vendredi 5 octobre 2018

On a les héros nationaux qu'on peut

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Après le braillard Johnny, c'est au tour du crooner Aznavour de recevoir les honneurs nationaux, avec présence et discours de l'ineffable macaron. La France de ce début du XXIe siècle se reconnaît dans les zéros qu'elle peut. Il est décidément bien fini le temps où ce pays célébrait en grande pompe un Victor Hugo ou, à la rigueur, un Malraux. Les écrivains de l'envergure d'un Camus, d'un Sartre ou d'un Claude Simon se sont fait la malle depuis belle lurette. Peut-être un jour un Modiano ? En attendant, nous n'avons plus à nous mettre sous la dent que des producteurs de rengaines. Line Renaud bientôt au Panthéon ? Il est vrai que l'Académie Nobel a couronné Bob Dylan, et c'est vrai que la chansonnette, c'est aussi de la poésie, et souvent d'excellente qualité. Et c'est vrai qu'une seule chanson d'Aznavour laisse loin derrière elle les oeuvres complètes d'un Bernard-Henry Lévy. Mais enfin, au braillard Johnny ou au crooner Aznavour, j'ai toujours préféré Brassens, Brel ou Léo Ferré qui, eux, n'eurent droit à aucun hommage national. C'est ma préférence à moi, comme chante un autre de mes préférés.

Mais quoi : le nonagénaire Aznavour dans la cour des Invalides, cela vaut tout de même mieux que le dernier de nos jeunes soldats tués au Mali ou ailleurs. Faites l'Aznamour, pas la guerre.

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