permet   de   tourner ce qu’ont d’abusivement contraignant les règles officiellement en vigueur, les détails de la législation ,   de façon à rendre à la vie sa souplesse et son inventivité nécessaires.     Nous connaissons tous les ravages du politiquement, idéologiquement, moralement correct.

Je suispartisan d’un assouplissement des interdits, d’une levée des inhibitions, indispensables pour savoir ce que pensent réellement les gens.  Tous les aspects de la vie sont concernés.

Une arme favorite de l’hypocrisie vertueuse, c est évidemment l’arsenal  des  figures   de style, métaphore, litote, antiphrase (vide supra). Un exemple simple : si je dis « Macron est un fils de femme honorable », il est aisé de décrypter ma véritable pensée. Un effet secondaire positif de cette manipulation des figures du discours est qu’il suscite la rage impuissante des gens que vous visez. Kssss Kssss…

Le  contraire de cette hypocrisie vertueuse et socialement bienfaisante,  c’est l’ hypocrisie  qui ne se prend pas pour ce qu’elle est.  L’hypocrisie de Tartuffe, en somme. 

Tartuffe, en effet, ne se reconnaît pas pour un hypocrite. Il est persuadé, au contraire, que son droit est le bon.     Selon Olivier Babeau, les ravages historiques de cette hypocrisie tartuffesque ont été gigantesques : C’est en effet, entre autres exemples, l’hypocrisie de Staline et de ses acolytes. Notre auteur est persuadé qu’elle est en train de resurgir en force dans nos sociétés.    Sous la forme, par exemple , de   la résurgence d’un ordre moral  "nouveau   " (  si pouveau que ça ?  ),          à la suite de l’affaire Weinstein,            avec les milices « féministes » du genre #metoo et #balancetonporc.

Cultivons l’hypocrisie du premier type. Haro sur la seconde !


Olivier BabeauEloge de l'hypocrisie    ( les éditions du Cerf )

dimanche 1 avril 2018

La blague à Pépé moisi(e) du jour

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A matin, au petit dej, Pépé a l'oeil allumé des mauvais jours. Comme je déguste mon caoua, il me dit :

" Ce qui me choque dans l’horrible assassinat de la mère Knoll, c’est que les assassins aient brûlé le corps dans l’appartement, au risque de foutre le feu à tout l’immeuble. Alors que découper le corps dans la cuisine à l’aide d’un couteau électrique, entasser les morceaux dans un sac poubelle, le déposer dans le container affecté à cet usage, aurait été déjà plus conforme aux exigences de salubrité et de sécurité publiques. Et puisque l’on parle de cuisine, organiser une plancha sur le pouce entre amis aurait été dans l’ordre des choses possible. Mon Dieu, quand j’y pense… Mais on ne doit pas trop attendre de ces jeunes écervelés, tout juste capables d’accompagner d’un « Ali Babar » de pacotille leurs horreurs antisémites. "

Et le voilà qui barbote dans son bol sans attendre ma réponse.

In petto, je me dis que la santé mentale de Pépé ne s'arrange pas. C'est sans doute ce qu'il appelle de l'humiaour. Magdane soi-même n'eût pas osé.