lundi 24 septembre 2018

Le nom de Zemmour : une insulte à la France ?

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" Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît "  (Michel Audiard)


Sur un plateau de télévision, Eric Zemmour a déclaré à l'animatrice Hapsatou Sy que son prénom était " une insulte à la France ".

L'intéressé n'en est pas à sa première énormité, ayant déjà été condamné en justice pour incitation à la haine raciale. Ses propos récents ont en tout cas soulevé une vague d'indignation, en particulier parmi les journalistes du Figaro, qui emploie Zemmour comme chroniqueur.

Eric Zemmour aurait pourtant dû, avant de les tenir, se rappeler qu'il fut une époque, pas très lointaine, où le patronyme de Zemmour était très officiellement considéré comme une insulte à la France. Le porter vous valait d'être mis à l'écart de la communauté des Français, avant de recevoir son ticket d'accès aux chambres à gaz.

Tout de même, qu'un Juif tienne des propos dignes d'un Nazi, cela laisse rêveur. Passe encore s'il réserve à ses proches ses insanités, mais qu'il les profère publiquement dans les médias, sans être aussitôt mis sur la touche avant d'en répondre devant la justice, voilà qui pose problème.

Les propos plus récents de Zemmour sur Pétain et les Juifs, sur Maurice Audin, achèvent de le poser en tenant des positions de la droite la plus réactionnaire, la plus obtuse, la plus simpliste, la plus dédaigneuse de la réalité des faits, la plus nostalgique des choix les moins défendables de gouvernants d'une époque récente. C'est à peu près à quoi se résume l'intérêt du personnage.


On lira avec profit les textes de Guy Sorman, de Tania de Montaigne et de Gérard Noiriel, très éclairants sur le cas Zemmour, dans Le Monde du 30 septembre 2018.

La seule question qui importe  est de savoir quelle proportion de citoyens français se reconnaît dans les opinions de Zemmour. Le danger des connards de son espèce, c'est qu'ils font bloc. On voit ce que ça a donné au plan politique, par exemple dans les présidentielles aux Etats-Unis, et plus récemment au Brésil.

Zemmour m'apparaît comme un spécialiste du bullshit, tel que l'a défini Harry Frankfurt dans l'Art de dire des conneries. Jean-François Marmion, dans Psychologie de la connerie, décrit ainsi le bullshit :

" Le bullshit est un type de discours qui consiste littéralement à dire n'importe quoi, sans se soucier de savoir si c'est vrai ou faux. La forme typique en est le bavardage, mondain ou du café du commerce, mais qu'on rencontre le plus souvent dans le journalisme et la publicité. Le bullshitter est celui qui "dit des conneries", raison pour laquelle le livre de Frankfurt a été traduit par L'Art de dire des conneries. mais pratiquer le bullshit n'est pas faire, ni même dire des choses absurdes ou connes. C'est mépriser systématiquement non seulement les règles du vrai et du faux, mais la valeur du vrai lui-même. Frankfurt insiste sur le fait que le bullshitter n'est pas un menteur, car le menteur respecte la norme du vrai et en a besoin pour accomplir son mensonge. Le bullshitter au contraire n'en a cure. Mais il est tout sauf con, ou producteur de connerie. Il est au contraire intelligent, mais il se fout de la vérité. C'est pourquoi il est plus approprié de désigner le bullshit par le terme de foutaise."

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